La furieuse nouvelle vague coréenne

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Le festival Travelling consacrant son édition 2016 à Seoul, Pataquès revient sur l’effervescence depuis une vingtaine d’année d’un cinéma coréen enragé.

Un cinéma générationnel
Depuis son âge d’or dans les années 50, à défaut d’être de qualité, le cinéma coréen a toujours été foisonnant grâce à des quotas imposant les films coréens sur son territoire. Mais, avec la chute de la dictature en 1988, la Corée voit l’émergence de jeunes réalisateurs talentueux (Park Chan-wook, Kim Ki-duk, Bong Joon-Ho, …). Une génération à comparer au Nouvel Hollywood de Scorcese, De Palma, Coppola… car comme eux, tous sont cinéphiles, diplômés politisés et bien décidés à redéfinir les codes du cinéma coréen avec une poignée de chefsd’oeuvre. En plus de devenir des stars dans leur pays, ils obtiennent en quelques années la reconnaissance à l’international avec des succès (le brillant thriller Memories of murder de Bong Joon-ho, photo) et des prix prestigieux (Le très beau mélo Locataires de Kim Ki-duk reçoit un Lion d’argent à Venise tandis que le culte Old Boy de Park Chan Wook reçoit le grand prix à Cannes des mains du président Tarantino à deux doigts de lui offrir la palme).

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Un cinéma violent
Cette bande profite de la fin de la censure pour faire de leur cinéma un exutoire et signent des séries B ou des polars poisseux où la violence est affrontée sans tabou, face caméra. Des Tmuvres baroques parfois taxées de grotesques pour leur surenchère jusqu’au-boutiste et qui font de la Corée, « pays du matin calme », le pays du « cinéma pervers ». La ville y est anxiogène (The murderer), les tueurs sauvages (The Chaser), le sang gicle, les os craquent mais la violence, jamais divertissante, est avant tout une question morale, culturelle et sociétale tout comme la vengeance, thème récurrent du cinéma coréen. Elle n’est jamais montrée comme réparatrice mais symbolique d’un pays essayant d’exorciser son passé. Le flic devenant un monstre pour traquer le tueur de sa fiancée dans le polar ultra violent J’ai rencontré le diable peut alors être vue comme la métaphore du traumatisme de la Corée sortant de la dictature.

Un cinéma social et mélodramatique
Ces cinéastes sont de grands observateurs de leur pays qui est passé du nationalisme à l’ultralibéralisme de façon brutale. Le cinéma de genre reste pour eux un prétexte pour critiquer une société en pleine mutation. Même lorsque Bong Joon-ho revisite le mythe de Godzilla avec (le un peu surcoté)The Host (photo), c’est finalement pour mieux critiquer le capitalisme et filmer une révolte des laissés pour compte dans les rues de Séoul. Le cinéma coréen s’emploie toujours à questionner les rapports humains marqués par des relations professionnelles hiérarchisées (le très hitchockien The Housemaid de Im Sang-soo), des relations familiales compliquées (le chef d’oeuvre Mother de Bong Joon-ho) le tout avec beaucoup de sincérité et sans pincette à l’image de Peppermint Candy de Lee Chang-dong, retraçant, après son suicide sous un train, vingt ans de la vie gâchée d’une quadragénaire dans une Corée en quête d’identité.

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Un cinéma masculin
Le seul bémol serait la place faite aux femmes, trop souvent cantonnées dans des rôles d’ingénues, de prostituées victimes (Sea Fog) ou de « femme patiente au foyer » (Ivre de femme et de peinture), symptomatiques du statut de la femme dans la société coréenne traditionnelle. Mais, d’un autre côté, des films comme La femme est l’avenir de l’homme de Hong Sang-Soo et Une femme Coréenne de Im sang Soo ont réussi à refléter les changement de mTmurs (ascension sociale, libération sexuelle…) et de jeunes réalisatrices commencent à apparaitre à l’image de Su-won Shin qui présentera en avant première à Travelling, son polar Madonna (photo) : l’histoire d’une infirmière Hae Rim enquêtant sur le passé d’une patiente abusée et victime d’un étrange accident. Féministe ou pas, le ciné coréen reste enragé…

Un cinéma de l’image
Graphique, le cinéma coréen l’est assurément avec des mises en scène souvent flamboyantes, des mouvements de caméra millimétrés et des cadrages chirurgicaux. Il n’est d’ailleurs pas surprenant de retrouver parmi les néoclassiques des adaptations de mangas comme Old Boy de Park Chan-wook ou le post apocalyptique Snowpiercer de Bong Joon-Ho, adapté de la bédé française de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Quant au western décalé de Kim Jeewoon, Le bon, la brute et le cinglé (photo), on peut dire qu’il prouve la virtuosité de sa mise en scène dans les excès du cartoon.

Festival Travelling 
Du 2 au 9 février
Rennes Métropole

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