Naturaliste

 

Parce que son chat est mort, Pataquès a eu envie de discuter avec Roland Brillot, naturaliste depuis 40 ans.

taxidermie
 
D’habitude le renard glapit, le sanglier grommèle et la colombe roucoule mais dans la boutique de Roland les animaux ne crient plus, comme figés dans un dernier mouvement. « Le seul animal que vous verrez bouger ici c’est Oslo » dit il en pointant du doigt un chien endormi dans son panier qui, en effet, remue encore un peu malgré ses 13 ans.
Avec ses lunettes sur le bout du nez, protégé derrière son tablier, Roland tiendrait plus du cordonnier si on oubliait le canard éventré sur le plan de travail. « Vous tombez mal, le dépouillage (retirer toutes les chairs, ndlr) n’est pas la partie la plus intéressante ». Ensuite il y a le dégraissage et le tannage avant de coudre la peau sur le moulage d’un corps en mousse explique Roland dans un débit de parole trahissant sa passion pour son métier d’art.
La taxidermie peut s’étudier en autodidacte. « J’ai appris dans les livres puis par des stages dans des musées» raconte Roland qui a ouvert sa boutique à 20ans.
Depuis 1979, la naturalisation est strictement réglementée si bien que le taxidermiste Français est devenu une espèce en voie de disparition. On n’en recense plus que 250. «  J’ai eu une jeune stagiaire qui travaillait dans les pompes funèbres et souhaitait se réorienter. Elle a vite compris que les humains rapportaient plus que les animaux » s’amuse Roland un brin provocateur.
Roland se dit aussi fâché avec les « écolos extrémistes » qui stigmatisent sa profession lui qui n’est même pas chasseur. «  Il faut protéger la nature mais naturaliser ce n’est pas la détruire c’est la conserver pour les générations futures ». On reconnaît que le Muséum National d’Histoire Naturelle aurait moins de gueule sans la taxidermie. En fait, là où certains voit la mort, Roland voit une seconde vie de l’animal. « Le bon taxidermiste est celui qui respecte la morphologie de l’animal dans son milieu naturel » explique le sexagénaire. Et la retraite ? Il n’en veut pas et souhaite, « avant de ne plus bouger », naturaliser une fois dans sa vie un ours blanc.
Et ces sculptures d’humains avec des têtes d’animaux ? « C’est pour m’amuser, dit il, certains disent que je suis un hurluberlu, ils ne comprennent pas que je suis un artiste, c’est ma liberté ». C’est une bonne conclusion.

Au fait, pour naturaliser un chat, comptez environ 500 euros.
 
 

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