Mansfield Tya : Interview Corpo Inferno

Après une tournée au printemps pour fêter les dix ans de leur premier album, June, le duo Mansfield Tya revient avec un nouvel opus, Corpo Inferno et une nouvelle tournée. Une bonne raison pour poser quelques questions à Julia Lanoë et Carla Pallone sur leur parcours, leur musique tout en clair obscur et leurs morceaux, courts et funambules sur la corde sensible entre une mélancolie rêveuse et une étreinte rageuse. Interview.

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© Erwan Fichou & Théo Mercier

Votre année 2015 a été marquée par une tournée pour fête les dix ans de votre premier album. Quel regard portez vous ces dix années passées ensemble?
JULIA : Un regard tendre.
CARLA :  A chaque album, nous nous posons la question d’une nouvelle méthode, d’une nouvelle direction. De comment se renouveler – pour rester curieuses et ne pas se répéter. Je suis reconnaissante que nous ayons réussi à évoluer ensemble. Et heureuse de travailler avec Julia.

Est ce que votre manière de travailler a évolué avec les temps?
JULIA : Oui. Nous avons changé de méthodes plusieurs fois, mais pas de lieu. Nous composons tous les albums et répétons les lives dans notre studio « Sylvestre & Maucotel » en bord de mer depuis Seules au bout de 23 secondes. Notre manière de travailler est plus relax aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Nous composons le matin et le soir, l’après midi nous nageons.
CARLA : Nous avons toujours été du côté du minimalisme – nous aimons notre formation en duo -  mais nous avons maintenant plus de moyens. Notre premier album était très acoustique, fidèle au live, maintenant nous faisons un plus gros travail de studio (arrangements, orchestration, programmation). Cela implique souvent de réadapter complètement les morceaux pour les concerts.

Justement, pouvez vous nous raconter votre méthode travail? Comment se composent les morceaux?
JULIA :   Carla et moi jouons et enregistrons tous les instruments. Nous écrivons les paroles ensembles. Nous avons toujours eu l’habitude d’inviter des musiciens, écrivains ou artistes à collaborer. Vale Poher, Françoiz Breut, Théo Mercier, Jeremy Grandsenne, Shannon Wright … Pour notre dernier album, Corpo Inferno , le studio shelter nous a aidé pour la partie production. Ils ont apporté la touche technique qui nous manquait tout en respectant bien notre propos et nos envies.
CARLA : Entre chaque album, nous prenons le temps de faire d’autres musiques, de vivre d’autres vies. C’est une façon aussi de respecter notre rythme et pas celui de l’industrie musicale. Si bien que quand nous nous retrouvons, nous pouvons partir sur du nouveau. C’est donc très variable. Nous pouvons juste déclarer que nous composons tout ensemble – le plus souvent en mineur.

Dans la nature la poussiere n’existe pas ! Il faut des meubles.

© erwan-fichou-et-theo-mercier

Mansfield Tya – ©Erwan Fichou et Theo Mercier

La musique de Mansfield Tya est toujours un mélange de tendresse et émotion à fleur de peau, entre la légèreté et l’obscurité. Un mélange toujours surprenant voire déstabilisant. vous sentez vous à part dans le paysage musical français?
JULIA : Oui, un peu. Mais il me semble qu’il y a beaucoup d’artistes atypiques en France. En marge de la variété et dans des veines différentes de nous j’aime beaucoup les artistes de chez Pan European ou de chez Kill the DJ, je trouve aussi que Scorpion Violente, Mensch, Jessica 93, Rone ou la colonie de vacances (pour ne citer qu’eux) apportent du sang neuf. Il y a un paysage musical Français très intérressant si on est un peu curieux.

Vos titres d’album sont toujours énigmatiques. celui ci ne déroge pas à la règle. Quel sens donner à Corpo Inferno. Le corps est il toujours un enfer?
JULIA : Dans la nature la poussiere n’existe pas ! Il faut des meubles.
CARLA : Corpo Inferno est la juxtaposition de deux mots – qui peuvent au choix se faire écho, ou pas. Corps/Enfer. Nyx, notre précédent album, signifiait la nuit, et désigne plus précisemment la déesse del a nuit dans la mythologie grecque.

Contrairement à Nyx qui avait un fil conducteur (la nuit), Corpo Inferno n’en a pas mais parait tout aussi homogène dans sa construction. Comment s’est il construit? Comment la tracklist a t elle été défini?
JULIA :  Nous l’avons composé dans une période assez ramassée. Nous étions d’accord sur à peu près tout, nous n’avions donc pas besoin de ligne directrice.
CARLA : Pour la tracklist, nous avons pris le parti d’assumer, et même de valoriser les grands écarts, les contrastes entre les morceaux : on peut donc passer d’un morceau très calme, à un morceau très violent.

Corpo Inferno nous semble plus post punk, plus rentre dedans. Quel sentiment avez vous par rapport à ce nouvel album?
JULIA :  Il me semble plus affirmé encore que NYX. Nous avions envie que les morceaux violents et les morceaux doux se succèdent sans transition. Nous voulions aussi une majorité de titre en Français. Je prend beaucoup de plaisir à écrire en Français.

Mansfield est, tour à tour, provocant mais toujours fascinant, agressif et tendre. Vous citez souvent le réalisateur Lars Von trier comme influence qui, lui aussi, peut se reconnaitre dans ce double aspect. L’aimez vous toujours autant? Avez vous vu Nymphomaniac? Peut on y voir une influence dans corpo inferno?
JULIA :  Oui, j’aime beaucoup Lars Von Trier bien que je ne me revendique fan de personne. J’ai aimé Nymphomaniac, surtout pour le mélange audacieux entre Bach et Rammstein dans la bande son.

La mélancolie c’est de la bile noire.

Vos lives sont toujours très travaillés au niveau des ambiances. Quel est votre rapport à la scène?
JULIA :  Nous aimons beaucoup la scène. Nous aimons aussi expérimenter pour ne pas nous ennuyer. Sur la dernière tournée « June, Ten Years After » nous étions entièrement acoustique et éclairées à la bougies. Le live de Corpo Inferno sera tout l’inverse je pense.

Corpo Inferno a un titre avec Shannon Wright, Loup Noir. Que représentes Shannon Wright pour vous deux?
JULIA :  C’est devenue une amie mais je suis toujours un peu impressionnée. J’écoute sa musique depuis longtemps.Je suis ravie de cette collaboration. C’est aussi très touchant de l’entendre chanter Loup noir en Français.
CARLA : Nous sommes très honorées de cette collaboration, et de la spontaneïté avec laquelle elle s’est faite. Nous croisons Shannon depuis longtemps, via notre label commun « Vicious Circle » entre autre, mais nous n’aurions peut-être pas osé lui proposer des morceaux définitifs, alors que là tout s’est fait très simplement, en plusieurs étapes. Je trouve que nous avons été vers Shannon, et vice versa : son chant est presque nouveau, et elle s’est gentiment adapté à nos formats un peu courts!

Pouvez nous parler de cette collaboration? Comment avez vous travaillé à trois? L’envie est elle née à partir de RENYX?
JULIA :  Nous nous sommes souvent croisées sur scène et puis dernièrement nous avons participé ensemble au projet Valparaiso (cinq instrumentistes avec des chanteurs/euses différent(e)s sur chaque morceau). Nous sommes allées ensemble à Bristol et avons enregistré avec John Parish. Nous avons eu envie de faire un morceau pour l’album à peu près à ce moment là. Carla a trouvé une très belle partie de piano et Shannon à écrit Loup Noir.
CARLA : Julia a également reconstruit le morceau qu’elle chante en duo avec Shannon, et j’ai ensuite écrit les parties de cordes.

Mansfield Tya est une figure emblématique de la scène Nantaise. Selon vous, il y a t il une scène nantaise et si oui, comment la jugez vous?
JULIA : Moi je suis partie de Nantes il y a longtemps maintenant. D’ailleurs, j’y ai simplement fait mes études et rencontré Carla, l’année d’après je partais à Paris. Mais il  y a de très bon groupe (College & Gratuit ) et label (Kshantu & Kythibong).
CARLA : J’ai été très touchée que le public nantais soit présent pour nos derniers concerts au Château – lors de notre tournée pour la réédition de June.  Mais aussi toujours un peu impressionnée de jouer à la maison qui est un exercice difficile.
Il y a bien sur les copains : Gratuit, Discolowcost, Papier Tigre, Patriotic Sunday, Sieur et Dame, Room 204,Will Guthrie….  mais j’ai du mal à avoir plus de recul sur une « scène nantaise ».

Dernière question, la mélancolie est elle, selon vous, le bonheur d’être triste?
JULIA : La mélancolie c’est de la bile noire.
CARLA : Pourquoi pas – mais ca c’est Victor Hugo qui l’a dit!
En tous cas bien moins terrible qu’on ne le suggère souvent.

reverb137-cover-300dpi-webCorpo Inferno (Vicious Circle), Sortie le 25 septembre

Mansfield Tya en concert le 16 octobre à la Citrouille (Saint Brieuc) et le 6 novembre à l’Antipode (rennes)

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