SELF PORTAIT CAMOUFLAGE – L’usage politique du corps

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Artiste associée au Triangle, Latifa Laâbissi questionne par la danse et la parole les statuts minoritaires dans une pièce datant de 2006 mais toujours d’actualité. 

Comment Self Portrait Camouflage est-elle née ?
J’ai commencé à réfléchir à un solo en 2005 alors que le contexte social français était violent, en pleine « émeutes de banlieues » comme les nommaient les médias. Petit à petit, ce contexte a contaminé mon travail. C’était une nécessité d’en faire écho par mon moyen d’expression, la danse.

Vous abordez par le corps et la danse des ques- tions politiques…
Oui mais pas comme porte étendard d’une cause. Cette œuvre était enchâssée dans une réalité politique, un réél qui est remonté dans la pièce sans tabou.

Au-delà du corps et de la nudité, la pièce use de symboles : le pupitre, un cordon, un drapeau, une coiffe d’indien. Pourquoi ?
La nudité n’est pas gratuite, c’est un corps social et politique pour évoquer entre autre les zoos humains. Le pupitre renvoie au discours politique, le drapeau permet d’évoquer les empires coloniaux. Les signes sont simples au fond, c’est le montage dramaturgie de la pièce qui complexifie le sens Et j’ai envisagé la coiffe indienne comme un camouflage. Je cherchais une figure hybride pour ne pas enfermer la pièce dans des questions identitaires. Je ne parle pas du génocide des indiens, ni de la condition de la femme arabe. J’aborde les questions de classe, de genre et de race : trois raisons d’être mis au ban dans la société française.

La pièce bouscule. Craignez-vous d’être jugée provocatrice ?
Non. La pièce suscite des réactions mais je ne crois pas que le public la juge comme une provocation. C’est une pièce qui révèle un refoulé collectif d’une société qui a du mal à faire face à son histoire. Rien n’est dépassable sans un vrai travail et une vraie traduction politique, il est grand temps de nous mettre au travail collectivement pour cesser de nourrir des violences qui inévitablement en génèrent d’autres créant un cercle infernal !

Il y a aussi beaucoup d’humour…
Oui, la pièce est burlesque. Je revendique le grotesque qui est un moyen de tordre le cou à des questions qui seraient explosives si elles étaient traitées frontalement. Si nous sommes capables d’en rire alors peut être sommes-nous capables d’en parler aussi… P

 

Où ? Quand ?
Les 19 et 20 janvier – Le Triangle – Rennes 

Self portrait camouflage – Latifa Laâbissi Figure Project from Le Triangle on Vimeo.

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