Manu Payet – Au meilleur de sa forme

 

En une poignée de films, le comédien a su imposé son œil malin et son sourire en coin dans la nouvelle comédie française. Avec Un début prometteur, Manu Payet obtient son premier vrai rôle de composition dans la peau (épaisse) de Martin, écrivain désabusé, tendance alcoolique.

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© UDC

Un début prometteur raconte le retour de Martin chez son père (Fabrice Luchini), horticulteur romantique en fin de course. Dans sa panoplie de « Dude » littéraire (barbe, ventre, alcool), Martin va tout faire pour dégoûter Gabriel (Zacharie Chasseriaud), son jeune frère idéaliste, de tomber amoureux de Mathilde (Veerle Baetens), une jeune femme intrigante et joueuse.
Adapté du roman de Nicolas Rey, le second film d’Emma Luchini n’est pas exempt de défaut (notamment au niveau du scénario qui aurait mérité d’être resserré) mais reste une comédie dramatique douce amère dont l’atout charme est sans aucun doute son casting de loosers magnifiques avec en tête un Manu Payet flamboyant.

Comment êtes vous arrivé sur le projet ?
J’ai reçu le scénario sans connaître Emma. Le scénario m’a beaucoup plus, j’ai donc voulu la rencontrer et Emma m’a beaucoup plus aussi (rires). On s’est très vite entendu tous les deux même si c’est difficile de ne pas s’entendre avec elle. En fait on est tous les deux très différents mais à la fois ça marche.

Comment avez-vous abordé le rôle de Martin ?
On voulait lui donner de l’épaisseur. Emma m’a dit qu’elle voulait montrer que Martin avait eu une certaine flamboyance avant de devenir alcoolique
et d’enchaîner les cures mais qu’il lui en reste encore un peu après. Même si Martin est, disons, «  fatigué  », il n’est pas con. Il est encore là. Et il fallait montrer qu’il pouvait encore avoir quelques éclairs de génie, entre deux cuites.

Un début prometteur est l’adaptation du roman de Nicolas Rey et Martin est clairement son alter égo. Aviez-vous lu son roman avant qu’on vous propose le film ?
Non, je ne l’avais pas lu. Je ne l’ai lu qu’après avoir accepté le scénario.

Jouer Martin vous a demandé une transformation physique. Un laissé aller dans tous les sens du terme. Vous avez pris modèle sur Nicolas Rey ?
Non, pas vraiment. Je n’ai pas voulu faire ça. J’ai rencontré Nicolas tardivement sur la préparation du film. En amont, j’avais eu le temps de bosser de mon côté à partir du scénario, du bouquin et des nombreuses discussions que j’ai eu avec Emma. J’ai eu le temps de me trouver un mec, de travailler un personnage. Je pense qu’on se serait éloigné du sujet du film en cherchant à imiter Nicolas. Vous voyez ce que je veux dire  ? J’ai fait un autre mec.

 J’ai pris le projet tel qu’il était, sans chercher à le dénaturer

Un mec dont un certain mystère plane sur son passé. On ne sait pas vraiment comment ni pourquoi il est devenu dépressif. Comment, avec Emma, avez-vous envisagé ce passé sans explication ?
C’est vrai que si on ne connaît pas Nicolas Rey, il y a une part de mystère. Selon moi, Martin est tout simplement un mec qui n’a pas su avoir de succès. En fait, c’est un mec qui a écrit deux bouquins qui ont bien marché. Il est devenu la petite vedette de son village. Il est parti à Paris, s’est retrouvé dans les soirées, s’est fait de nouveaux copains qui, eux, avaient plus de caractères pour supporter le succès. Lui s’est foutu en l’air. Il était plus fragile et il est rentré chez lui avec l’alcool, il ne l’a pas laissé dans les soirées. Vous voyez ce que je veux dire ?

Il faut donc, selon vous, avoir du caractère pour supporter le succès ?
Bien sûr.

Vous l’avez ?
Disons que je n’ai pas encore beaucoup de succès (rires). Le peu que j’ai, je le prends «  à la cool  ». Je ne fais pas ce métier pour être populaire, je le fais pour faire kiffer les gens car je sais faire des trucs. Vous voyez ce que je veux dire  ? C’est le troisième « vous voyez ce que je veux dire ? » depuis le début de l’interview, il faut que j’arrête… (rires). Avec Emma, on a travaillé le personnage pour proposer un Martin qui est une projection un peu lointaine de moi. J’ai pris 10 kg, je me suis tout laissé pousser  : les cheveux, la barbe, le ventre.

Le ventre n’est pas une prothèse ?
Non c’est mon vrai ventre (rires). Martin va très mal au début du film. Je ne pouvais pas arriver avec le même corps que dans Radiostars, il fallait lui donner le corps d’un mec qui n’est pas bien même si ça s’arrange pour lui ensuite. C’est un film sur l’espoir. Si c’est possible pour lui alors c’est possible pour pleins d’autres mecs de s’en sortir.

Un début prometteur vous permet de dévoiler une facette un peu plus sombre de votre jeu d’acteur. C’est vraisemblablement votre premier vrai rôle de composition ?
Oui. C’est le rôle qui m’a demandé de m’éloigner le plus de ce que je suis. C’est beaucoup plus de la composition que pour Radiostars ou Situation amoureuse  : c’est compliqué où les personnages ressemblait beaucoup à Manu Payet. C’est aussi un rôle qui me prête une intelligence que je n’ai peut-être pas. Je suis incapable d’écrire un bouquin par exemple (rires). Martin est quelqu’un de fatigué et bizarrement c’est très fatiguant de jouer un mec fatigué. C’est encore plus un effort d’être un mec comme ça que rester moi-même. Jouer un mec qui marche à deux à l’heure m’a crevé.

J’ai eu le temps de travailler un personnage

Le film navigue entre la comédie et le drame. Ce n’est pas un film qui cherche la vanne. Vous vous êtes retenu ?
Pas du tout. En fait, j’ai pris le projet tel qu’il était, sans chercher à le dénaturer. Je voulais m’abandonner aux textes et à la volonté de la réalisatrice. J’ai eu envie de savoir ce qu’Emma allait voir chez moi que je ne soupçonne pas ou que j’exploiterais différemment en amenant de la drôlerie et de la légèreté. Emma souhaitait un mélange des deux.

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Un début prometteur est surtout un bel hommage aux loosers…
Oui tout à fait. Écrivez-le dans l’interview ça va plaire à Emma (rires). Elle l’a vraiment imaginé comme ça.

Cela fait quoi de jouer le fils de Fabrice Luchini dans un film d’Emma Luchini ?
(Il éclate de rire). C’était génial. Déjà voir Fabrice jouer c’est génial mais le voir être dirigé par sa fille rendait le tournage unique parce que lui-même ne l’avait jamais fait. Et elle non plus. C’est chouette de voir Fabrice imiter Johnny et voir Emma débarquer en disant « bon papa,
t’arrêtes. On bosse là ». (rires) On peut même trouver que Fabrice est sous exploité dans le film. Mais Emma tenait à ce qu’il reste un second rôle. Il n’y a pas dans le film de show Luchini. En fait, il y a deux Fabrice Luchini, un qui pousse des gueulantes et qui nous fait rire et un autre plus tendre. Avec Un début prometteur, je pense qu’on redécouvre un Fabrice touchant. En tout cas, j’ai été très touché de le voir ému d’être filmé par sa fille.

Je ne fais pas ce métier pour être populaire !

Mais s’il y a deux Luchini, on sait maintenant qu’il y a aussi deux Manu Payet…
Oui et bouge pas je vais te présenter le troisième, Manu… (rires)

Allez-vous privilégier ce genre de rôle à l’avenir ?
Je ne sais pas. Je verrais au fil des lectures. En ce moment, je tourne Un Coup à prendre de Cyril Gelblat (l’histoire d’un père qui quitte femme et enfants pour faire de la musique, ndlr) qui sortira l’année prochaine. Mon rôle est encore une autre proposition. Peut être un peu plus proche de moi parce qu’il est rockeur (rires).

Avez-vous d’autres projets de réalisation ?
Oui. Je me suis remis à l’écriture et j’ai peut-être un petit peu envie de remonter sur scène.

« Peut-être un petit peu envie » ?
J’y pense sérieusement (rires).

Un début prometteur, un film d’Emma Luchini avec Manu Payet, Veerle Baetens, Zacharie Chasseriaud,…
Sortie le 30 Septembre.

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