LE MEILLEUR DE L’ ANNÉE CINÉ

 

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© Claude Barras

De vieux briscards en forme, un jeune cinéma français qui ose, des belges percutants, le retour des coréens et quelques pépites indé : 2016 est une année satisfaisante. 

On se souviendra de 2016 comme l’anné où le meilleur film français fût réalisé par un hollandais. Avec le choc Elle , Paul Verhoeven a dynamité les codes du cinéma bourgeois pour un film irrésistiblement malsain mais dont l’ironie et la subversion n’ont de poids que transcendés par l’interprétation jouissive d’Isabelle Huppert. Derrière Verhoeven, les français ne sont pas pour autant à la traîne à l’image de monsieur Téchiné qui, 22 ans après Les roseaux sauvages, confronte encore à vif sentiments et désirs adolescents dans le très beau Quand on a 17 ans. Beau et solaire, Bang Gang (une histoire d’amour moderne) l’est aussi avec sa bande d’ado qui trompe l’ennui dans ses jeux collectifs. Jamais vulgaire, le film d’Eva Husson est le meilleur premier film de l’année suivi de très près par Divines d’Houda Benyamina, récit initiatique rageur qui remporte lui le prix de la meilleure réplique : t’as du clito, toi. j’aime ça ! Question texte, on ne peux passer à côté de l’adaptation tout en tension de Juste la fin du monde par Xavier Dolan qui, en dosant l’hystérie, fait exploser l’émotion par les non-dits. Le meilleur film d’amour de 2016 est aussi douloureux puisque dans L’économie du couple, il s’agit de rupture. Joachim Lafosse y scrute l’inéluctable déliquescence des sentiments et réussit l’exploit de nous faire pleurer sur Bella de Maitre Gims grâce à ses deux interprètes, Cedric Khan et Bérénice Béjo qui mériterait un second césar si on ne savait pas déjà que cette année c’est Virginie Efira qui remportera la compression pour son rôle de jeune femme au bord de la crise de nerfs dans Victoria de Justine Triet. Côté masculin, notre césar revient au toujours émouvant Benoit Poelvoorde, alcoolo sentimental dans Saint Amour, la comédie oenologique de Délépine et Kervern.

Dans le genre comédie décalée, notre coeur a aussi chaviré pour La Loi de la jungle d’Antonin Peretjatko, vrai fourre tout à qualificatifs : burlesque, aventureux, frapadingue, sexy, excessif… bien loin, de l’univers contemplatif de La tortue rouge. Le conte poétique de De Wit fait de rêves et de mystères autour de la vie d’un naufragé est pour nous le plus beau film d’animation de 2016 (avec le craquant Ma vie de Courgette) tandis que Merci Patron de Ruffin est sans aucun doute, le docu de l’année. Outre Atlantique, c’est encore le cinéma indé qui s’est démarqué cette année par ses portraits d’une Amérique anxiogène (10 Cloverfield Lane de Dan Trach- tenberg), violente (Green Room de Jeremy Saulnier) et minée par la crise (Comancheria de David MacKenzie). Sinon, en l’absence de mastodonte digne de ce nom (Les 8 salopards et The revenant étant déjà célébrés), quelques pépites sont sorties des studios : Spolight, rigoureux film d’investigation de Thomas McCarthy, le biopic intello Steve Jobs de Danny Boyle et l’inusable buddy movie du samedi soir, The Nice Guys de Shane Black.

Dans le reste du monde, si Ken Loach a su redonner ses lettres de noblesses au cinéma social avec le déchirant Moi, Daniel Blake et si la Belgique s’est démarquée par ses films noirs fièvreux (Diamant Noir d’Arthur Harari et Les Ardennes de Robin Pront), c’est surtout le cinéma coréen qui s’est montré saisissant. Outre Mademoiselle, le thriller saphique et sadique de Park Chan-Wook et l’efficace film de zombie Dernier train pour Busan, c’est The Strangers de Na Hong-Jin qui s’impose comme le chef d’oeuvre de l’année. A la fois polar poisseux et thriller mystique, il nous a sidéré par la puissance de sa mise en scène et ses abîmes de doutes et d’effroi.

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