Trois jours à La Route du Rock Collection Hiver 2015

La dixième édition de La Route du rock collection hiver est un succès. Avec trois soirs complets, le festival hivernal a su fêté ses dix ans avec une programmation à la fois exigeante et surprenante qui a ravi un public de plus en plus fidèle.
Pataquès fait le bilan de trois jours de concerts (à l’Antipode le jeudi et à La Nouvelle Vague le vendredi et samedi).

Blonde Redhead

Blonde Redhead ©Pataquès

 

Jeudi

Le jeudi à l’Antipode est la première soirée à avoir affiché complet. Il faut dire que deux noms ont su attiré les foules : Hanni El Khatib et Jessica93. C’est ce dernier qui a les honneurs de débuter la soirée débarquant sur scène avec ses faux airs de zonard. Le one man band emmêle ses boucles de guitares et de basse pour offrir un dark shoegaze jamais lassant. Malheureusement, si l’homme est rodé aux concerts, son matériel lui fait défaut. De son vrai nom, Geoffroy Laporte ne peut conclure son Live comme il l’espérait en raison d’un pépin sur sa guitare. On le sent frustré de quitter la scène sur cette fausse note.

On ne s’attardera pas plus sur le set de The Cosmic dead puisqu’ils ne l’ont pas fait pour le public avec un concert expédié en 20 minutes à moitié voilé, à moitié de dos. Leur space rock sera la déception de ce jeudi soir et aurait mérité d’être « sacrifié » en première partie. Il est quand même amusant de constater que ces mecs de Glasgow ont passé moins de temps sur scène que dans le taxi qui les a conduits de la gare à l’antipode !!!!
Le public s’en remet pourtant rapidement tout excité d’applaudir l’arrivée d’Hanni El Khatib, le tombeur de ces dames, le charmeur de guitares. En formation trio, comme il l’était déjà lors de son dernier passage à la Route du Rock collection Eté en 2012, l’américain a su depuis renouveler son univers et offre un set séduisant, toujours énergique, parfois sauvage à l’image de son dernier album, le très bon Moonlight.

Vendredi

 

Naomi Punk

Naomi Punk ©Pataquès

A peine sommes-nous débarqués à la Nouvelle Vague que Naomi Punk nous agresse par son garage-punk joué volume à fond. Le jeune trio déconcerte une partie du public et nous avec. Dans une autre ambiance, dans un autre endroit à une heure plus tardive, pourquoi pas mais ce soir, sans échauffement, on est pris un peu à rebrousse poil par les distorsions du trio.

Absolutely Free

Absolutely Free ©Pataquès

On est beaucoup plus séduit par les canadiens d’Absolutely Free. Né à partir du groupe d’art punk DD/MM/YY, le trio aux physiques de gentils garçons développe un rock atmosphérique entre pop, psyché et électro plutôt réjouissant. La bonne découverte de ce vendredi soir.

Allah-Las

Allah-Las ©Pataquès

Par contre, nul besoin de présenter Allah-Las. On constate rapidement qu’une bonne partie du public est venue pour voir et/ou revoir les Californiens. Avec seulement deux albums au compteur, le quatuor offre à La Nouvelle Vague un set maitrisé, gorgé de soleil. Leur garage surf avec quelques rayons 60’s ravit les fans. Les autres un peu moins. Ce n’est pas que la musique des Allah-Las soit dégueulasse, au contraire. C’est juste une question de timing. On apprécie plus le garage surf sur la route des vacances. Pas sûr pour autant que les Allah-Las y feront un concert. Tant pis pour nous.

On en profite pour se ravitailler au bar.
Il est bon de constater que le demi est à un prix raisonnable contrairement à la collection été. Cependant, pour développer cette petite parenthèse alimentaire, on aurait une petite remarque à faire à l’unique food truck présent sur le site qui propose, monopole oblige, une galette saucisse à 4 euros !!! Ne serait-ce pas un peu foutage de gueule ????

Ariel pink

Ariel Pink ©Pataquès

Cette parenthèse étant terminée, nous pouvons revenir aux concerts ou plutôt au concert le plus attendu de ce vendredi soir : Ariel Pink, la bête de scène ou la bête de foire, selon les points de vue. Personne ne sait vraiment à quoi s’attendre avec le Californien et tous les commentaires d’avant concert, s’accorde sur cette analyse ô combien précise : «  Ariel Pink ? Soit ça va être génial, soit ça va être à chier !!! » Soit.
Ariel PinkPourtant dès les balances, quelques indices nous donnent la tendance. Mister Pink est là, parmi les roadies, déambulant maladroitement, bière à la main, bedaine en avant et reins cassés par le port de chaussures à talons compensés violette clouté. Il prend soin d’obtenir des ingés son les retours les plus justes, confirmant ainsi l’hypothèse que derrière ses apparats et sa couette mal ajustée se cache un musicien appliqué. Docteur Ariel est entouré ce soir de musiciens à l’image de sa musique : un patchwork de gueules. Un bassiste asiatique au look androgyne, deux claviers ressemblant plus à des profs de musique en collège de province, un guitariste chevelu qui semble tout droit sorti d’une parodie de Rock FM tendance Guns n’Roses tandis que la palme de l’excentricité revient au batteur dont le déguisement et l’âge nous rappelle une vieille majorette qui aurait trop passé de nuits blanches au studio 54…
Une fois les balances terminées, lorsque les musiciens reviennent sur scène, Ariel Pink décoche un vague sourire (il ne communiquera quasiment pas avec le public de tout le concert) et les musiciens entament les premières mesures de l’excitée White Freckles. Le ton est donné. Le reste du show sera complètement foufou. L’exubérance, l’excentricité et les ruptures de ton de la musique de Pink sont décuplées par le live et une grande marée rose envahie La Nouvelle Vague. La claque de cette dixième édition. Le public reprenant en cœur Picture me gone restera dans les mémoires comme un grand moment sinon Le grand moment de cette dixième édition tandis que les gars d’Allah-Las crient de bonheur dans le public et se permettent même de slammer en fin de concert.

Grand Blanc

Grand Blanc ©Pataquès

Pour conclure cette soirée, c’est les quatre de Grand Blanc qui débarquent avec leur coldwave à la française. Certains détestent, d’autres adorent. Pataquès fait partie de la seconde catégorie, leur premier EP contenant quatre petites pépites de poésie urbaine. Depuis les dernières Trans, leur set a pris encore un peu plus d’énergie même si on pourra toujours regretter quelques intermèdes maladroits. Nous quittons La Nouvelle Vague dans la nuit noire, épuisés mais satisfaits avec le titre Samedi la nuit nous bourdonnant dans les oreilles.

Samedi

Mourn

Mourn ©Pataquès

Et vous, vous faisiez quoi quand vous aviez 15ans ?
Au lieu d’écouter Jean Jacques Goldman et les vieux enfoirés donner une leçon de morale aux jeunes sous forme de purge musicale avec leur titre Toute la vie, Pataquès vous conseille d’écouter Mourn et ainsi constater ce dont est capable la jeunesse en 2015. La moyenne d’âge de Mourn c’est 16 ans !!! Des ados. Un garçon à la batterie et trois filles guitares/ basses, hautes comme trois pommes, au look de première de la classe qui rougissent quand elles blaguent avec le public. Et pourtant les quatre Catalans réussissent à scotcher le public avec leur post rock réjouissant et leur maitrise sur scène. Des chansons courtes, des guitares aiguisées, une basse qui tape et cette énergie qui transpire dans le chant… En un tour de main, Mourn est devenu les chouchous du public.

Meatbodies

Meatbodies ©Pataquès

Les suivant, pourrait bien être les grand frères de Mourn : Meatbodies. Dès leur entrée, les mauvais garçons réclament le silence, un doigt posé sur les lèvres puis, en deux riffs de guitares, envoient du gros son. Du lourd, du très très lourd. Les bouchons d’oreille font PLOP et le cérumen dégouline. La Nouvelle Vague est électrisée/sonnée sur place. Malgré un répertoire souvent sur la même tonalité on ne pourra pas reprocher au trio de ne pas faire le boulot.

Deerhoof

Deerhoof ©Pataquès

Le public sera plus décontenancé par le set de Deerhoof. Issu de l’art rock underground, Deerhoof propose depuis 93, une combinaison toujours aussi surprenante. Jouant tous de front sur scène, les quatre de Deerhoof compose un rock noise expérimental, à la frontière de l’abstraction. Le mélange du chant japonais de Matsuzaki posé sur les guitares de John Dietrerich et Ed Rodriguez en déstabilise plus d’un. Mais la vraie star de Deerhoof est bel et bien son batteur/chanteur, Grey Saunier libérant ses futs des carcans habituels. Avec lui le rock n’a jamais aussi bien tapé free jazz.

Blonde Redhead

Blonde Redhead ©Pataquès

C’est dans une ambiance quasi religieuse que Blonde Redhead entre en scène. Si leur dernier album a pu décevoir les fans de la première heure, c’est devant un public conquis d’avance que le trio joue ce soir. Il faut dire que les new yorkais sont des habitués du festival pour y avoir déjà joué 2 fois. Ce samedi soir confirmera d’ailleurs la règle, selon laquelle, à chaque fois que Blonde Redhead joue à la route du rock, il pleut. Mais cette fois ci, le public et la scène est bien à l’abri des averses.
Dès la première chanson, l’ambiance est posée. Blonde Redhead se fait toujours un peu plus atmosphérique à chaque fois qu’on les voit. Mais c’est toujours avec un réel plaisir qu’on se laisse bercés par leurs pop songs voluptueuses et charnelles, porté par la voix sensible de Kazu Makino. La Nouvelle Vague en frisonne à plusieurs reprises. Le seul petit bémol sera un incident technique, interrompant une chanson en plein rappel et qui déstabilisera un temps le trio avant de reprendre pour un final époustouflant. Sans aucun doute, le concert émotion de ce samedi soir.

Blonde Redhead

Blonde Redhead ©Pataquès

Et il semblerait que le public ne s’en soit pas remis car c’est devant une fosse clairsemée que Ghost Culture entame son set pour conclure ce samedi soir avec une new wave synthétique et sympathique mais qui ne soulève pas beaucoup d’enthousiasme. On aurait aimé se lâcher un peu plus pour fêter les dix ans de la collection hiver.
Finalement, c’est la bande de Magnetic Friends en DJ set au bar qui clôturera « à la bonne franquette » cette dixième et excellente édition de La Route du Rock.

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