La route du rock 2016 : Le report

 

Non il n’y avait pas foule dans le fort Saint-Père ce week-end mais l’édition 2016 de La route du rock n’est pas non plus catastrophique grâce à la météo, une bonne gestion des organisateurs, une bonne ambiance et, évidemment, d’excellents concerts. Petit résumé.

Sleadfors Mods ©Pataquès

Sleadfors Mods ©Pataquès

 La route du rock 2016 : le report

 

Les premières estimations de fréquentations tablent sur 15 000 spectateurs dont 13 000 entrées payantes. On est loin des 22 500 de l’année dernière voire du record de 26 000 spectateurs de 2014. Mais rien d’alarmant pour les organisateurs qui, faute de tête d’affiche excitante à programmer, avaient anticipé cette baisse de fréquentation et réduit en conséquence le budget du festival (une scène plus petite, un seul écran géant, moins de bénévoles…). « On n’a pas l’ambition de grandir tous les ans et on ne cherche pas obligatoirement à programmer des têtes d’affiche » a expliqué en conférence de presse Alban Coutoux, programmateur du festival.

Kevin Morby ©Pataquès

Kevin Morby ©Pataquès

Sans dire de nom, François Floret, directeur général du festival, explique, lui que certains artistes dans l’esprit route du rock ont été approchés mais n’étaient malheureusement pas disponibles (on pense à P.J Harvey, The Kills…). François Floret rappelle aussi que désormais les cachets des grandes têtes d’affiche (Radiohead, Arcade Fire…) sont bien au dessus des moyens de La route du rock. Avec l’édition 2016, le festival a surtout souhaité garder sa ligne artistique indépendante avec une programmation cohérente mais pas moins excitante.

LUh ©Pataquès

LUh ©Pataquès

L’autre fait majeur de cette édition 2016 était bien sur le soleil et François Floret a tenu à le mettre en avant dès le début de la conférence de presse, « histoire qu’on arrête de nous parler de la boue, des bottes et de la pluie car ça commençait à devenir lassant » rigole-t-il. Et c’est vrai qu’il a fait chaud. Voire très chaud. Peut être un point positif pour le débit de boisson pour un des festivals les plus gros consommateurs de bière de l’ouest.

Julia Holter ©Pataquès

Julia Holter ©Pataquès

Il faut noter aussi, un détail qui a désormais son importance pour tous évènements culturels : la présence de militaires dans le fort Saint-Père. Si François Floret reconnaît qu’il est étrange de croiser des hommes armés parmi la foule, il s’est dit « fier de cette présence rassurante » et regrette que certains évènements aient été annulés en raison de risque d’attentats. Il remercie d’ailleurs les pouvoirs publics qui n’ont jamais envisagé l’annulation du festival malouin.

Haelos ©Pataquès

Haelos ©Pataquès

Mais venons en à la musique, le sujet principal du festival. Force est de constater que le vendredi, journée la moins excitante sur le papier a effectivement été la plus décevante du festival. On ne retiendra de ce premier soir que le set élégant de Kevin Morby (alors que nous avions déjà été charmé par ses balades rock-folk à la dernière route du rock hiver) et la jolie découverte Haelos qui remet au goût du jour le trip-hop sans le pasticher. Une affaire à suivre de très près…

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Belle and Sebastian ©Pataquès

Rayon déception, on ne peut pas totalement y ranger Belle and Sebastian puisque l’équipe de Pataquès n’a jamais été fan du groupe de Glasgow. La bande de Stuart Murdoch a beau fêter ses vingt ans de carrière avec la volonté de faire danser la foule par des mélodies raffinées, le concert fût pour nous hermétique et plat. Juste l’occasion d’entendre parmi nos voisins de concert : « Belle and Sébastian, en fait c’est les Arcade Fire du pauvre, non ? ».

Minor Victories ©Pataquès

Minor Victories ©Pataquès

Par contre Minor Victories nous a déçu. On en attendait beaucoup mais le set du super groupe, composé de membres d’Editors, Slowdive et Mogwaï, a les défauts de leur premier album : malgré quelques excellents morceaux, ça patine et ça s’éternise sans vraiment emballer sur la longueur. Rajouté à cela un son pas terrible et vous obtenez la vraie déception de la soirée marquée par l’enchaînement ensuite de trois programmations électro avec Pantha du prince, Gold Panda et Rival Consoles. Après coup, on se dit que l’une d’entre elles était clairement de trop pour garder les aficionados de rock pur jus mais Rival Consoles s’impose en tête du podium. Haut la main.

LUH ©Pataquès

LUH ©Pataquès

Le samedi a vite effacé notre déception. D’abord avec le shoegaze électrisant d’Ulrika Spacek puis le rock romantique de LUH (Lost Under Heaven). La rencontre musicale et amoureuse de la chanteuse Ebony Hoorn et l’ancien de Wu Lyf Ellery Robert, a su séduire le public en attente de rock exalté et d’hymnes à l’amour chanté en grande pompes. Certes, leur concert n’était pas aussi intense et émouvant qu’on l’espérait mais il n’était pas non plus déplaisant.

TIndersticks ©Pataquès

TIndersticks ©Pataquès

La première vraie émotion de la soirée a été procuré, sans hésitation, par les britanniques de Tindersticks qui ont offert au public du fort une prestation magistrale bercée par la voix crépusculaire de Stuart Staples. A la fois intimiste et envoûtante, il n’y avait pas mieux que la musique de ces géants pour laisser la nuit envahir le fort Saint-Père. Que c’était beau de sentir le public frissonner…

La femme ©Pataquès

La femme ©Pataquès

Dans notre portrait paru dans Pataquès #9, nous posions la question : « La femme, seront-ils à la hauteur ? » Une question qui était toujours d’actualité ce samedi soir. Autant par les fans que les haters, La femme était attendu au tournant. Et, à Pataquès, si on adore la musique des biarrots depuis les débuts, on commençait sérieusement à glisser du côté obscur des haters, lassés par l’attitude du groupe sur scène. La femme est bien connu pour donner des concerts inégaux et il nous a fallu, en effet, voir trois fois La femme en concert cette année pour avoir la claque tant espérée. Brouillon à Mythos, je-m’en-foutiste à Beauregard, La femme a régalé le public de La route du rock avec un concert résolument rock, déconnant mais puissant et intense. Même François Floret, alors que « ce n’est pas sa cam musicalement parlant » a reconnu avoir été ébloui par le concert. Un concert marqué aussi par l’invitation du groupe à faire une queue-leu-leu dans le public. Une danse qui décidément devient une habitude au fort Saint-Père. Qui a dit que le public de La route du rock était coincé ?

SUUNS ©Pataquès

SUUNS ©Pataquès

Quelques bières et un paquet de chips plus tard (le festival cette année avait signé un partenariat avec la marque Vico et chaque festivalier a pu s’écoeurer sur trois jours des chips goût poulet grillé), le public reprenait une claque donné sans ménagement par SUUNS. Masqué dans la pénombre, le quatuor montréalais a plongé le fort Saint-Père dans un krautrock abyssal. Une transe radicale dont on n’est pas ressorti indemnes. Certainement le set le plus fascinant et hypnotique du samedi soir. Ensuite, le trio Battles et son math rock expérimental a clôturé la soirée avec une performance incandescente, certes moins immersive que SUUNS mais non moins dépourvue d’intensité.

Morgan Delt ©Pataquès

Morgan Delt ©Pataquès

Le dimanche fût une journée quasi-parfaite. D’abord en douceur avec le rock californien de Morgan Delt sur la scène des remparts puis avec Julia Holter qui a su accueillir les premiers festivaliers avec son songwriting arty et ses mélodies graciles gentiment jazzy. Mais si Lush, les revenants de la scène shoegaze britannique des années 90 a su proposer un concert convaincant, c’est les jeunots de Fidlar qui marqueront la première partie de soirée. Foufous, insolents, têtes brûlées, s’autorisant même à débuter le set par la reprise de Sabotage des Beastie boys, les californiens ont su montrer ce qu’est le skate-punk aujourd’hui. Un concert de sauvageons excités qui restera comme une référence question pogo et énergie diffusée au public. Le plus gros et le plus beau bordel de cette édition.

The Fat White Family ©Pataquès

The Fat White Family ©Pataquès

Et il n’en fallait pas moins qu’une famille entière de dégénérés pour garder le cap du rock débraillé. Emmenée par Lias Saoudi, rapidement torse nu, la Fat White Family a su prouver que question bordel, ils savaient y faire avec un set habité quoique un peu lassant sur la longueur.

Savages ©Pataquès

Savages ©Pataquès

Savages et La route du rock, c’est une histoire d’amour. Une belle histoire d’amour débutée en 2012 et consommée en 2015 de la plus belle des manières avec l’un des concerts les plus emblématiques de la route du rock. Alors que dire de ce nouveau concert ? Une routine s’est elle installée dans cette belle histoire d’amour ? Forcément un peu. L’effet de surprise est dissipé. Le souvenir de l’année dernière est encore tout frais dans les esprits. Mais Savages a su entretenir la flamme avec un nouvelle prestation incandescente débutée par I need something new, conclue en beauté avec Fuckers et toujours marquées par les bains de foule de la fougueuse chanteuse Jenny Beth. Moins abasourdis que l’année dernière, on en reste pas moins très amoureux.

Sleaford Mods ©Pataquès

Sleaford Mods ©Pataquès

« Si on te donne une claque sur la joue, tend l’autre joue ». Pour tendre l’autre joue, il suffisait de traverser le site. Sur la scène des remparts, Sleaford mods a débarqué avec l’envie d’en découdre. Le groupe de punk est composé, d’un côté, de Andrew Fearn dont le rôle sur scène se réduit à appuyer sur play d’un ordi pour lancer les prods et rien que ça il le fait très bien en dansant et, d’un autre côté, Jason Williamson, porte parole des prolos. Façon battle, avec son physique semblable d’un ancien boxeur clandestin, Jason a enchainé les punchlines comme des uppercuts et nous a mis K.O debout. Ou presque. Nos dernières forces nous définitivement abandonnées dans la transe addictive des australiens Jagwar Ma qui ont su faire oublier, sans aucun problème, l’annulation de The Avalanches. Une conclusion magistrale.

 

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