Mythos : Sic(k), Et Vivre était sublime et Yaël Naim

Chaque journée au Festival Mythos est un parcours du combattant pour voir le maximum de spectacles avec toujours l’impossibilité physique de les voir tous. C’est le principal de Mythos. Pour le vendredi, Pataquès vous fait revivre trois spectacles. Sic(k) pièce du théâtre à cru au théâtre de la Parcheminerie puis Et vivre était sublime de Nicola Rey et Mathieu Saïkaly au Cabaret Botanique et enfin Yaël Naim, la tête d’affiche de ce vendredi soir. 

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Yael Naim ©Pataquès

 

Sic(k) ou l’ivresse théâtrale

Pour Mythos, Pataquès faisait gagner des places pour Sic(k) et ne le regrette pas tant la pièce du théâtre à cru est surprenante, déroutante, intelligente et poétique. Basé sur des citations et l’enregistrement de témoignages, Sic(k) explore les creux et les vagues de ces personnes et de ses personnages avec les substances addictives (alcool, tabac, psychotropes…). Les témoignages, servant de matière première,  nourrissent sous formes de samples, de scénettes ou de confessions face au public, tout un propos  sur ce qui « huile nos relations sociales »

- Comment peut-on mourir d’alcoolisme? 
- D’un coma éthylique, d’une cirrhose du fois ou de solitude.

Entre réalité et fiction, baigné, de temps à autre, par les nappes voluptueuses des guitares de Rémi Cassabé, Sic(k) s’envisage surtout comme un collage décousu, foutraque et épidermiquement sensible. Un théâtre de sensation que ce soit l’excitation d’un rail de coke, la relaxation d’un verre de whisky, l’instabilité d’un manque qui interroge, par la parole des autres, nos propres rapports avec ces substances et in fine nos relations avec l’Autre. Puisque c’est de ça qu’il s’agit. Que ce soit une pratique familiale, conviviale ou festive, il n’est question à travers ces substances, que de soi vis-à-vis des autres.

L’alcool est il l’expression d’un désir ou d’une jouissance ?

Les acteurs jouent leur partition à fleur de peau. Qu’ils dansent en boite, qu’ils discutent d’Opening Night dans un fumoir, qu’ils trinquent à deux ou s’écoutent parler sur un divan en forme de foie, les interprètes ne font que rappeler nos « attirances plus ou moins raisonnées » vers ces substances ou vers l’Autre.

Finalement, sans jugement ni morale, Sic(k) est une pièce poétique que chacun peut interpréter selon sa propre sensibilité comme l’ambiguïté des parenthèses de son propre titre : mélange trouble et surprenant. Sic(k) est il l’expression d’une citation étrange ou d’esprits malades ? A chacun de juger.

« Tout avons tous besoin d‘amour » : Gena Rowland dans un extrait d’Opening Night.

Pour info : une fois les applaudissements finis, une fois sortis du petit théâtre de la parcheminerie, les fumeurs sortent leur paquet de cigarettes et les autres proposent d’aller boire un verre en attendant Nicolas Rey et Mathie Saïkaly.

 

 Et vivre était sublime ou la drague par le spectacle par Nicolas Rey et Mathieu Saïkaly

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Nicolas Rey et Mathieu Saïkaly au centre du magic mirror ©Pataquès

Séduire une fille n’est pas chose facile. Certains hommes usent de stratagèmes et il semblerait que Nicholas Rey et Mathieu Saïkaly en aient trouvé un nouveau : draguer par le spectacle. Face à face, autour d’une petite table, plongé au milieu du public ils charment le public. Et les filles y compris.
D’un côté, Nicholas Rey usant du verbe et des mots. Les siens ou ceux des autres, peu importe du moment qu’ils soient exaltés.
Les filles… les filles… les filles il en était question dans les romans de Nicolas Rey mais force est de constater que le mauvais garçon est meilleur chroniqueur que romancier. Débarrassés de ses impératifs romanesques, ses textes prennent corps. Et ce corps est souvent celui d’une fille. Le format court convient mieux à Rey. Avec malice, il peut y déployer son art du romantisme germanopratin et de la petite phrase séduisante (l’écrivain conclut le spectacle par une série d’aphorismes amusants).
Rey parle beaucoup d’amour. Raté ou réussi. Prend plaisir à décrire la beauté des seins d’une femme, la sienne ou celle d’un autre. Confesse qu’ « un homme qui a envie de baiser ne peut pas le cacher, ça se voit sur son visage ». S’amuse à expliquer certaines théories pour deviner si une femme pratique la fellation, précisant que « ce ne sont que des théories puisque dans la pratique la plupart des femmes sucent ». En d’autres termes, Nicolas Rey parle beaucoup de cul. Comme s’il se permettait de reprendre à son compte l’exaltation romantico-libidineux de L’homme qui aimait les femmes de Truffaut : expliquant, racontant, clamant que regarder une femme se déshabiller est la plus belle expérience que peut vivre un homme. Et si c’est tous les jours c’est tant mieux… Finalement, cela se confirme : la drague n’est rien d’autre qu’une jolie formule.

On s’en rend compte dès les premiers instants du spectacle, Nicolas Rey a l’alcool romantique. Le genre beau parleur. Les mains tremblantes par le manque ou par la fascination de la beauté des femmes, nous ne savons pas, l’écrivain/chroniquer exulte son amour de la gente féminine comme si les bras d’une femme ne pouvaient être que l’unique rambarde possible pour ne pas sombrer dans ses propres abymes ou dans la mort car, dans le fond, il en est aussi question…

« Il ne faut jamais s’inquiéter. 
Si vous êtes vivant, il y a deux possibilité : soit vous êtes en bonne santé soit vous êtes malades.
Si vous êtes en bonne santé, pas besoin de s’inquiéter. 
Si vous êtes malades, il y a deux possibilités : soit vous pouvez être soignés, soit vous allez mourir.
SI vous pouvez être soignés, pas besoin de s’inquiéter. 
Si vous allez mourir, il y a deux possibilités : soit vous allez au paradis, soit vous allez en enfer. 
Si vous allez au paradis, pas besoin de s’inquiéter. 
Et si vous allez en enfer, vous passez trop de temps dans les bras de tous vos amis pour avoir le temps de vous inquiéter… »

Nicolas Rey aurait pu conclure en citant Jane Manson « faisons l’amour avant de nous dire adieux » mais, heureusement, ses goûts littéraires sont tout autre : Cioran, Gire, Bukoswky, Woody Allen…rien que pour cela nous lui en serons gré. Son phrasé fait souvent mouche. Mais Nicolas Rey n’est pas seul. La séduction du spectacle Et vivre était sublime se fait en duo. De l’autre côté de la table, Mathieu Saïkaly, derrière sa « juvénile candeur » est lui aussi venu draguer car on ne nous enlèvera pas l’idée qu’un mec qui joue des ballades folk à la guitare acoustique est un plan drague vieux comme le monde. Au moins, aussi vieux que l’invention de la guitare. Qu’il chante ses propres chansons ou celles des autres (Souchon, Renaud, Lou Reed, les Beatles, Bowie, Elvis Presley…), le musicien, sorte de James Blunt candide, charme son public comme certains le feront encore et toujours, sur les plages, cet été, au près d’un feu de camp. Chacun sa technique finalement et après une heure et demi de confessions, de digressions et de « je chante un baiser, un baiser osé» il faut bien reconnaitre que leur petit stratagème fonctionne bien. La séduction opère. Le public rit aux bons mots de Rey. Le public fredonne les chansons de Saïkaly. Ils ont réussi. Le public est charmé. Les femmes y compris… Salauds d’artistes.

 

Yaël Naim : NEW SOUL ET OLDER 

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Yael Naim ©Pataquès

La seconde partie de la soirée est elle aussi placée sous le signe du charme avec la séduisante Yaël Naim, la tête d’affiche de ce vendredi soir. Dés l’entame, tout de noir vêtue, la franco-israélienne charme le public par ses ballades folk, glissant de temps à autres vers la Jazz et le gospel. Pour cela, l’interprète de New Soul est accompagnée d’un bassiste, de trois choristes, les Treesome Sisters (une femme et deux hommes grimés en femmes) et de son fidèle complice, David Donatien à la batterie puis à la guitare lors de chansons intimistes. D’intimité, il en est question dans Older, son nouvel album, paru fin mars et que Yael Naïm a pris le temps de mûrir après la déferlante New Soul et son utilisation dans une pub pour l’IPod. Après deux chansons, la chanteuse prend le temps d’expliquer au public, qu’elle appelle affectueusement « mes amis », que cet album est né « d’une transition dans sa vie » et que comme dans toutes transitions elle a dû faire des choix : choisir la lâcheté ou le courage. Elle avoue un brin malicieuse avoir « eu le courage de choisir la lâcheté ». Ses chansons se font alors très personnelles  voire intimistes et Coward, dans la chanson éponyme, n’a jamais été aussi émouvant que chanté par Yaël Naim. Le Magic Mirror en frisonne. La belle séduit de nouveau son public par sa douce cover de Toxic de Britney Spears qu’elle fait reprendre en cœur par tout le Magic Mirror.

Malheureusement, malgré ses ballades jazzy (on pense de temps en temps à Norah Jones), Yaël Naim ne nous séduit qu’en partie. Petit à petit, une routine s’installe. Les chansons se font plus monotones. Les méchants oseront user du terme gnangnan tandis que les autres prendront le temps d’expliquer que « l’émotion s’étiole au fur et à mesure du concert ». Reste, au final, un concert plaisant aussi bien pour les yeux que les oreilles et dont on ressort, tout de même, avec New Soul dans la tête…LALALA LA LA LALALA LA LA… Salauds d’artistes (bis).

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