Olivier Mellano – Mellanoisescape, l’échappée salutaire

Figure emblématique du paysage musical rennais, le compositeur Olivier Mellano multiplie les collaborations (Miossec, Dominique A, Laetitia Sheriff…) et les projets en tout genre (pop-rock, symphonique, theâtre, Ciné-concert…) depuis le début des années 90.
Fin 2014, il est revenu à ses premiers amours, la noise et a sorti son premier album solo, Mellanoisescape qu’il a présenté aux Transmusicales et que Pataquès regrettait amèrement d’avoir manqué. Il a fallu attendre juillet 2015 et aller jusqu’à Malestroit pour le festival Au Pont du Rock pour enfin découvrir Mellano en live (retour sur le concert ici) . Quelques heures avant de monter sur scène, le compositeur prolifique nous accordait une courte entrevue pour évoquer son projet Mellanoisescape.

Mellanoisescape, l’échappée salutaire

 

Mellanoisescape - Au Pont du Rock ©Pataquès

Mellanoisescape – Au Pont du Rock ©Pataquès

Mellano…

 

C’est la 25eme édition du festival Au Pont du rock mais tu es un habitué puisque tu y es déjà venu plusieurs fois avec différentes formations. Tu as même fait la première édition du festival.
C’était avec mon groupe de lycée, Fils de Novembre, dans lequel j’étais guitariste. Nous étions le premier groupe à jouer sur scène, au Roc Saint André. C’était un sorte de pop new wave mais gentillet. Puis je suis revenu il y a 10ans avec Laetitia Sheriff. Mais je connais bien les environs car j’ai habité à Ploermel et je faisais des répétitions à Malestroit avec les potes du lycée.

Quel regard portes tu sur ces 25 années?
Par rapport au festival, je trouve génial qu’il puisse encore exister et de mon côté j’ai évolué. A l’époque, je n’étais pas certain de continuer à faire de la musique. J’avais une intuition mais rien de sûr. Avec les années, mon propos s’est aussi précisé, voire un peu radicalisé sur certains aspects, avec des projets plus expérimentaux, des projets en musique classique, en musique contemporaine et avec une certaine exigence. Je suis content de cette ligne que j’ai suivi en 25 ans.

Considères-tu Mellanoisescape comme ton premier projet solo ?
Pas vraiment. Je considère, par exemple How we tried a new combination comme un projet solo même si je n’étais pas sur scène. Mellanoisescape est le premier projet où je suis seul sur scène, en frontman.

Comment est né Mellanoisescape?
À la base, c’était une carte blanche pour une soirée Kfuel. L’asso me proposait d’ouvrir pour un  groupe américain The conformist, en me disant : «  tu fais ce que tu veux ». Habituellement, j’aurais fais de l’impro de guitare pure mais j’ai eu envie de prendre un micro, installer des boîtes à rythmes le tout dans un format chanson. La soirée m’a plu et j’ai donc continué à construire différents morceaux qui ont abouti à une tournée puis un album. Je me suis senti tellement bien avec ce projet que j’y ai mis tout ce que j’avais envie de faire. Les premiers retours positifs m’ont ensuite conforté à continuer dans cette direction.

 

…Noise…

 

Mellanoisescape est peut être ton projet le moins expérimental. C’était une volonté de te rapprocher du format pop ?
En fait, c’est arrivé tout seul et je n’ai pas du tout été à l’encontre (rires). Il y a un aspect de la pop que j’aime beaucoup et que j’avais assez peu exploré jusqu’à maintenant. C’était sans doute le moment pour moi. C’est vrai que mes autres projets sont un peu plus difficile d’axer. Je comprend tout à fait aussi que les gens zappent certains projets un peu plus compliqué comme How we tried qui présente trois versions d’une composition de 40 minutes (une version symphonique, une version avec 17 guitares puis une version electro/ hip-hop ). Faire écouter 3 fois 40 minutes de musique à un public c’est difficile. How we tried a été un projet très lourd à porter et avoir si peu de retour sur 5 années de travail, c’était frustrant. Mellanoisescape m’a permis de m’en échapper mais je ne fais aucune hiérarchie dans mes projets et je m’implique avec autant d’exigence dans chaque projet.

Tu qualifies ta musique de « noise » mais Mellanoisescape est aussi Pop-Rock?
Avant de faire l’album c’était beaucoup plus noise et plus débraillé. Les chansons sont devenues plus sophistiquées avec l’arrivée des textes puis des arrangements. Les chansons ont pris une dimension plus pop qui m’a vraiment plu et sur scène, c’est vraiment ce que je retranscris. Il y a des moments plus noise parce que les guitares sont tendues mais c’est très proche du disque. Mais c’est vrai que le nom annonce quelquechose de noise. Il faudrait que je rajoute un terme mais cela donnerait un nom encore plus long et ça va être chiant (rires).

C’était inhérent au projet d’être seul sur scène?    
Oui, dès le départ c’était une volonté d’avoir un projet plus léger d’un point de vue logistique. Mellanoiescape était pour moi une soupape de décompression pour contre balancer des projets plus lourds à porter, avec beaucoup de personnes. J’ai ressenti le besoin d’avoir un projet que je pouvais répéter seul, quand je voulais, où je voulais sans dépendre de plusieurs personnes. La souplesse était le point de départ du projet mais je pense qu’il va évoluer sur scène en groupe avec le deuxième album que j’ai en tête. Mellanoisescape va probablement continuer sous une autre forme.

 

…Escape.

 

Tu vas privilégier les projets solos aux collaborations ? 
Depuis pas mal d’années, je lève le pied sur les collaborations mais j’en fais toujours. J’ai un projet en commun avec Psykick Lyrikah, j’ai tournée avec Filiamotsa, un groupe de Nancy dont j’ai participé à l’album avec l’ancien chanteur de G.W. Sok. Mais tous ces projets sont en général des « one shots ». Je ne m’engage plus sur des tournées de 6 mois. Je l’ai beaucoup fait par le passé et, je pense, à partir d’un moment il faut décider si, oui ou non, on se consacre à sa musique personnelle. Maintenant, ça m’excite plus de faire ma musique à 100%. Quand je fais de la musique avec d’autres personnes, c’est surtout pour voir ce qui peut se passer sur un projet précis, un « one shot », mais dans ce cas, je suis directement impliqué dans le processus créatif. Par exemple, j’ai enregistré un album avec le batteur Regis Boulard pour un duo improvisé mais c’est un vrai duo car c’est notre musique.

Mellanoisescape - Au Pont du Rock ©Pataquès

Mellanoisescape – Au Pont du Rock ©Pataquès

Justement, comment choisis-tu tes collaborations ? 
C’est les envies et les rencontres. En discutant avec certaines personnes on s’aperçoit que nous avons quelque chose à faire ensemble. Tout projet nait d’une nécessité de créer. On ne peut pas s’empêcher de le faire.

L’aspect éphémère ou « one shot » n’est pas frustrant ?
Non pas du tout. Au contraire. Plus ça va moins c’est des projets que nous répétons. Nous sommes dans une forme improvisée qui nous permet d’arriver frais aux concerts. Nous n’avons que le côté positif de la création pure à l’enregistrement sans toute la lourdeur que peuvent ressentir tous les groupes avec des tas de répétitions laborieuses.

Comment fais tu pour enchainer tous ces projets ?
En fait, l’important est de trouver pour chaque projet le bon temps à lui consacrer. Surtout ne jamais donner plus ou donner moins de temps nécessaire. Si j’arrive à faire autant de chose comme tu dis c’est parce que j’arrive à définir le bon temps à consacrer à chaque projet. Avec l’expérience, j’ai réussi à savoir si tel projet peut se faire rapidement ou nécessite une longue période d’écriture. Mais avoir des énergies de travail différentes est vraiment intéressant pour moi et j’aime alterner des choses très jetées ou au contraire des choses très pensées.

Et en dehors de la musique, tu écris. 
Exact, je suis en train d’écrire mon deuxième bouquin. Mon premier livre (La Funghimiracolette: Et autres trésors de l’équilibre, aux éditions MF, ndlr) est paru en 2005 et a été réédité en 2014. Mon deuxième livre est « un essai poétique abstrait ». Comme je n’écris que lors des moments de pause de musique, j’avance par petite touche mais l’écriture est quelque chose qui devient de plus en plus important pour moi.

Ecris-tu ces livres comme tu écris tes textes ?
Difficile à dire. (Il réfléchit). J’ai l’impression de faire de la musique sans réfléchir alors que j’ai besoin de m’isoler pour écrire. J’écris quand je peux et il faut que je m’isole alors que je peux faire de la musique n’importe où. Ecrire est aussi plus précis. Le processus est très lent. Je passe beaucoup plus de temps à écrire une page qu’à composer un morceau. C’est une énergie très différente. Cela s’apparente à un travail de sculpture, très minutieuse. Mon écriture est moins viscérale mais plus mystique. Mais finalement, la musique et l’écriture se rejoignent. Les sujets, les thèmes  restent les mêmes peu importe le média qu’on utilise. Tous mes projets sont finalement faits pour circonscrire un même sujet par pleins d’énergies différentes. Mais à chaque fois je dis la même chose. Plus ça va, plus ce que je dis se précise et plus ce que je dis s’élargit. Enfin j’espère (rires).

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