Jonathan Lambert – De la télé à Réalité – Interview

Comique à perruques, chroniqueur inspiré chez Ruquier ou empereur Maximus dans la nouvelle série de M6, Jonathan Lambert varie les plaisirs et reste égal à lui-même. Au cinéma, il est à l’affiche de Réalité, la nouvelle fantaisie de Quentin Dupieux.

Jonathan Lambert

© Sven Etcheverry

Réalité est une comédie dingue comme seul Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, semble capable de faire (souvenez-vous de Rubber, le pneu serial killer!). L’histoire de Réalité ? Un réalisateur de film d’horreur (Alain Chabat, excellent) est chargé par son producteur (Jonathan Lambert) de trouver en 48 heures le meilleur cri de l’histoire du cinéma. A partir de ce pitch improbable, Dupieux s’amuse à entremêler plusieurs trames narratives entre fiction, rêve et réalité avec un plaisir communicatif. Son film se regarde alors comme un rêve éveillé, parfaitement illogique et pourtant totalement compréhensible, dont on ressort, hagard, le sourire aux lèvres. Une bonne raison de discuter avec Jonathan Lambert qui joue Bob Marshall, le producteur très exigeant et accessoirement tueur de surfeur…

 

Réalité est « barré » mais il est aussi le film le plus accessible de Quentin Dupieux. Je suis d’accord. Je l’ai déjà vu cinq fois et je ne m’en lasse pas. J’essaie à chaque visionnage de voir à quel moment on tombe dans le piège. Je pense que Dupieux a réalisé son film le plus abouti.

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?

Par l’intermédiaire de son producteur Grégory Bernard à l’époque de Comédie. Il aimait La grosse émission et on s’est vite aperçu qu’on avait les mêmes affinités, que les mêmes trucs nous faisaient rire. Il m’a proposé de jouer dans Steak avec Eric et Ramzy et depuis on est resté potes. J’ai même fait la version française d’un personnage de Rubber.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans Réalité ?

Quand je lis un scénario, ce qui m’intéresse c’est la comédie. J’adore le ton décalé de son scénario. En peu de films, Dupieux est parvenu à construire une œuvre avec un humour identifiable, un humour à la Dupieux. Il prend tous les codes actuels de la comédie à l’envers. Aujourd’hui, une comédie doit être rythmée alors que lui, il cultive le culte de la lenteur jusqu’au malaise parfois, ce qui apporte quelque-chose de tellement étrange et d’irrationnel que ça en devient drôle. Mais au-delà de la comédie, j’ai adoré aussi les questionnements vis-àvis de la réalité. Qui regarde ? Qui est regardé ? Quand sommes-nous dans la réalité ou dans la création ? C’est quasiment de la physique quantique. Ces questions sont passionnantes et sans fin… Le film est sans fin d’ailleurs… (Rires)

Je fais des films qui me font marrer !

La grande force du film est d’amener le spectateur vers l’irrationnel, sans prévenir, en gardant un humour absurde assez réjouissant.

Tout à fait. J’adore la scène où le personnage de Chabat découvre au cinéma le film qu’il n’a pas encore écrit. Quand il essaie d’arrêter la projection en disant aux spectateurs «  vous ne pouvez pas regarder ce film je ne l’ai pas encore fait », c’est génial.

En regardant le film on se dit qu’il y a une vraie correspondance avec votre humour

J’ai du mal à définir mon humour car je suis assez bon client mais ce que j’aime chez Dupieux c’est son côté régressif, c’est pour ça qu’il aime beaucoup Eric et Ramzy avec un humour très premier degré, très visuel. On a ça en commun. On adore aussi les films de David Lynch pour leur côté irrationnel qui nous fait bien marrer. Pour nous, Twin Peaks c’est clairement une comédie.

 

Réalité

© Droits Réservés

Dupieux laisse-t-il place à l’improvisation sur le tournage ?

Non pas du tout. Tout est écrit. Tout est carré. Quentin a une idée très précise du film qu’il veut faire.

Dans Réalité, le personnage d’Alain Chabat souhaite réaliser un film d’horreur racontant comment les télés abrutissent les gens puis les tuent de façon sanglante. C’est très ironique de faire jouer ça à deux anciens de la télé ?

Oui c’est marrant mais Quentin avait écrit le scénario bien avant de penser à nous. Il n’y a aucun calcul de sa part et n’est pas dans une posture un peu prétentieuse ou branché comme certains peuvent le pense. Il est très sincère dans son cinéma. 

Réaliser un film comme Réalité vous tenterait-il ?

Non, je ne voudrais pas faire du Quentin Dupieux mais oui, j’aimerais beaucoup réaliser un long métrage. J’adorais réaliser les sketchs de Monsieur Pringle sur Canal+. J’ai réalisé des pubs et des clips dont un pour Oldelaf (Je mange, ndlr) où je jouais Monsieur Pringle d’ailleurs.

 Monsieur Pringle n’est donc pas mort ?

Monsieur Pringle ne mourra jamais (rires). J’ai une vraie affection pour ce personnage qui a tout pour se faire détester et qu’on aime quand même.

Choisir entre Chabat et Farrugia, c’est comme choisir entre maman et papa

Où en êtes-vous de votre projet de film autour d’un autre de vos personnages, André Merle, un chanteur français qui part faire carrière au Québec ?

Le chanteur est mort dans l’œuf (rires). Le projet a été abandonné. En ce moment, je travaille sur un autre projet où j’aurais la possibilité de jouer plusieurs personnages car comme dirait Omar Sharif, « me déguiser c’est ma grande passion » (rires).

L’idée c’est de faire un genre de professeur Foldingue ?

Oui mais dans un univers beaucoup plus décalé. Un mélange entre John Waters et Jean-Pierre Mocky.

Vous avez d’ailleurs joué dans un Mocky…

Oui, j’ai réalisé un de mes rêves. Mocky il a fait tourné les plus grands, Charles Vanel, Bernard BLier, Michel Simon, Michel Serreau… en ce moment il tourne avec Depardieu. Je pense que dans le CV de comédien, avoir une ligne mocky ça fait du bien et le tournage était tellement drôle…

Pour le coup, la méthode Mocky ne doit pas du tout être la même que celle de Quentin Dupieux?

La méthode Mocky ne ressemble à aucune autre methode. C’est sa méthode! (rires). Mais là aussi c’est très rafraichissant. Il fait des films qui sont parfois inégaux mais il les fait avec une telle sincérité. Il est habité, sans calcul. il va au bout de sa passion et c’est salutaire aujourd’hui.

Réalité

© Droits Réservés

Au-delà du plaisir de vous voir jouer avec Chabat, on sent une vraie filiation. Vous êtes un enfant des Nuls.

Oui et je le dis franchement. Je me souviens quand j’étais au lycée, une nana est venue me voir et m’a dit « Tu connais Objectif Nul ? C’est très con, ça devrait te plaire  !  » Et, effectivement…c’est très con et ça m’a beaucoup plu (rires). J’enregistrais l’émission tous les soirs et on l’a regardé en famille. Le premier jour où j’ai dû travailler pour Dominique Farrugia, à Comédie, je me pinçais, c’était très impressionnant car c’était vraiment mon modèle.

Réalité sort d’ailleurs le même jour que Bis la nouvelle comédie de Dominique Farrugia avec Kad Merad et Franck Dubosc. Peut-on aller voir les deux ?

Les deux films sont radicalement différents et sur deux économies différentes mais je pense qu’on peut aimer les deux. En tout cas, moi je ne peux pas choisir entre Chabat et Farrugia. C’est comme choisir entre maman et papa… Farrugia, c’est lui qui m’a lancé. Je lui dois beaucoup.

Ce qui impressionne dans votre carrière télé c’est votre capacité à passer de TF1 à Canal + en passant par Comédie !, France 2 tout en faisant toujours du Jonathan Lambert.

Oui j’aime passer d’un univers à l’autre. Bientôt je serais à l’affiche de Péplum une série produite par Thierry Ardisson sur M6 avec Pascal Demolon (Radiostars, Discount) et on ne peut pas dire qu’on soit tous les deux « marqués M6 ». Péplum va raconter le quotidien de Bravus un ancien esclave devenu conseiller du tyrannique empereur Maximus. C’est une série très bien écrite, très drôle avec une vraie ambition artistique sur les décors, les lumières, ce qui est plutôt rare à la télévision aujourd’hui.

Quand je lis un scénario, ce qui m’intéresse c’est la comédie.

L’émission avec Jean Pierre Coffe est l’émission qui ressemble le moins à Jonathan Lambert…

Cette émission m’est tombée dessus quand j’avais 20 ans et j’en reste tout de même heureux. tout sert à avancer. si je n’avais pas fait ça, je n’aurais pas fait la suite… je ne regrette absolument rien. Je n’essaie pas de m’inscrire  dans une sorte de chapelle de culture ou de dogme. Rester independant. C’est la force deLaurent Ruquier, par exemple, qui s’est toujours entouré de gens très différents comme Florence Foresti, Gaspard Proust, Franck Dubosc… on a tous des univers différents avec des univers très identifiables. Ruquier est fort pour ça.

Votre chronique dans on n’est pas couché reste d’ailleurs votre dernier grand moment de liberté…

Oui. Au départ je n’avais proposé ma chronique que dans l’émission quotidienne On a tout essayé. Puis Cahterine Barma, la productrice et Laurent m’ont proposé de tester un personnage le samedi soir et ça a fonctionné et ça a duré 4 ans. C’était génial. Je faisais ce que je voulais. Je faisais un peu la même chose que sur Comédie mais avec beaucoupl plus de moyens et d’audience. Evidemment, il y a des trucs que je permettais de faire sur Comédie que je ne faisais pas sur France 2.

Réalité affiche

© Droits Réservés

Vous vous autocensuriez?

Ce n’est pas de la censure puisque j’ai fait des sketchs limites comme Damien Baizé mais il y a des choses qui fonctionnent sur comédie qui ne fonctionne pas sur France 2. Et j’ai aussi grandi depuis Comédie. Comédie c’était très « Etudiant ».

Il y a t il une nostalgie Comédie?

Il est vrai qu’on me parle plus de comédie aujourd’hui qu’il y a dix ans. A l’époque on n’avait pas vraiment conscience de l’impact que ça avait. Comédie c’était très marginal. on n’avait les chiffres d’audience qu’une fois par an. Mais on se rend compte qu’on tenait un vrai programme d’ »Afterschool ». Les mômes rentraient de l’école et nous regardaient comme un petit espace de liberté. Mais personnellement je ne suis pas nostalgique. Je pense toujours au prochain projet qui va me faire marrer.

Pensez-vous que le cinéma fasse suffisamment appel à vous en tant que comédien ? Je n’ai pas de plan de carrière cinéma. J’ai la chance de pouvoir faire de la scène, de la télé, de la radio et je ne veux surtout pas faire des films pour de mauvaises raisons. Je fais des films qui me font marrer et que j’aurais envie de voir en tant que spectateur.

De toute façon, à Pataquès, on pense que votre grand rôle dramatique sera le biopic d’Axel Bauer…

Tu rigoles mais effectivement on me dit souvent que je lui ressemble. J’ai fait la voix off d’un documentaire sur Radio Londres où son père (Franck Bauer, ndlr) était speaker, c’est peut être un signe… (Rires).

Cette interview est réalisée le 12 Janvier 2015, le lendemain de la marche pour Charlie Hebdo. Votre humour n’est jamais politisé, pourquoi ?

Je ne pense pas que ça soit ma place. En tant que citoyen, je me suis exprimé et j’ai fait la marche comme des millions. Je pense que c’était important et salutaire mais en tant que comique, la politique ce n’est pas mon truc. C’est très difficile de ne pas dire de banalités et certains le font beaucoup mieux que moi. La politique, les problèmes sociétaux et même en général, le quotidien m’ennuie. Tous mes personnages sont des marginaux, des personnages qui n’existent pas. C’est pour ça que j’aime le cinéma de Dupieux car il ne s’inscrit pas dans la réalité et pourtant le film s’appelle Réalité.

Réalité

Un film de Quentin Dupieux avec Alain Chabat, Jonathan Lambert, Elodie Bouchez,…

Sortie en salle le 18 février 2015.

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