La Route du Rock : « Declare Independance et Raise the flag »

Sans tralala, ni feu d’artifice, La Route du Rock s’est offert une belle édition pour ses 25 ans. Si le festival n’atteint pas le record d’affluence de l’année précédente, il confirme sa bonne lancée avec plus de 23 000 entrées payantes dont 12 000 le samedi soir. L’organisation a laissé deux mois au public pour faire ses demandes de remboursements (la place de samedi passe de 48 à 38 euros) mais ces 23 000 festivaliers confirment la fidélité du public de La Route du Rock qui, malgré l’annulation d’une tête d’affiche et la pluie, vient, tous les ans, pour les qualités d’une programmation exigeante mais cohérente. Pataquès vous propose donc un petit retour sur cette jolie édition avec des annulations (Björk), des presque annulations (Foals), des découvertes (Girl Band, Spectres, The Districts…), des confirmations (The Soft Moon, Savages, Fuzz, Jungle) et des retours marquants (Ride, Thurston Moore).
Et parce que la petite chanteuse islandaise a décidé de hanter le Fort Saint Père, nous avons décidé que ses chansons hanteraient notre report. Enjoy.

(Toutes les photos du festival en bas de page)

La Route du Rock : « Declare Independance and Raise the Flag »

 

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Foals ©Pataquès

 

Fort Saint Père – My Pleasure is all mine

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Father John Misty ©Pataquès

Avant de parler musique, il est important pour Pataquès de parler du festival lui même. En effet, depuis quelques années, les infrastructures du festival avaient pris la mauvaise habitude de prendre de plus en plus de place dans les reports de La Route du Rock. Mais pour de mauvaises raisons. A juste titre, les festivaliers reprochaient à l’organisation de ne pas mettre la même exigence dans l’accueil des festivaliers que dans la programmation musicale. Scène trop petite, mauvaise circulation du public, raz de marée de boue, sanitaires insuffisants, manque d’espace couvert et d’assises… les reproches étaient nombreux mais ont été entendus. L’organisation avait promis des améliorations et on ne peut que constater qu’ils ont tenu leur engagement.
Tout d’abord, les travaux dans le Fort Saint Père ont porté leur fruit. Il semblerait que le naufrage boueux de l’année dernière ait été un mal pour un bien pour motiver des travaux de drainages attendus depuis des années. Les festivaliers restent les pieds au sec devant le grande scène. On regrettera juste que les travaux n’aient pas été élargis jusqu’à la seconde scène où une large flaque attendait de mouiller les bottes des festivaliers le vendredi soir. Le site sera paillé le lendemain ce qui donnera l’idée d’une bataille de paille démente, façon bataille de polochon pendant le concert de Foals.
Finalement, et même si c’est un cliché, on commence à croire que la boue et la paille sont désormais dans l’ADN des amoureux du festival.

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Fuzz

 
 

L’autre grande nouveauté du site c’était le déplacement de la seconde scène qui a été déplacé dans l’enceinte du fort en face de la grande scène. Comme quoi certaines évidences mettent des années a être trouvées…Le public peut se sentir moins enclavé contrairement à l’année précédente et peut maintenant circuler aisément d’une scène à l’autre ou aller se restaurer sous un espace couvert avec des tables et des sièges permettant aux plus fatigués de se reposer un peu. Un autre bon point. Quant au sanitaires, si on peut s’interroger sur l’absence de toilettes sèches dans un festival à taille humaine, on reconnaitra les efforts fait par le festival : ils sont nombreux et propres.

La grande nouveauté du festival était le paiement cashless. Après 3 jours d’essai, on reconnait au système des bons et de mauvais côtés. Le système est efficace et fait gagner énormément de temps aux bars, aux stands de nourritures et au merchandising. Certains festivaliers rêvent déjà à un système étendu et ainsi payer avec la carte leur plein d’essence à la station service ou leur PV au check point de la gendarmerie… Mais le système a aussi ses défauts. Le festivaliers est rêveur mais il semblerait aussi que l’alcool accentue son étourderie. On ne compte plus les cartes perdues sur le site faute d’attache. Le même système sous forme de bracelet permettraient d’éviter ce genre de perte et/ou vol mais la carte reste valable d’une année à l’autre.

Musicalement, La Route du Rock n’a pas mal vieilli en 25 ans, bien campée dans ses bottes de l’Indie Way of life et toujours obstinée à défricher le rock dans ce qu’il a de plus pointu. Et cette année, n’en déplaise à ceux venus uniquement pour Björk (on aurait aussi adoré la voir) mais TOUTE la programmation est très alléchante, si bien que nous ne trouverons pas de meilleure formule que celle d’Alban Coutoux, programmateur du festival, pendant la conférence de presse : « Björk était la cerise sur le gâteau mais sans la cerise, le gâteau reste très beau ». A postériori, nous pouvons affirmer que ce gâteau était aussi très bon.

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Father John Misty ©Pataquès

 

VENDREDI

 

Thurston Moore – Scatterheart

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Thurston Moore ©Pataquès

Pour des raisons de logistiques internes et de mauvaise pluie, nous avons manqué le concert de Wand. C’est donc Thurston Moore et son band qui nous ont accueilli dans le fort Saint Père et on ne pouvait rêver mieux comme accueil.
Depuis, sa séparation avec Kim Gordon et par conséquent, la fin de Sonic Youth, Mister Moore fait cavalier seul… ou presque puisqu’il est entouré de Steve Shelley, le batteur de Sonic Youth (absent sur la tournée et remplacé par un jeune batteur), Debbie Googe de My bloody Valentine et James Stewart à a deuxième guitare. Dès le premier morceau, les quatre ont donné le La ou plus exactement la distorsion d’un set électrisant à l’image du dernier album de Moore, The Day.
Petit polo bleu, pantalon noir et sous ses airs d’éternels ado discret/distrait (on ne peut s’empêcher de penser à l’acteur Michael Cera pour un hypothétique biopic ciné), « Monsieur Sonic Youth » (la nostalgie est bien présente dans le public) fait ce qu’il sait faire de mieux : des riffs de guitares triturés par ses soins, caressant sa guitare pour mieux la faire vriller, s’autorisant de longues digressions déstructurées (en apparence) pour mieux revenir vous coller aux tympans, bien aidé par le duo basse/ batterie. C’est rêche mais c’est bon. Un set long en bouche dont on ressort le coeur déchiré.

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Thurston Moore ©Pataquès

Fuzz – It’s (not) oh so quiet

Fuzz

fuzz ©Pataquès

Il aurait pu s’autoriser un voyage solo à Saint Malo, mais c’est avec un de ses nombreux projets annexes que Ty Segall est venu nous secouer les oreilles. Pour l’occasion, le blondinet laisse la guitare à Charlie Moothart pour taper sur les fûts tandis que Chad Ubovitch, de MeatBodies (vu dans la collection hiver de La Route du Rock) est à la basse, joliment habillé d’une toge bleue. Les trois ont le visage maquillé de blanc façon The Crow, Kiss ou Balada Triste, le film de Alex de la Iglesia. Fuzz envoie du lourd, du gras, tendance heavy métal à la Black Sabbath, bien loin du garage psyché du californien en solo. Un set cérémonial (la tenue de Chad, en toge bleue n’y est pas pour rien) de trois clowns/sorciers qui expient leur âme garage dans le rock sauvage et offre au festival ses premiers HeadBanging alors que le soleil pointe son nez avant de disparaitre dans la nuit. Epoustouflant.

Algiers – Sun in my mouth

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Algiers ©Pataquès

Algiers était une de nos grosses attentes de cette 25eme édition et comme toutes grosses attentes, ils nous ont forcément un peu déçus. L’enchainement avec la fureur Fuzz n’y est peut être pas pour rien mais nous sommes un peu passé à côté de leur mélange de soul gospel et de no wave/post Punk. La confrontation des deux univers ne fonctionne que partiellement. Nous sommes loin d’être insensible à la voix chaude et au chant incantatoire façon protests songs du chanteur Franklin James mais nous restons pantois devant les gesticulations exagérées du bassiste Ryan Mahan qui se frappe régulièrement la poitrine pour surligneur la colère. Nous aurions aimé être emportés, révoltés, on est resté figés.

 

Timber Timbre – Hollow

Emportés, nous l’avons été un peu plus par les brumes envoutantes des canadiens de Timber Timbre. Plongé dans les ombres d’une fumée épaissie par des lumières rouges, le groupe de Taylor Kirk déploie son univers hanté et crépusculaire, pas très rassurant mais paradoxalement très accueillant. Le fort Saint Père s’est laissé bercer dans cette veillée funèbre comme hypnotisé par la voix envoutante et caverneuse du capitaine Kirk.

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Timber Timbre ©Pataquès

Girl band – Venus as a boy

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Girl Band ©Pataquès

Après les songes de Timber Timbre, le réveil fut… électrique. Pas de fille dans Girl Band mais une bande de mecs venus décoller de la cérumen au public avec des morceaux tout en distorsions agressives et décharges fulgurantes. Le chanteur blondinet, vague sosie de Kurt Cobain jeune, s’arrache les cordes vocales et s’agrandit le t-shirt en tirant dessus à chaque titre qu’il a pris soin de noter sur le dos de sa main. C’est fougueux. C’est destroy. Ca charge la foule au 220 volts. Ce n’est pas à mettre dans toutes le petites oreilles fragiles mais « Putain qu’est ce que c’est bien ».

 
 
 

Ratatat – Where is the line?

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Ratatat ©Pataquès

Dans un festival, certains sets sont souvent trop courts. D’autres sont trop longs et Ratatat est à ranger dans la seconde catégorie.
Nous étions restés un peu béats devant le buzz suscité par la sortie de Magnifique, leur cinquième album. Nous nous ne parvenions pas à expliquer un tel engouement pour leur électro pop rétro futuriste instrumentale. Une perplexité que nous mettions sur le compte du fait que nous ne les avions jamais vu en live. Mais malheureusement la perplexité demeure.
Si on se laisse séduire un temps par l’euphorie ambiante et leur pop sautillante, on se laisse peu à peu gagner par la lassitude et le caractère répétitif du set. Certains commentateurs jugeront qu’ils leur manque un chanteur, Pataquès a surtout l’impression d’assister à une compile des meilleurs morceaux Hype de pubs télé. Pour ne pas trop nous ennuyer, nous nous amusons à compter les nombreux roulés de bras de Mike Stroud qui sont à la guitare ce que les bras en l’air de David Guetta sont aux platines.

 

SAMEDI

 

Only Real – Innocences

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Only Real ©Pataquès

Parce que roux, parce que souriant, parce que surf pop bricolée, Niall Galvin, leader de Only Real a vite été comparé à Mac Demarco. Et comme lui (Mac était présent l’année dernière), Niall Galvin a droit d’ouvrir les hostilités du festival avec son combo pop rock/ hip-hop ensoleillé. Moins déluré que son comparatif, le gamin met tout de même gentiment le public dans l’ambiance d’une seconde journée de festival elle même ensoleillée.
Un soleil qui ne convient pas vraiment à la deep de Kiasmos, duo islandais programmé trop tôt pour être apprécié à sa juste valeur.

Hinds : My Juvenile

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Hiands ©Pataquès

Avec ses deux collections, La Route du Rock s’est fait l’écho, cette année, des girls bands espagnols. Après les excellents Mourn dont nous vous parlions lors de notre report de la collection hiver, voici une version estivale avec Hinds. Quatre jeunes madrilènes toutes mimis, surprises de jouer devant autant de monde et venues défendre un surf rock bricolé, un tantinet gentillet, gorgé de soleil et de jolies sourires. Si on ne fait pas la fine bouche, Hinds s’écoute comme on boit un rosé frais à l’apéro. Pas plus, pas moins mais, question girls bands espagnols, Pataquès restera sur le post rock des catalans de Mourn.

 
 
 

The Soft Moon – Play Dead

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The Soft Moon ©Pataquès

Pataquès avait découvert l’univers sombre de The Soft Moon il y a 3 ans dans le même cadre. En 2015, l’univers reste le même, quoique encore plus dark et maitrisé que dans nos souvenirs. Des morceaux puissants et torturés, profonds par son duo basse/batterie mais traversés d’éclairs électriques du chant désespéré de Luis Vasquez et sa guitare stridente. Du noir, du très noir éclipsant le soleil et abandonnant le public à une transe mystique.

Spectres – (Not) HypperBallad

Spectres ©Pataquès

Spectres ©Pataquès

Enchainer avec la fureur de The Soft Moon n’était pas une tâche aisée et pourtant Spectres s’en sont sortis avec les honneurs. D’abord un brin provocateur en pénétrant sur la scène des remparts avec un t-shirt Björk, les gars de Bristol l’ont ensuite joué modeste mais pas timide. Sans chichi ni blabla, ils ont laissé parlé les guitares distordues dans une ambiance plus noisy que leur prédécesseurs leur permettant de ne pas souffrir de la comparaison. Dans la catégorie bruit blanc, Spectres sera avec Girl Band notre coup de coeur de cette édition.

Foals – 5 Years

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Foals ©Pataquès

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Foals ©Pataquès

Cinq ans que les anglais d’Oxford n’étaient pas venus jouer à La Route du Rock et il a suffit de 24 heures pour qu’ils acceptent de venir remplacer Björk. Comme quoi il n’y a pas que le public qui reste fidèle à La Route du Rock.
C’est torse bombé et guitare conquérante que Yannis Philippakis, chanteur/leader de Foals est venu donner sa claque au public de La Route du Rock. Il veut marquer les esprits et sait comment s’y prendre. Il n’est d’ailleurs pas anodins que les photographes aient été autorisés, contrairement à la règle habituelle des trois premières chansons, à photographier Foals pendant les trois dernières chansons, quand, justement Philippakis a eu envie de se jeter dans le public…Mais nous ne ferons pas les aigris râleurs et nous avons plutôt bien apprécié la prestation du groupe dont le nouvel album sortira fin août.
Alternant anciens morceaux (tubes?) et les nouveaux, le show Foals est efficace. Le set est intense et cela malgré un bassiste à l’hôpital pour cause d’ intoxication alimentaire et remplacé au pied levé par leur backliner. Mais malgré l’évidente efficacité, reste un arrière goût un peu trop huilé et le sentiment que le groupe glisse, tout de même dangereusement vers la grandiloquence avec ce qui implique de mauvais tics des groupes de stade. Malgré leur fidélité, on peut se demander si Foals restera dans la ligne artistique de La Route du Rock s’il continue sur cette pente glissante comme sont bannis Muse et Placebo.

Nous avons, par contre, pas vraiment été séduit par la techno minimale de Daniel Avery, beaucoup trop froide et lassante pour nous faire tenir encore un peu plus et attendre le norvégien Lindstrom. Dommage.

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Daniel Avery ©Pataquès

 

DIMANCHE

 

The Districts – Hope

The-Districts-(1)Sur le papier, la journée du dimanche était la meilleure journée et le papier ne s’est pas trompé. C’est bien simple nous avons presque tout aimé à commencer par The districts qui nous a rappelé que oui, un groupe peut ouvrir un festival pied au plancher.
The district c’est quatre jeunes mecs de Pennsylvanie qui affichent une moyenne d’âge d’à peine vingt ans mais capables de trousser quelques morceaux de blues rock suffisamment exaltés pour mettre le public, un peu fatigué sur les bons rails du rock. Mention spéciale au chanteur/guitariste, avec son petit duvet en guise de moustache et son visage poupin comme pourrait l’avoir le fils caché de Jacques Villeret, qui vient dès le troisième morceau s’aventurer dans les premiers rangs du public pour choisir un jeune homme au hasard et le secouer selon son chant rageur. Un moment troublant (« c’était tellement bon que j’ai cru qu’on allait se rouler une pelle » dira le jeune homme à ses potes) mais qui résume tout l’esprit d’un groupe qui avait affirmé simplement « vouloir jouer une musique honnête avec passion ». La note d’intention a bien été tenue et de découverte, The Districts devient un espoir et un groupe à suivre.

Father John Misty – All is full of Love

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Father John Misty

Fantasque cabotin, Father John Misty est le double inventé du chanteur Joshua Tilleman qui lui permet d’oser tout sur scène. Décomplexé, exubérant, plutôt beau gosse avec ses cheveux hirsutes et sa barbe fournie, Father John Misty simule, secoue du bassin, multiplie les poses, joue avec une bulle de savon lancé par le public, se caresse le micro pour charmer un public vite conquis par le second degré du garçon même quand celui l’invite à balancer les bras de gauche à droite puis lui dit d’arrêter parce que c’est ridicule… En fait il trop? Oui. Est-ce assez pour nous séduire? Oui aussi car derrière ses cabotinages se cache un songwriter de talent capable de composer de jolies folks songs rayonnantes, gavés d’amour à l’image de son tube I Love You, Honey Bear.

Vietcong – Possibly Maybe

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Viet Cong ©Pataquès

Depuis la sortie de leur album dont Pataquès se faisait l’écho dans son numéro #3, nous étions impatients de découvrir les canadiens sur scène. Force est de constater que c’est une semi déception. Peut être en attendions nous trop mais la mayonnaise n’a pas pris, la faute à un set poussif qui n’a jamais décollé. On pourra mettre cela sur le dos de la météo clémente, pas vraiment en adéquation avec leur post-punk ou reprocher à l’organisation une programmation précoce à 20h45, mais une chose est certaine, côté scène, nous n’avons malheureusement pas retrouvé toute la noirceur et le sentiment d’urgence qui traversaient leur excellent premier album.
Un set en demi teinte qui nous donne surtout envie de les revoir très vite dans l’obscurité d’une salle pour définitivement les juger sur scène.

Savages – Triumph of a Heart

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Savages ©Pataquès

On ne va pas y aller par quatre chemins : Savages a offert le plus beau concert de cette 25eme édition.
En 2013, nous avions découverts le girl band post-punk de Jehnny Beth à La Route du Rock et Savages nous avait donné une gifle pour une révélation. Deux ans plus tard, elles sont venues donner une claque pour confirmer que ces quatre là sont taillés pour la scène. Dès les premiers titres, les miss, toutes plus belles les unes que les autres, déploient un rock racé, agressif et sauvage.
Si Jehnny, chanteuse charismatique, attire toute l’attention par son regard sombre et tumultueux, les autres filles sont loin d’être invisibles entre la batteuse rageuse Fay Milton, la guitariste Gemma Thompson, mutique mais terriblement séduisante lorsqu’elle fait vriller ses six cordes et l’impressionnante Aye Hassan, toujours aussi imperturbable sur l’intro de Shut up et si exaltée quand il faut secouer sa basse pour faire trembler le fort.
Un concert brut et violent sans temps mort, marqué au fer rouge par les deux-trois bains de foule que s’est offert Jehnny, pieds nus, pour haranguer un public surexcité avant de remettre ses talons pour remonter sur scène.
Dorénavant, nous le savons, par ce public conquis, que nous serons encore un peu plus nombreux à attendre avec impatience la sortie de leur second album prévu pour l’automne avec, on l’espère une nouvelle tournée. Et que celui ou celle qui n’est pas encore tombé amoureux de ces quatre jeunes femmes nous jettent la première pierre du fort Saint Père.

Savages ©Pataquès

Savages ©Pataquès

Ride – I Miss You

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Ride ©Pataquès

En 1990, Pataquès était trop jeune pour écouter Ride mais, au vu des nombreux t-shirt Ride croisés dans le public, une bonne partie des festivaliers a eu l’adolescence ou la post- adolescence bercée par le shoegaze des britanniques et Ride leur manquait terriblement. Un vent de nostalgie flottait sur La Route du Rock et on pouvait s’interroger : Ride en tournée en 2015 sent il le réchauffé? Mais plus généralement, il y a t il un âge pour le shoegaze?
Mais, à l’arrivée sur scène de Mark Gardener et Andy Bell, il a suffit de quelques morceaux et quelques riffs saturés pour se souvenir que le shoegaze comme le rock en général n’a pas d’âge à l’image du public de La Route du Rock, mélange de vieux et de jeunes. Quand la musique est bonne, elle est bonne diront certains et on ne voit aucun inconvénient à ce que le groupe ait envie de retrouver une seconde jeunesse en se remplissant les poches par une tournée nostalgique, dans le cas précis où leur musique n’a, elle, pas pris une ride (sans mauvais jeu de mot). Si une bande de jeunes d’aujourd’hui sortaient le même son, nous serions tous à genoux devant eux alors pourquoi pas devant une bande de potes sexagénaire, bien contents d’être sur scène. Leur plaisir était communicatif et nous n’avons pas boudé notre plaisir pour une simple histoire d’âge.

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Ride ©Pataquès

Dan Deacon – Violently Happy

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Dan Deacon ©Pataquès

Chemise rayée, embonpoint, paire de lunettes : derrière son installation bordélique d’ou ressort de nombreux fils électriques, Dan Deacon ressemble à un sympathique prof de techno. Sur la grande scène, l’Américain est venu donner un cours magistral devant des élèves assidus mais bien décidés à être dissipés par les beats survoltés de celui qui était déjà venu à la route du rock en 2011. Eructant la foule par des discours débités à vitesse grande V, Dan Deacon n’a laissé aucun moment de répit au public qui, selon ses ordres, forme un cercle, se divise en deux ou s’agenouille avant se déchainer selon le rythme imposé par le batteur Jeremy Hyman, dont la fougue ferait pâlir nombres de boites à rythmes. Cet homme est une machine et Dan Deacon est un prof fou furieux : un duo hystérique pour une prestation foutraque qui a laissé le public encore un peu plus épuisé mais « Violently Happy ».

 
 
 
 
 
 
 
 

The Juan Maclean – Wanderlust

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The Juan Maclean ©Pataquès

Epuisé, le public n’a pourtant pas eu le temps de se reposer les gambettes puisqu’il était aussitôt entrainé dans la machine à danser qu’est le groupe The Juan Maclean. Question ressemblance physique, entre John Maclean, lui même, vague sosie de Michael Stipe de R.E.M, la chanteuse, ex LCD SoundSystem, Nancy Wang, vague sosie de l’actrice Sandra Oh et la clavier, vague sosie de Karin Viard, The Juan Maclean est notre grand gagnant de notre jeu des « vagues sosies ».
Question musique, le groupe surprend par son Post-Space Disco kitsch (la voix de Wang nous rappelle Madonna période Holiday) mais terriblement entrainant. Et si nos têtes refusaient, nos corps se laissés aller. Nous n’étions pas les seuls à donner nos dernières forces dans des danses désarticulées de fin de festival et le tout faisait plaisir à voir.

Jungle – Big Time Sensuality

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Jungle ©Pataquès

Un plaisir qui s’est confirmé en forme d’apothéose avec les londoniens de Jungle attendus de pieds fermes par les derniers festivaliers bien décidés à imiter, devant la grande scène, avec beaucoup moins de talent (fatigue oblige), la gamine de leur clip Platoon.
On reconnait la bonne idée de l’organisation de programmer le collectif très tard dans la nuit pour donner à cette fin de festival une chaleur et une sensualité qu’elle n’aurait pas eu avec un set électro martial. Il faut dire que question sensualité, Jungle sait de quoi il parle avec sa poignée de tubes et son savant mélange de funk rythmé, de soul-rock groovy et d’électro entrainant qui ne peut laisser personne indifférent. On ne s’en lasse pas.

Björk – Human Behaviour

Certains comportements méritent des explications, d’autres resteront humains…
Mais nous ne pouvions conclure ce report sans évoquer Björk. Nous avons été comme beaucoup déçu de son annulation sans pour autant la blâmer. Nous nous sommes juste souvenu, et ce sera la conclusion, un des ses commentaires datant de 1997 à propos de sa chanson Immature et qui peut aussi convenir aujourd’hui: « Je n’arrive jamais à décider qu’est-ce qui est le plus courageux ; être seule ou avec quelqu’un ».

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