Night Call de Dan Gilroy – Critique

Grâce à l’interprétation intense de Jake Gyllenhaal, Night Call se révèle être une fable cynique et immorale sur les dérives et le voyeurisme des médias.
 

Night Call - Jake Gyllenhaal 3
 

Lou, jeune homme débrouillard et ambitieux, vit de petits larcins en volant du grillage et des plaques d’égout pour les revendre à une fonderie. Une nuit, lors d’une de ses déambulations sur les routes de L.A, Lou croise un cameraman qui filme les accidents de voitures, les fusillades, les incendies… pour les revendre aux chaines d’infos locales. Il semblerait que Lou ait trouvé le métier qui soit «  à la hauteur de ses compétences ». Désormais branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaines pour faire la Une aux JT du matin. Si les débuts sont maladroits, Lou en bon petit étudiant studieux apprend vite grâce aux leçons d’une directrice de l’information (René Russo, glaçante) d’une petite chaine d’info en pleine chute d’audimat. Lou devient rapidement un charognard de l’info dont l’ambition le pousse à aller toujours plus loin dans la course au scoop quitte à devancer la police sur les lieux des crimes voire à anticiper «  à sa façon » les événements qui feront la Une des JT.

 

Night Call - Jake Gyllenhaal 2

 

Première réalisation du scénariste Dan Gilroy (Jason Bourne, l’héritage), Night Call est un thriller urbain solide reposant sur les épaules d’un Jake Gyllenhaal magnétique. Amaigri de 10 kilos, le visage émacié, les traits tirés, les yeux exorbités, l’acteur offre, dans la peau d’un Lou cynique et amoral, une interprétation physique digne d’un Christian Bale (Night Call aurait pu s’appeler American Visio). Quelques mois après ses délires psycho dans Enemy de Denis Villeneuve, Jake Gyllenhaal prouve une nouvelle fois qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il joue un personnage borderline. Lou dans Night call pourrait très bien être Donnie Darko 13 ans plus tard, si celui-ci se réveillait de ses troubles adolescents avec une camera à la main. Il y a quelque chose de naïf dans son comportement (surtout dans sa façon de penser à voix haute sans aucune inhibition sociale) et pourtant d’un total cynisme lorsqu’il n’hésite pas à manipuler son assistant ou à soumettre psychologiquement la directrice de l’info dont la carrière dépend de ses scoops (la scène extrêmement bien dialoguée du diner au restaurant mexicain où Lou humilie sa directrice pourtant rodée à l’exercice de la manipulation est un grand moment du film).

 

Night Call - Jake Gyllenhaal et René Russo

 

Ponctué d’humour noir, Night Call est une dénonciation acerbe des dérives des médias, prêts à tout pour accrocher le téléspectateur dés le petit déjeuner. Le film repose sur une réalisation efficace, usant habilement du hors champ pour dévoiler les « vrais » point de vues des protagonistes (les sourires satisfaits en salle de montage lorsque l’équipe découvre les images de Lou font froid dans le dos et rappelle un David Pujadas s’exclamant « Génial » en visionnant le crash des avions dans le World Trade Center le 11 septembre 2001).

Cependant, Night Call ne reste pas une charge théorique et colle au plus prés sa caméra dans la jungle nocturne de Los Angeles (il y a un peu de Michael Mann dans la façon de filmer Lou comme un chacal dans les lumières étincelantes de la mégalopole). Si ses courses poursuites n’ont pas le magnétisme de celle de Collateral ou même de Drive (Night Call partageant avec le film de Nicolas Winding Refn la même ville, la même solitude et les mêmes producteurs comme le rappelle de façon appuyée l’affiche du film), Dan Gilroy parvient avec brio à reproduire les poussées d’adrénaline de son personnage principal grâce à des pics d’action choc à intervalle régulier et un final tout en montée en tension à la fois grinçant et jubilatoire.

Après 2h intense, Night Call se révèle être un thriller bien ficelé qui colle au plus prés du sujet qu’il dénonce en devenant lui-même ambigu, immoral et cynique. Le sourire ambitieux et carnassier de Lou devrait laisser des traces.

 

 
Un film de Dan Gilroy avec Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Bill Paxton
Sortie le 26 novembre 2014
 

affiche de Night Call

 

 

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