PHILIPPE KATERINE

Katerine-3-(c)Eric-Garault-web

En avril dernier, le chanteur de La banane nous déroutait avec un album « art brut », Le film, fait de chansons épurées et enfantines dans la forme mais graves, émouvantes et tout en pudeur dans le fond. Comme si, pour changer, Katerine ne s’était pas mis en slip mais à nu. Sa venue à Bruz est l’occasion d’en parler avec lui. 

 

Ton album Le film, sorti au printemps, est un album intime, très émouvant. Quel effet ça fait de le partager avec le public ?
C’est une aventure complètement nouvelle pour moi. Je suis seulement accompagné de la pianiste concertiste Dana Ciocarlie. C’est plus, comment dire, équilibriste quelque part. On n’a pas du tout le même rapport qu’avec un groupe de rock par exemple et ça me plaît énormément.

Est-ce que ton regard à changer sur cet album avec les concerts?
Bien sûr. Je découvre les chansons chaque soir. Avec cette formation, il y a un rapport plus émo- tionnel aussi. Il m’arrive même d’avoir des larmes aux yeux. C’est un sentiment nouveau pour moi mais je m’en accommode et je m’abandonne. C’est à la fois plus délicat mais plus violent aussi.

Dans la chanson Papa, tu évoques de façon pu- dique ta relation avec ton père qui est décédé. La relation père / fils est-t-elle l’histoire d’amour la plus complexe car faite de pudeur ?
En ce qui me concerne, c’était une relation pleine de pudeur. La chanson doit l’être aussi certainement, ce qui ne m’empêche pas d’être juste- ment bouleversé. C’est dans la pudeur que je trouve peut-être l’émotion la plus forte.

On a l’impression que tu la chantes avec « le regard d’un enfant »…
Je suis hélas un adulte. Je dis hélas car on perd beaucoup en l’étant mais quand j’ai composé ces chansons là, j’allais peut-être vers l’émerveillement de l’enfance. Et je suis papa aussi. On peut être mille personne en une mais je suis les deux ça c’est sûr. C’est pour ça qu’un enfant n’aurait jamais pu faire Le Film. Dans des chansons comme La ba- naneBla Bla Bla ou La moustache, c’est plus un enfant qui parle alors que les chansons du film sont plus des chansons d’un adulte émerveillé.

 

Il m’arrive d’ avoir les larmes aux yeux sur scène

 

Dans Hibou de Ramzy Bédia, tu joues un ancien chanteur qui ne supporte plus d’entendre son tube La banane. Es-tu lassé qu’on te rappelle tes tubes Louxor, j’adore ou La banane ?
Pas du tout. Surtout qu’on les joue différemment sur scène. C’est l’avantage de changer de formation. On relooke les chansons comme dans les émissions de relooking à la télé que j’aime beaucoup. On leur donne un second souffle. Les chansons sont des objets que je chéris car elles me permettent d’avoir une place tout simplement.Presque en tant que fonctionnaire. Je le vois comme un service, je suis un peu auxiliaire de vie (rires).

On te voit de plus en plus au cinéma. Que recherches-tu en tant que comédien ?
Ça me plaît beaucoup d’être un objet manipulable de temps en temps mais je ne pourrais pas être manipulé tous les jours. La première motivation du cinéma est de rencontrer des gens. On a des rela- tions dont on sait pour la plupart du temps qu’il n’y aura pas de lendemain. Ça permet une certaine liberté dans les relations que j’apprécie beaucoup.

Tu joues l’Abbé Langélusse dans l’adaptation du Petit Spirou. Le tournage s’est il bien passé ?
Très bien. Des curés j’en ai connus beaucoup, c’était une joie de les regrouper dans un seul personnage. En plus, ils m’avaient fait des oreilles décollées et je me suis découvert un autre visage qui me plaisait beaucoup. Je ne sais pas si je vais pas me faire opé- rer. Je suis plus à l’aise, plus animal en même temps avec les oreilles décollées. (rires)

A quand le retour de Philippe Katerine derrière la caméra ?
Je note de temps en temps des idées mais je n’ai pas le temps de les travailler. Peut-être un jour.

Et une nouvelle collaboration avec Dominique A ?
On se voit de temps en temps et on joue ensemble un peu de musique. Pas longtemps. nos voix se mélangent très bien. Mais pour l’instant rien n’est posé.

Quels souvenirs gardes tu de tes études à Rennes ?
Je sortais de Vendée. Je dis « sortir » car je n’avais jamais mis les pieds à la ville. Cela m’a demandé un bon temps d’adaptation car j’étais totalement effrayé par la ville. A la fac d’arts plastiques, on m’a montré des films dont on se souvient toute sa vie : des films de Jean Eustache, de Jean Genet, de Renoir… Des films que je pensais impossible d’exister. J’hallucinais complètement sur ce que je voyais, ce que j’entendais, qui je rencontrais. On allait aux concerts à l’ubu. C’était une période de découverte inouïe. Je découvrais les gens bourrés dans la rue, chose que je n’avais jamais vue avant parce que je ne sortais pas le soir. Les gens ivres dans les rues de Rennes, ça fait un drôle d’effet. Et puis après, c’était moi qui était ivre, donc… il y a eu toute sorte de périodes très riches.  

 

Où ? Quand ?
Le 1er octobre – Le Grand Logis – Bruz 

 

 

 

 

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