Un homme très recherché

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Film d’Anton Corbijn avec Philip Seymour Hoffman, Rachel Mc Adams, Robin Wright, Willem Dafoe, …

Plus de dix ans après les attentats du 11 septembre 2001, la ville de Hambourg a du mal à se remettre d’avoir abrité une importante cellule terroriste à l’origine des attaques contre le World Trade Center. Lorsqu’un immigré d’origine russo-tchétchéne, ayant subi de terribles sévices, débarque dans la communauté musulmane de Hambourg pour récupérer la fortune mal acquise de son père, les services allemands et américains sont en alerte. Une course contre la montre s’engage alors pour identifier cet homme très recherché : s’agit-il d’une victime ou d’un extrémiste aux intentions destructrices ?

D’apparence, Un homme très recherché a tout du film d’espionnage post 9/11 austère. Et, avouons le, austère il l’est. Un peu. Anti-spectaculaire plus exactement. Adapté d’un roman de John Le Carré (The Constant Gardener, La taupe), Un homme très recherché est un thriller moderne bien ficelé et ultra réaliste qui s’intéresse aux méthodes plus ou moins douteuses (filatures, écoutes, enlèvement sans procès, chantage..) des différents services secrets pour lutter contre le terrorisme. Un homme très recherché s’éloigne donc des clichés hollywoodiens: ici pas de yacht à Monaco mais les portes containers du port d’Hambourg, ici pas de corps bodybuildé façon Daniel Craig mais le ventre grassouillet et la mine déconfite de Philip Seymour Hoffman, ici pas de course poursuites haletantes mais des réunions de crise pour décider autour d’une table du sort d’un Tchétchène, sans papier cherchant l’asile ou potentiel terroriste venu créer une cellule djihadiste. C’est dans son contexte bureaucratique qu’Un homme recherché est le plus réussi. Très intelligent et tout en tension, le film démontre, avec un sens du rythme glaçant tous les tenants et les aboutissants de réseaux qui jouent constamment double jeu, entre les intérêts personnels (Hoffman souhaite remonter la filière terroriste le plus loin possible), les intérêts nationaux ( L’Allemagne souhaite supprimer un potentiel terroriste pour ne pas risquer un potentiel attentat) et les intérêts internationaux (l’interventionnisme des Etats-Unis).
Anton Corbijn, réalisateur des très beaux Control et The American, joue du contexte paranoïaque contemporain (quelle apparence a un terroriste dans l’inconscient collectif ?) et met sa réalisation rigoureuse pour créer un climat tendu et sans esbroufe (on se surprend à retenir son souffle devant un stylo signant un contrat comme un revolver pointé sur une tempe). On pourra reprocher au film un air de déjà vu mais, dans cette tension constante, la psychologie de chaque personnage est bien détaillée : Robin Wright en bureaucrate manipulatrice, Rachel Mc Adams en avocate idéaliste, Daniel Brühl et Nina Hoss en espions dévoués. Mais de tous les personnages, le pôle d’attraction est bien évidemment Philip Seymour Hoffman, monstre d’acting dévorant le film, cabotin de génie dont la disparition tragique en février dernier enveloppe d’un voile endeuillé Un homme très recherché (La dernière scène d’un Philip laissant éclater toute sa rancœur et ses désillusions étant dans ce sens une magnifique épitaphe). L’acteur prouve par sa prestation d’espion usé qu’il est pour toujours un homme très regretté.

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