Peintures de guerre Portrait

Impossible de traverser Rennes sans voir une œuvre du graffeur Peintures de guerre. Loin des connotations agressives que pourrait laisser imaginer son pseudo, Peintures de guerre évoque l’innocence en s’inspirant essentiellement de l’enfance. Pataquès l’a rencontré au pied d’une de ses fresques.

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La rencontre se déroule en fin d’après midi sur le petit parking de la rue Louis Blériot prés de la gare rennaise et il est vrai que le soleil automnal de fin de journée met particulièrement bien en valeur la fresque. Sur trois murs de la fresque nommée « Le perchoir des enfants », on peut y observer quelques enfants assis au milieu d’oiseaux regardant passer les trains, plus bas deux poules picorent sur un mur tandis que le visage d’un vieil homme semble vouloir nous raconter une histoire. « C’est un gros projet, j’ai travaillé dessus pendant un mois environ. C’était long et j’ai pas mal cogité pendant la réalisation, la fresque a aussi évolué en fonction des réactions des riverains qui venaient me voir. Par exemple, les poules c’est en référence à une petite mamie qui habite au dessus et qui a des poules en pleine ville je trouvais ça marrant » nous explique le graffeur.

Derrière le pseudo Peintures de guerre se cache en fait Poïti Terorotua, un trentenaire aux yeux clairs qui dessine depuis toujours et peint sur les murs depuis qu’il a seize ans. « Je m’y suis mis par ce que j’étais fasciné par les graffs sur les murs ou les trains, j’adorais les regarder et les étudier, j’ai appris comme ça en autodidacte » nous raconte t’ il. Lorsqu’on lui demande d’expliquer son pseudo, Poïti évoque plusieurs raisons. Peintures de guerre correspond aussi bien à ses origines maoris, un peuple de guerrier qu’« au côté mission » du graffeur qui doit être dans l’action pour peindre à la sauvage dans la rue. Et enfin, Peintures de guerre est aussi « un clin d’œil aux enfants qui jouent aux cowboys et aux indiens ». Sur son blog (peinturesdeguerre.over-blog.fr), Poïti reprend à son compte une analyse de Levi Strauss sur « des indiens d’Amérique et toutes sorte s de tribus sauvages dans lesquelles il fallait être peint pour être un homme ».

IMG_2954bisPoïti reconnaît que son pseudo pourrait laisser croire à un graff guerrier ou agressif mais il en est loin. « Je ne suis pas dans le graff revendicatif. Je ne dis pas que je n’aime pas ça, ce n’est juste pas ma façon de m’exprimer. Je suis plus dans l’évocation, dans l’émotionnel. Mes potes me chambrent souvent sur ça, ils me disent « oh non tu vas encore refaire des gamins ?!!! » mais je continue » s’amuse t-il. En effet, il suffit de connaître quelques œuvres de Peintures de guerre pour comprendre que l’enfance est un thème principal dans son art. « J’aime les observer, j’aime le regard curieux des enfants, cette émerveillement permanent » raconte Poïti. L’enfance semble être, pour le trentenaire, un paradis perdu et on sent quelques regrets face à cette innocence envolée à l’âge adulte, pourtant ses explications restent évasives. « Mes œuvres doivent parler de moi, de mon enfance ou de l’enfant qu’il y a en moi puisque on ne fait jamais les choses au hasard mais ce n’est pas quelque chose de conscient dés le départ. Je n’interprète mes œuvres qu’après coup » explique t il. Pudique ou réticent à trop s’ auto-analyser, on comprend rapidement que tout le plaisir de l’artiste réside dans l’énergie qu’il met dans la réalisation d’une œuvre. «  Ce qui me plait c’est la peinture performance. Réaliser une œuvre spontanée, à l’instinct, que le geste soit rapide et toujours dans l’énergie, que ça ne devienne pas laborieux » explique t-il. Dans ce sens, sa technique reste instinctive. Pas de dessin préparatoire, à partir de quelques photographies piochées dans les magazines ou sur le net, il peint ce qu’il ressent à la bombe de préférence en une demie journée en général.

IMG_2948bisPeintures de guerre vit du graff depuis deux ans. Il parle du côté « flippant » de passer du loisir à la professionnalisation. Il évoque certain aspects qui tiennent plus de l’artisanat que de l’art. « Être graffeur professionnel c’est aussi savoir être commercial, répondre aux appels d’offres des municipalités, savoir budgéter un projet etc… » précise t-il. Quand on le questionne d’ailleurs sur le prix de sa fresque financée par la ville de Rennes et la SCNF (7000 euros), il se compare aussitôt aux prix du marché en répondant avec le sourire que « faire repeindre le mur en blanc c’est au moins ce prix là ». Poïti reconnait que le regard sur le graff à changer depuis quelques années. On n’est plus dans une dynamique de répression du graff et on tend vers une vraie reconnaissance du Street Art. S’il n’est pas toujours autorisé le graff est toléré. Poïti raconte «J’ai fait un graff rue de nantes, sur le mur d’une propriété privé, j’ai juste prévenu les locataires qui m’ont laissé faire mais la propriétaire ne s’est pas plaint par la suite, au contraire elle est très contente d’avoir un mur unique ».Poïti a aussi ouvert un atelier à la Chapelle des Fougeretz pour peindre des toiles grand format mais précise qu’il continuera toujours de chercher un mur pour peindre dans la rue.

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Pour l’anecdote, pendant l’entretien, alors que nous sommes en train de discuter dans un coin du parking, un punk à chien visiblement très énervé vient promener son chien. Hurlant dans son téléphone portable, on comprend vite qu’il vient de se faire confisquer son camion par la Police municipale. Sachant que « son camion, c’est sa maison », la fourrière a pour lui un goût amer. Donnant un coup de poing contre le mur, il fait sauter une brique et une partie de la fresque tombe ce qui a le don de faire sourire Poïti. Pas sûr que tous les artistes s’amusent de voir une de leurs œuvres abimées.

L’esprit du street art est ainsi résumé. Comme tout graffeur, Peintures de guerre a fait sienne la phrase de Raymond Hains « mon atelier, c’est la rue » tout en sachant que ses œuvres ne lui appartiennent plus, elles sont à la rue.

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