Nine Antico – « Les groupies n’étaient pas que des starfuckeuses »

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Après Coney Island baby, Nine Antico continue d’explorer le mythe de la star en dressant le portrait nuancé et fantaisiste de Bouclette, librement inspiré de Pamela Des Barres, célèbre groupie des années 70. Une BD rock et ultra féminine mais certainement pas « Girly ».

Comment est né le projet Autel California?
C’est la lecture de Confessions d’une groupie (Ed. serpent à plume) de Pamela des Barres qui m’a donné envie. J’ai adoré sa vie, son écriture. Son livre m’a beaucoup touché. Un livre dans lequel je me suis reconnue en tant que fille attirée par les garçons et la musique…La musique des années 60-70, comme Love ou Neil Young est vraiment la musique qui m’a fait « plonger » à 20 ans.

Coney Island baby dressait le portrait de Linda Lovelace et Betty page. As-tu voulu avec Autel California prolonger le portrait d’icônes féminines de la contre culture Américaine ?
Plus que les icones j’ai voulu, avec Autel California, raconter une certaine idée de l’Amérique avec une part de glamour et une part de désillusions. Les deux faces d’une même médaille.

Autel California est beaucoup plus fantaisiste que Coney Island Baby.

Pour préparer Autel California tu as rencontré Pamela Des Barres. Comment s’est déroulée la rencontre ?
Je suis allée à Los Angeles pendant deux mois pour rencontrer Pamela et d’autres personnes qui ont vécu cette période. Pamela est toujours très pimpante et très active. Elle organise des ateliers d’écriture sur la musique et l’amour, ses deux sujets favoris.

Comment est-elle ?
Elle est très touchante. Elle a un amour inconditionnel pour la musique. Elle a bien conscience d’avoir vécu une « période dorée » mais elle n’est pas blasée. Elle est toujours curieuse de ce qui s’écoute actuellement. Elle est passionnée.

Autel California prend des libertés avec sa vie. Pourquoi ?
Son livre est magnifique mais c’était frustrant pour moi de juste l’adapter. Je voulais m’ouvrir à d’autres sources et parler de choses que Pamela ne raconte pas vraiment. Pamela est pure et innocente. Elle a une vision assez positive de toute cette période. D’autres groupies ont un récit plus négatif par rapport à ça. J’ai voulu trouver le juste équilibre.

En effet, Autel California dresse un portrait nuancé des groupies.
Oui les groupies n’étaient pas que des « starfuckeuses ». Elles étaient passionnées par la musique. Elles étaient au bon endroit, au bon moment. C’est les groupies qui créaient le mouvement autour des musiciens et des concerts. Elles étaient très actives. Être groupie en fait c’est se dire « j’aime ça et en plus je veux en être ! » comme être à Saint Germain des Prés dans les années 20 si on aimait la littérature.

Comment as-tu construit la narration à partir des faits réels et des « fantasmes » ?
C’était très compliqué. Mais n’étant ni Américaine, ni historienne, il était évident que je ne pouvais pas raconter cette période aussi bien que les gens qui l’ont vécue. J’ai donc construit une narration fantasmée à partir de ma sensibilité tout en l’assumant pleinement. Ce livre est un regard sur le mythe.

Et tu prends aussi des libertés dans la narration?
Il y a peu de texte. Je voulais aussi beaucoup de musique dans les cases, qu’elle fasse avancer le récit par l’évocation. Je voulais que le lecteur entende la mélodie en tournant les pages.

Définirais-tu Autel California comme un « biopic onirique » ?
En effet, Autel California est beaucoup plus fantaisiste que Coney Island Baby. Il y a une plus grande part de fantasme. Et il y a des tapis volants… (Rires) (Ndlr : dans une séquence, Bouclette voyage sur un tapis en compagnie de Jim Morrison !)

D’où te vient cette fascination pour l’Amérique?
De la musique mais aussi du cinéma. Mon père est Italien et adolescente, en regardant Le Parrain, je regrettais que ma famille ne soit pas émigrée là bas. Je ne suis pas non plus naïve par rapport à ça mais j’étais fascinée par l’émigration des Italiens aux Etats Unis et cette idée de tout laisser pour tenter de tout reconstruire ensuite.

Ça peut paraitre antinomique avec son activité mais Pamela Des Barres est féministe.

Le film Presque célébré de Cameron Crowe a-t-il été une source d’inspiration pour Autel California?
Évidemment. Ce film rend compte parfaitement de l’ambiguïté entre le plaisir et la douleur d’une groupie.

Le dessin noir et blanc s’est imposé dés le début du processus créatif ?
Oui pour moi le noir et blanc est le plus impactant pour l’émotion. Pour la nostalgie aussi. Et l’Amérique avec ses paysages, ses routes, ses bâtiments se prête parfaitement au rendu sommaire du noir et blanc.

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Dans Treat Me Nice, la face A de Autel California, Bouclette croise les Beatles, les Rolling Stones, Brian Wilson… dans la face B, est ce que Bouclette couchera avec Led Zep ?
Oui (rires). Je suis en train d’écrire la face B mais Jimmy Page et Led Zeppelin seront forcément dedans. Led Zep c’est un groupe Anglais mais c’est clairement la musique de l’Amérique. Encore aujourd’hui on les entend partout là bas.

On pressent à la fin de la face A que la suite sera plus sombre pour Bouclette.
Dans la face A, Bouclette est une jeune fille qui commence juste à découvrir les coulisses de la musique. La face B sera le côté obscur et racontera comment tout va se déglinguer dans le marasme des années 70.

Tes BD racontent une certaine idée de la féminité, loin de la mode « Girly ».
Je parle des femmes parce que je suis une femme mais je ne me considère pas du tout « girly ».

Tu es plus du côté « girls », la série de Lena Dunham.
Oui je suis de la veine qui se regarde sans se voiler et sans s’excuser. Qui n’a pas peur de faire des conneries, de tenter des choses. Parfois ça marche et parfois ça ne marche pas. Être une femme et savoir se positionner à partir de son milieu, de son éducation, de son image c’est une question intéressante. Même si ça peut paraitre antinomique avec son « activité », Pamela Des Barres est féministe. « L’image qu’on a envie d’être », c’est un vrai sujet féministe, je pense.

C’est vraiment une question d’image ?
On est quand même souvent renvoyer à ça. On ne peut pas seulement « être », il faut aussi qu’on ait « l’air d’être quelque chose ». Clairement, quand on est une fille, c’est le physique qui aide d’abord et ensuite on vous demande qui vous êtes. Et ça, c’était vrai dans les années 70 et ça existe encore maintenant. C’est un sujet que je ne pouvais pas évoquer avec Pamela parce qu’elle est très belle mais on peut s’interroger sur le statut des groupies moins belles. Pour elles, je pense que c’était plus compliqué. C’est le privilège de la beauté.

Tu as aussi des projets cinéma. Tu peux nous en parler ?
Cet hiver, je vais réaliser un nouveau court métrage qui s’appellera Petits fours basé sur un scénario original. J’ai un projet de long métrage, Playlist mais nous n’en sommes qu’au stade de la recherche du financement.

Pour finir, comme la musique est partout dans tes BD, peux tu nous donner tes derniers coups de cœur ?
Quand j’aime un truc je l’écoute en boucle et là je sors d’une bonne boucle du dernier album de Lana del Rey !!!

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Nine Antico sera présente à Quai des Bulles à St-Malo du 10 au 12 Octobre

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