Juillet Août : Interview de Diastème

 

Journaliste, auteur et metteur en scène de théâtre, romancier, réalisateur : Diastème est un touche à tout. Après le drame Un français, qui racontait le parcours d’un homme pendant 30 ans à travers l’extrême droite, il revient avec Juillet Août une comédie légère comme une amourette d’été. De quoi avoir envie de lui poser quelques questions…

JUILLET AOÛT : INTERVIEW DE DIASTEME

 

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© Mathieu Morelle

Juillet Août est une comédie racontant l’été de deux sœurs adolescentes : un sujet surprenant pour le réalisateur d’Un français. Pourquoi ce choix ?
On ne sait pas pourquoi on a envie de raconter une histoire. Une histoire arrive et on a envie de la faire. Je ne me pose pas plus de question. Je ne m’intéresse pas tellement au genre. Quand j’ai fait du théâtre, j’ai alterné les drames et les comédies. Ce n’est pas un choix délibéré. Je ne me suis pas dit après un film très violent je dois faire un film doux. C’est l’envie de raconter cette histoire qui m’a porté. Mais c’est vrai que j’adore l’idée de faire des choses différentes. Un français était un film coup de poing, Juillet Août est un film bisous (rires).

Vu les polémiques sur Un français on aurait pu penser que tu avais besoin de légèreté…
Ah oui c’était long et chiant (rires). Je ne te cache pas que, au delà des polémiques à la sortie du film, ce que je tournais était vraiment difficile. Ce n’était pas agréable. Avec Un français, on touchait aux limites de ce qu’on peut montrer dans la violence. Donc, se retrouver ensuite sur une plage, avec des jeunes filles en maillot de bain qui font des blagues c’est plus agréable (rires).

Qu’est ce qui t’intéressait dans le sujet de l’adolescence ?
C’est toujours intéressant l’adolescence. Ma première pièce de théâtre s’appelait La nuit du thermomètre qui parlait de deux gamins de douze ans. L’adolescence c’est l’âge de tous les possibles. Surtout cet âge autour de quatorze ans qui est l’âge de la petite dans le film et qui est vraiment un âge entre deux : on comprend suffisamment tout pour pouvoir balancer ce qu’on a sur le cœur et quelques années plus tard, elle aura un peu plus de contrôle et une forme d’autocensure. C’est ce qui est touchant.

Le film montre justement trois femmes à trois âges différents puisque il y a la mère, la grande sœur et la plus jeune…
J’aurais pu faire la grand-mère aussi (rires). Mais c’est vrai il y a trois âges de vie de femmes. Mais on se place toujours d’un point de vue purement romanesque. Ce qui arrive à la petite de quatorze ans est un drame pour elle. Avoir ses règles, redoubler, aller en pension, sont des choses très graves pour elle. C’était important de se mettre du point de vue de chaque personnage.

Juillet Août s’inscrit dans une tradition de chronique adolescente comme La boum, Mon père ce héros, A ma sœur etc… tu avais des références en tête en commençant le film ?
Non. Je savais que le film s’inscrivait dans le genre « comédie estivale grand public » mais je n’avais pas de film en tête. La boum m’a fait rire. Même si je ne pense pas que ce soit un très grand film cinématographiquement parlant, c’est un grand film parce qu’il a marqué des générations entières. J’ai plus été marqué par L’effrontée. Mais Juillet Août a peut être plus de références américaines comme Portrait caché d’une famille modèle de Ron Howard.

Par contre, Juillet Août est plus une chronique qu’une comédie avec des gags, des punchlines, un rythme très rapide…
Oui, Juillet-Août est une comédie douce. On n’est pas dans une recherche d’efficacité folle. J’avais envie qu’il y ait du cinéma et pas que de la vanne. Le film a le ton d’une chronique avec quelques péripéties à l’intérieur.

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© Karé Productions

Un français était aussi une chronique d’une certaine manière. Tu apprécies de raconter une histoire de cette manière ?
Mon premier film était aussi une chronique. Le temps est ce qui régit le mieux l’écriture.

Venant du théâtre, on aurait pu penser que tu aimais les récits très structurés…
Avant de venir du théâtre, je viens surtout de la littérature. Et dans la littérature, on est dans un récit de chronique. Mais je ne suis jamais posé la question en ces termes. Je n’ai jamais eu l’impression avec Juillet Août de faire une chronique.

La structure en deux actes était présente dès l’écriture ?
Oui rapidement s’est imposée l’idée de raconter deux sœurs le temps d’un été en séparant le film comme les parents sont divorcés, les deux parties étant liées par la rencontre de cette bande de branquignoles.

Pourquoi avoir eu besoin de rajouter cette intrigue policière avec cette bande de branquignoles qui vole un collier à un riche homme d’affaire ?
Parce que c’est des gens que je connais (rires). C’est des histoires que j’ai vécu quand j’avais dix sept-dix huit ans. Et aussi parce que j’aimais bien le côté récit d’aventure adolescente. J’ai écrit des versions où ils étaient plus violents mais ça me plaisait moins. J’aimais bien ce côté léger. Même les méchants sont gentils. Ils sont branques et ils font plus marrer que peur.

Comment s’est fait le travail avec les comédiens pour créer cet esprit famille avec de jeunes comédiens et des acteurs confirmés ?
J’ai fait ce que je fais toujours : on a fait beaucoup de répétitions pendant lesquelles on crée les personnages mais aussi on crée les relations entre les acteurs. Quand on arrive sur le plateau, ils se connaissent.

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© Mathieu Morelle

Comment as tu travaillé avec les comédiennes, notamment Luna Lou qui est d’un naturel extraordinaire?
Je l’ai brusquée (rires). Dès le premier rendez-vous je l’ai fait travailler avec des textes difficiles, qui ne sont pas dans le film pour voir comment elle se démerdait à jouer. Mais avec Luna il y a aussi une sorte d’évidence. J’ai rarement vu autant de dons de comédiens chez quelqu’un, adultes confondus. Elle est exactement le personnage et elle a cette voix à la Simone Signoret qui me rend dingue. Même quand elle crie, elle n’a pas ce truc agaçant des enfants comédiens de glisser dans les aigus et l’hystérie.

Un autre personnage est important dans le film : la musique. Dès l’écriture tu savais que les chansons d’Alex Beaupain et Frederic Lo prendraient autant de place dans le film ?
Oui. Dans le scénario il y en avait quatre et avec ma monteuse on s’est rendu compte qu’on pouvait en créer une cinquième. Et aujourd’hui, c’est rare un film avec cinq chansons entières écrites pour le film. La facilité aurait été de prendre des tubes comme Xavier Dolan (il sourit) mais on a décidé d’écrire des chansons en français spécialement pour le film et j’ai la chance d’avoir dans mes amis des gens talentueux comme Alex Beaupain et Frederic Lo qui ont tout de suite accepté.

Pourquoi Alex Beaupain ne chante-il pas ?
Je ne voulais pas que ce soit Alex qui chante et Alex non plus. D’une part, parce que Alex est plus dans un univers pop ou variété alors qu’on est plus dans le film dans un univers folk et d’autre part, la voix d’Alex aurait peut être été trop rapproché des films de Christophe Honoré qui vient de sortir Les malheurs de Sophie. Mais il se trouve que mon deuxième chanteur français préféré est Jérémie Kisling donc j’ai fait appel à lui (rires). D’ailleurs il y avait déjà une chanson de Jérémie Kisling dans Un français. Je pense sincèrement que les chansons sont des tueries. Tout le monde a super bien travaillé. Je suis très fan.

Tu n’as jamais été tenté de faire l’acteur ?
Pas du tout. Ce n’est pas mon métier du tout et je n’ai jamais été tenté. J’ai beaucoup trop de respect pour ce métier mais, en plus cela ne m’amuse pas du tout.

Qu’est ce qui est le plus dur à financer : un film sur l’extrème droite ou un film sur deux adolescentes ?
Avant Un français, j’ai eu deux ou trois projets qui n’ont pas pu être financés. La difficulté de financer un film je l’ai éprouvé mais sur ces deux derniers films le financement a été assez simple. Le plus simple a été quand même Un français. On a eu rapidement l’avance sur scénario, l’avance sur recette. Ensuite Juillet Août s’est monté assez rapidement car, entre temps, les gens avaient vu Un français et l’avantage de mes films c’est qu’ils sont très peu chers. Mais, si c’est ça ta question, la comédie n’a pas été plus facile à monter qu’un drame.

Tu parles des films qui n’ont pas été financés. Comment vis-tu la non-naissance d’un projet ? Tu arrives à faire le deuil d’un film ?
Par rapport à tous mes camarades dans ce métier car cela arrive à tout le monde de ne pas trouver de financement, j’ai un avantage : je fais du théâtre. Pendant 4 ou 5 ans avant Un français où j’ai eu du mal à financer mes films, je suis retourné au théâtre.

Ça me fait penser à l’émission d’Arte Web Jamais sur vos écrans, qui fait raconter par les réalisateurs (Michel Hazanavicius, Gaspar Noé, Christophe Gans…) un film qu’ils n’ont pas pu faire.
Oui, même si on ne fait pas le film c’est toujours intéressant. Par exemple, Patrick Chesnais je l’ai rencontré pour un film qui n’a jamais pu se faire. Ça crée un lien. Mais, franchement, il faut quand même prendre un peu de temps pour s’en remettre. Après l’arrêt d’un projet, on est vraiment mal. Il y a aussi toujours un petit espoir qu’un projet ressorte du tiroir mais j’ai la chance d’avoir pleins d’envies, pleins d’idées et je n’ai pas encore puisé dans mes tiroirs (rires).

Connais-tu ton prochain projet ?
Je ne peux pas en parler pour le moment car on n’est pas encore financé mais ce sera très différent. Très surprenant.

Ça ne sera pas une chronique ?
Si, c’est encore une chronique (rires) mais elle ne se passera pas dans ce siècle. C’est la seule piste que je peux te donner.

Juillet Août un film de Diastème avec Patrick Chesnais, Pascale Arbillot, Thierry Godard,… Sortie le 13 juillet.

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