LA VEUVE BASQUIAT – L’amour à mort

La poétesse Jennifer Clément retrace l’histoire d’amour chaotique du peintre underground Jean-Michel Basquiat avec sa muse Suzanne Mallouk. Un roman fulgurant et incandescent.

Tous veulent savoir comment c’était de vivre avec Jean. Parfois je leur dit mais ils ne comprennent jamais.

Clement-veuve-basquiatDans le New York des années 80, dans la ville de l’underground, du hip-hop, du graffiti et des camés, Suzanne Mallook, jeune canadienne fuyant le foyer familial, rencontre dans un bar minable un black, lui aussi maltraité dans son enfance, et qui «  lui aussi connait son squelette  ». Il se fait nomer Samo mais s’appelle Jean-Michel Basquiat. «  Il sent le cuir, la peinture à l’huile, le tabac, la marijuana et la légère odeur métallique de la cocaïne ». Alors qu’il va s’imposer comme l’un des artistes les plus côtés sur le marché de l’art, s’autodétruire dans les drogues et la gloire, Suzanne sera son amante, sa muse durant les dernières années de sa vie.

C’est cette relation passionnée et chaotique que raconte Jennifer Clément, poétesse et amie de Suzanne. Inspirée par les propres écrits et récits de celle-ci (dont certains sont retranscrits dans le livre), Jennifer Clément donne à voir, bien loin des strass et des paillettes warholiennes et selon le point de vue de Suzanne, cette histoire d’amour bouleversante jusqu’à la déchéance, traversée par les fulgurances, les peurs et la cruauté de deux âmes blessées. «  Les larmes leur coupent les joues  » écrira Basquiat en gros sur ses tableaux après une dispute.

Le roman est court. La chronologie est résumée en 87 chapitres lapidaires, grattant cette histoire jusqu’à l’os. Le style de Clément est incisif. Brûlant. Dévoilant un Basquiat fragile et instable tel un feu follet. Le texte poétique et frénétique rend compte de l’état d’urgence que vivait les
deux amants. Comme si la mort rodait dans leur histoire dés les premiers instants (Suzanne fut surnommée la Veuve Basquiat par le journaliste René Ricard, bien avant que Basquiat ne meure). Comme si tout était écrit.

Inéluctable. Vivre vite et mourir jeune. Qu’importe la postérité. Basquiat mourra d’une overdose à 27 ans. Suzanne Mallook deviendra une psychothérapeute réputée qui vient aujourd’hui en aide aux artistes souffrant d’addiction.
Plus vrai qu’une hagiographie, plus lyrique qu’un témoignage, plus romantique qu’un catalogue de galerie : Jennifer Clément signe un roman épidermique et décrypte un artiste qui fascine toujours autant sous un angle nouveau : l’amour.

La veuve Basquiat
de Jennifer Clément
Ed. Christian Bourgois
14,00 € – 208 pages

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