The tribe

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The Tribe de Myroslav Slaboshpytskiy avec Grigoriy Fesenko, Yana Novikova, Rosa Babiy,…

Œuvre âpre et nihiliste, The Tribe est au cinéma ce que le Knockout game est à la rue : « ça parle pas, ça prévient pas et ça te colle une grosse claque dans la gueule ». Vous voila prévenus.

Sergey, sourd et muet, entre dans un internat spécialisé et doit subir les rites d’une bande de caïds qui fait régner sa loi dans le pensionnat à coups de trafics, rackets et prostitutions. Il parvient à en gravir les échelons mais tombe amoureux de la jeune Anna, membre de cette tribu, qui vend son corps sur les parkings routiers pour survivre et quitter l’Ukraine. Sergey va tenter d’enrayer ce système sans pitié.
Il y aura donc désormais deux façons de rendre hommage aux films muets : la façon française avec le plaisant The Artist et la façon ukrainienne avec le choc The Tribe. Le premier film de Myroslav Slaboshpytskiy est une expérience inouïe, sans aucune parole sinon par la langue des signes, ni voix off, ni sous titre et pourtant The Tribe n’a pas besoin de mots pour être compris. Totalement immersif, The Tribe communique par l’image et le langage universel du corps qui prend ici tout son sens. Dans The Tribe, les corps s’expriment, gueulent, aiment, humilient, jouissent, asservissent, revendiquent, se vengent… La bande annonce l’avait habilement résumé : « l’amour et la haine n’ont pas besoin de traduction » car dans The Tribe, ça baise et ça cogne. Dans de longs plans séquences sans concession, le réalisateur ukrainien confronte le spectateur à une réalité brutale dans une approche similaire du Roumain Cristian Mungiu, réalisateur de 4 mois, 3 semaine et 2 jours, palme d’or à Cannes en 2007.

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Slaboshpytskiy réalise une œuvre hypnotique (les longues scènes de dialogues sont fascinantes et jamais ennuyeuses), dérangeante (la conclusion brutale ne laisse imaginer aucun espoir) et réussit ainsi un grand manifeste désincarné sur les rapports humains. Mais, si on reconnait la virtuosité de la mise en scène, The Tribe ne serait rien sans ses jeunes interprètes dont l’engagement physique est a saluer.
Si on peut reprocher au réalisateur ukrainien une certaine complaisance vis-à-vis de la violence et de la cruauté, notamment une très longue scène en plan fixe d’un avortement clandestin à la limite de l’insoutenable, The Tribe reste un film à la hauteur de l’humanité, reflet amorale d’une société ukrainienne gangrenée par le chaos. Un œuvre pessimiste dont le seul point positif serait la naissance d’un cinéaste à suivre.

Sortie le 1 octobre 2014.

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