Lou Doillon – La confirmation

photo-2-credit-dr-lou-doillon

© DR

Trois ans après le succès critique et public de son premier album Places, Lou Doillon, comédienne dilettante et mannequin désinvolte, confirme qu’elle a définitivement trouvé sa voie grâce à Lay Low, un second opus marqué par sa rencontre avec Taylor Kirk, le chanteur compliqué de Timber Timbre. Explications.

Il y a trois ans presque jour pour jour, tu faisais un de tes premiers concerts aux TransMusicales. Quels souvenirs gardes-tu de ce concert et de tes débuts sur scène ?
Un mélange de sentiments très violent. A la fois une grande exaltation car cela marquait le début d’une aventure qui a changé ma vie mais aussi une grande peur et une grande nervosité. Pour les Trans, je me souviens d’un concert compliqué avec beaucoup d’ennuis techniques. C’était plus un combat qu’autre chose mais on y a survécu.

Ton rapport à la scène a-t-il changé avec la tournée ?
Les débuts étaient violents en raison de mon appréhension et pleins d’autres questions concernant ma légitimité mais j’ai eu la chance d’enchaîner les expériences pour pouvoir apprécier le live. Sur la première tournée, j’étais plus sur des réflexes de théâtre avec des concerts très cadrés. Depuis, j’ai appris à me libérer et surtout je ne me juge plus en tant que musicienne mais en tant qu’auteure-compositrice. Ce sont mes chansons donc ce n’est pas la fin du monde si on les modifie. On peut se permettre d’improviser ce qui peut avoir des inconvénients côté « trouille »(rires).

En parlant de trouille, ton premier album a été un succès public et critique. As-tu abordé le second en confiance ou as-tu ressenti une certaine pression ?
La trouille était de ne pas avoir d’autres choix que d’assumer cet album et de l’assumer en entier. L’écriture s’est passé naturellement pendant et après la tournée mais j’ai compris que le travail serait de trouver le son de cet album. J’ai mis beaucoup de temps à pouvoir m’exprimer sur ce que je voulais et mon entourage à me faire confiance. Le déclic a été de me dire que c’était avec Taylor Kirk de Timber Timbre que je souhaitais travailler. Lui n’était pas convaincu, mon entourage non plus mais le danger je l’ai mis là : prendre ma guitare et mon sac à dos et partir à Montréal pour enregistrer dans son studio.

Et cette collaboration a été compliquée…
Notre collaboration a été un combat mais un combat très intéressant jusqu’à ce qu’il n’ait plus l’envie ou la force. Taylor est quelqu’un de très compliqué. C’est un personnage qui m’amuse beaucoup car il fait tout pour qu’on ait la trouille de lui alors que cela ne marche pas sur moi.

 Je suis certaine qu’un de mes prochains album se fera avec Keren Ann

Il voulait te tester ?
Bien sûr mais Taylor teste le monde entier. Même sa coupe de cheveux est faite pour faire peur (rires). Taylor est un têtu, un dominant. Le fait que je sois une femme devait révéler quelque chose de particulier chez lui. En studio, il portait un T-shirt « No fun » et des chaussettes « Eat Shit » le message était clair (rires). Mais il était déstabilisé que je ne réagisse pas. Ça l’amusait aussi. De là est né un amour fraternel très fort. Taylor s’est mis à aimer le projet plus qu’il ne pensait et il a voulu produire à 100% l’album. Cela m’a gonflé. L’album aurait été : Lou Doillon chante Timber Timbre. J’ai alors repris le projet et je me suis barré. Pour lui, cela a été un petit électrochoc. Il m’en a beaucoup voulu.

photo-1-credit-dr-lou-doillon

© DR

Que pense-t-il de l’album maintenant ?
Nous nous sommes revus à Paris cet été et il est très content en fait que j’assume la décision qu’il ne voulait pas prendre.

Ton premier album a été produit par Etienne Daho. Celui-ci est coproduit par Taylor Kirk. Tu ne te vois pas produire seule ta musique ?
Je pense que j’ai besoin de quelqu’un d’autre pour construire une chanson, quitte à confronter les univers pour être sûr de ce qu’on assume ou pas. J’en ai beaucoup parlé avec Keren Ann qui me conseillait de faire cet album toute seule mais je n’ai pas les épaules pour le faire et surtout je n’aurais pas réussi à le faire techniquement.

Pourquoi ne pas travailler avec elle ?
J’aimerais beaucoup. J’y ai pensé et je suis certaine qu’un de mes prochains albums se fera avec elle. Elle a une sensibilité qui me plait énormément et on a pleins de points communs.

Quels sont tes rapports avec Etienne Daho aujourd’hui  ? A-t-il écouté Lay Low ?
Bien sûr. Etienne est mon éditeur. Je n’écris pas une chanson guitare voix sans qu’il l’entende. Il a même participé à Lay Low quand j’ai travaillé avec la section rythmique du groupe Savages qui fait partie des collaborations que j’ai avortées quand je cherchais le son de l’album.

Pourquoi cette collaboration n‘a pas fonctionné ?
C’était une jolie rencontre mais musicalement cela ne fonctionnait pas.

Je voulais pouvoir jouer en live l’album tel qu’il est

Tu as aussi travaillé avec Bernard Butler, le guitariste de Suede.
Il a fait des arrangements très jolis qui rendaient tout très noble ou sacralisé. Cela aurait pu correspondre à Duffy ou Adèle mais ce n’était pas moi. J’avais l’impression de perdre les aspérités et les fragilités des chansons. Avec Taylor, on s’est mis d’accord pour garder la rugosité. Je lui faisais écouter des albums d’Arno, de Bashung qui ont des « qualités ivres ». On voulait que ça tangue et garder les respirations, les erreurs…

Lay Low sonne d’ailleurs plus live.
La vraie grande différence entre le premier et le deuxième album est que le Live est passé par là. Places a été enregistré sans que je connaisse la scène et je pense que cela s’entend un peu. Mais j’ai fait l’enregistrement de Lay Low pour le jouer tel qu’il est car je fais partie de ces gens chiants qui n’aiment pas qu’un concert ne ressemble pas à l’album.

Concernant tes albums, les critiques sont quasi unanimes. Un seul bémol revient régulièrement : trop sage . Comment entends-tu cette critique ?
Je l’entends mais je ne vais pas non plus faire semblant d’être quelqu’un d’autre. Je pense que le circuit rock indé se perd dans des poses inutiles. C’était d’ailleurs une source d’engueulade avec Taylor qui veut contrôler son image à tout prix avec des postures très rock alors qu’en réalité il est allergique au lait, il ne fume pas, il est angoissé par tout et contrôle ses pages Facebook 36 fois par jour… (rires). Moi, je suis très obsédée par l’honnêteté. Je ne suis pas junkie. Ma musique vient d’une guitare acoustique sur laquelle je brode des histoires que je n’ose pas hurler car je n’ai jamais osé hurler.

 

lou-doillon

© DR

 
 
 
 
 
 

Le 17 décembre
Le Carré Sévigné
à Cesson-Sévigné

Articles en lien

Archives

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux