Une histoire populaire de l’empire américain – H. Zinn, M. Konopacki, P. Buhle

Si l’Histoire se doit de raconter objectivement les faits passés pour éclairer le présent il est clair que le rétroviseur a parfois quelques angles morts. Certains faits sont passés sous silence pour ne garder que la trame d’une Histoire officielle, toujours « écrite par les vainqueurs ». L’Histoire des États-Unis n’est pas exempte de ces non dits et dresse officiellement le portrait glorieux d’une Amérique victorieuse qui s’est créée d’elle même.

Une histoire populaire de l'empire américain En adaptant en bande dessinée le best seller de l’historien Howard Zinn, Mike Konopacki et Paul Buhle retrace l’Histoire des États-Unis de la naissance d’une nation à la construction d’un empire en donnant la parole aux minorités qui en ont été victimes : les Indiens, les esclaves, les ouvriers, les soldats, les révolutionnaires Cubains, philippins, vietnamiens, Iraniens etc… Ils font de Howard Zinn, le narrateur/conférencier de cette histoire afin de raconter les États-Unis par ce qui les compose, le peuple.

 

Partant du constat de l’après 11 septembre, de l’Amérique de Bush et ses guerres antiterroristes, Zinn (historien pacifiste engagé à gauche et décédé en 2010) remonte le temps afin d’expliquer ce que les États-Unis n’ont pas retenu de leur passé et ainsi dressé le portrait de l’Amérique d’aujourd’hui.

 

Aux grands mots d’Histoire (patriotisme, impérialisme, ingérence, interventionnisme…), Une histoire populaire de l’empire américain préfère les « petites » histoires, celles du peuple: massacres des Indiens, esclaves en fuite, révolutionnaires cubains, mexicains, iraniens, ouvriers exploités, syndicalistes emprisonnés, soldats noirs victimes de racisme, pacifistes maltraités…

On ne peut comprendre le présent que par le passé. Entre le livre d’histoire et l’essai engagé, Une histoire populaire de l’empire américain mêle habilement dessins et documents d’archives dans une somme de faits et d’anecdotes passionnantes (par exemple, la création de Guantanamo en 1901 dans l’intervention des USA dans la révolution cubaine, le premier test du napalm pendant la seconde guerre mondiale sur Royan alors déserté par les Allemands, l’organisation de fausses manifestations par la CIA pour troubler la révolution Iranienne…). « Il nous faut un nouveau modèle de pensée ». s’exclame Howard Zinn et pourtant, la lecture de ce roman graphique laisse un un petit goût amer. A la fin, on peut faire le constat un peu pessimiste que l’Histoire n’est qu’ « un cycle sans fin de stupidité ». Les tortures d’Abou Graïb et Guantanamo ne sont que les bis repetita de massacres et crimes de guerre d’une nation née par la violence pour achever sa domination à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières.

Ce roman graphique peut aussi se voir comme un manifeste démontrant la nécessité de la réappropriation de l’Histoire par le peuple lui-même puisque l’Histoire n’est pas un seul point de vue officiel mais différents points de vue confondus. Dans ce sens, il est intéressant d’avoir mêlé à cette Histoire populaire des passages de l’autobiographie d’ Howard Zinn, L’impossible neutralité, pour comprendre son passé (né dans les années 30 en pleine récession dans un quartier pauvre et insalubre de Brooklyn, il s’engage pendant la seconde guerre mondiale en tant que pilote d’avion…) et mieux appréhender son point de vue et ses analyses.
Une histoire populaire de l’empire américain est un roman graphique dense mais synthétique dont le seul petit reproche serait le dessin dont le trait rappelle les pires plaquettes pédagogiques d’une salle d’attente de dentiste. Mis à part cette réserve, cette vision populaire bousculant les versions officielles et consensuelles est une œuvre salutaire pour comprendre le monde d’aujourd’hui et dont le proverbe « Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens » pourrait être alors le sous titre.

 

Réédition de 2009 – Éditions Delcourt  19.99 euros

Tags :    

Articles en lien

Archives

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux