Mathias et la Révolution

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En écho avec l’actualité, Leslie Kaplan fait de notre relation avec la Révolution tout un roman.

La révolution n’a jamais eu lieu une fois pour toutes

Mathias se balade dans Paris. Il a rendez-vous avec son amie. « Il fait très beau, un ciel sans nuage » pourtant, souffle un vent révolutionnaire. Pas de barricade. Pas encore ? Pas d’Elysée en feu. Pas de pavés lancés. Pas de charge de CRS. Pas de pouvoir renversé. Juste une idée qui circule : « des émeutes auraient lieu en banlieue à cause d’un accident dans un hôpital ». La rumeur inspire les pensées du jour, invite au dialogue dans un parc, dans le bus, à la terrasse d’un café, entre inconnus, hommes, femmes, français, turcs, algériens, argentins… car la France n’a pas le monopole de la révolution. « À bas toutes les bastilles » dira une touriste chinoise. Et, l’air de rien, le roman se fait choral. Rebondit de personnage en personnage. La question révolutionnaire est, tour à tour, historique (« la révolution ? Laquelle ? 14 juillet 1789 ? 10 août 1792 ? 31 mai- 2juin 1793 ? »), philosophique (« chacun a droit à la recherche du bonheur »), sociétale (« il n’y a plus de peuple révolutionnaire, il n’y a que des consommateurs »), ou littéraire (« ça me fait toujours pleurer la mort de Gavroche »).
Avec son style théâtral (le texte fut adapté sur scène en 2015), Leslie Kaplan transcende son sujet, si galvaudé de nos jours, en s’intéressant, non pas à l’acte révolutionnaire en lui même, mais à l’idée qu’on s’en fait et, finalement, répond par un roman exalté à une seule question : à quoi pensons-nous, la veille d’une révolution ? Enthousiasmant.

 

Mathias et la Révolution
de Leslie Kaplan -
Ed. P.O.L – 253 pages – 16,90 euros

 

 

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