Interview Jérôme Sevrette – Exposition Terres Neuves – Artothèque de Vitré


Du 18 octobre au 14 décembre 2014 à l’Artothèque de Vitré, Jérôme Sevrette présente Terres Neuves, une série de vingt cinq polaroïds en grand format, comme un prolongement de son très beau livre éponyme sorti en 2013 aux Éditions de Juillet. Quelques jours avant le vernissage, le photographe rennais nous parle de ce projet qu’il porte depuis 4ans.

 Expo terres neuves artothéque vitré 4

 

Avant d’être une exposition, Terres Neuves a été un livre édité aux éditions de Juillet en 2013 et depuis quasi épuisé (les derniers exemplaires sont disponibles à l’Artothèque de Vitré) Peux tu nous raconter la genèse du projet Terre Neuves ?

Après mon premier livre Commodores en 2008, j’ai cherché un nouveau projet et pour l’anecdote, l’idée du livre Terres Neuves est née ici à l’Artothèque de Vitré avec le vernissage d’une exposition de Nicolas Comment en 2010 qui avait associé dans le même livre une série de photos et un CD de chansons inspirées par l’univers des photos et composées par lui-même. J’ai adoré le concept. J’ai réfléchi de mon côté et rapidement j’ai développé le concept de Terres Neuves à partir à partir d’une collection de polaroïds que j’avais accumulés depuis quelques années et que je conservais précieusement mais sans but précis.

 

Terres Neuves - Jérôme Sevrette

Terres Neuves – Jérôme Sevrette

 Terres Neuves est un bel objet. C’est toi qui a défini le concept dés le départ ?

Oui, j’ai eu rapidement l’envie de faire un livre au format pochette vinyle 33tours, avec d’un côté les photos en feuillets libres, d’un autre côté des textes et au milieu deux CD de morceaux inspirés par l’univers des photos. J’aurais voulu un vinyle mais c’était beaucoup trop cher.

 

Qui dit objet original dit difficultés d’édition. Créer Terres Neuves a été un parcours du combattant…

Oui car c’est un objet très cher à monter. J’ai commencé le projet chez un premier éditeur et un label qui m’ont planté en cours de réalisation lorsqu’ils ont vu les devis pour le mastering des CD, pour la fabrication du livre au format Vinyle, l’impression des photos etc…je me suis retrouvé tout seul avec mon bouquin. J’avais fait un appel à souscription sur Facebook et sur mon site et je l’ai relancé pour sauver Terres Neuves puis les Éditions de juillet m’ont apporté leur soutien et ont eu le courage de reprendre le projet. Le label Str8line Records nous a rejoint ensuite. Maintenant que le livre s’est bien vendu c’est facile à dire mais il faut saluer le courage qu’ils ont eu à éditer un projet comme Terres Neuves.

 

Comment as-tu travaillé avec les musiciens et les auteurs sur Terres Neuves?

N’étant pas musicien, j’ai rapidement eu l’envie de demander aux musiciens, avec qui je travaillais pour des pochettes de disques ou des photos de concert, de composer des chansons inspirées des photos. J’ai alors contacté entre autres, And Also The Trees, Xavier Plumas (Tue-Loup), Olivier Mellano, A Singer Must Die, Aswefall, Frédéric Truong, Bruno Green… J’ai eu la même démarche avec des auteurs très divers pour qu’ils rédigent des textes s’inspirant de mes photos. Je voulais avoir leur vision musicale et littéraire de mes photos et ils avaient carte blanche.

Jérôme Sevrette

Jérôme Sevrette

 

Les morceaux et les textes mélangent les genres. Tu tenais à cet univers varié ?

Je voulais pleins d’univers différents, il y a du folk, de l’électro, de la chanson française, de la new wave, du trip hop, de la musique lyrique. Le but c’était que chaque chanson soit originale pour ne pas avoir 32 fois la même chanson.

 

Jérôme Sevrette

Jérôme Sevrette

L’exposition à l’Artothèque de Vitré reproduit l’univers de Terres Neuves avec tes photos mais aussi des vidéos, du son, du texte et du live avec Tue-Loup au vernissage. Comment as-tu pensé la scénographie de l’expo ?

D’abord, je voulais que les photos vivent au delà du livre. C’était important pour moi qu’on puisse voir les photos en grand format encadrées mais aussi tapissées sur les murs. Je voulais aussi qu’on puisse entendre la musique et les textes avec des vidéos pour retrouver l’ambiance de Terres Neuves et ainsi retrouver cet espace de création entre les photos, la musique et les textes qui sont lus dans les vidéos en français par Manuel Ferrer, chanteur de A singer must die et en anglais par Simon Huw Jones de And Also The Trees. J’avais envie de créer une exposition qui permet de pénétrer dans l’univers du livre et je pense que nous avons réussi. Je suis content du résultat.

 
 

En parlant d’univers, les photos de Terres Neuves évoquent des ambiances surprenantes, désertées, silencieuses, toujours en clair-obscur… Quelles étaient tes intentions ?

Je voulais des photos dépouillées de toute présence humaine. Le titre du livre Terres Neuves est à comprendre dans le sens terres nouvelles, terres vierges… L’idée était de réinventer le décor, poser les bases d’une Terre Nouvelle et voir quelle vie on peut y mettre pour tout reconstruire.

 

Ces ambiances interpellent par leur pouvoir d’évocation « à la David Lynch » pour certaines, dans un univers post apocalyptique pour d’autres…

Tout à fait, mes photos ne sont pas la réalité mais un décor dans lequel s’imaginent les spectateurs en tant que personnages. Ils fantasment eux même sur un décor propice à l’imaginaire et à l’interprétation. Ces photos se rapprochent de l’onirisme dans des ambiances assez sombres, je l’assume mais il n’y a rien de triste, de dépressif ou d’austère. Le fait qu’il n’y ait aucune présence humaine apporte au contraire un côté apaisant dans le sens « il n’y a pas de danger, il n’y a personne… »

 

Terres Neuves - Jérôme Sevrette

Terres Neuves – Jérôme Sevrette

Cette exposition à l’Artothéque de Vitré est aussi un teaser du prochain livre Terres neuves [re]visions puisque tu dévoiles des photos inédites qui ne sont pas dans le premier livre.

L’exposition me permet de faire le lien entre les deux livres puisque les deux sont liés. En fait, il me restait des morceaux que je n’avais pas pu mettre sur Terres Neuves et aussi une quinzaine de polaroïds que je n’avais pas utilisés. Les Éditions de Juillet m’ont alors proposé de créer un nouveau Terres Neuves qui serait le prolongement du premier livre. J’ai de nouveau fait appel à des musiciens et des auteurs pour composer de nouveaux morceaux et écrire de nouveaux textes. Le livre sortira en novembre 2015.

 

Peux tu nous donner quelques noms d’artistes qui seront présents sur Terres Neuves [re]visions ?

Je ne peux pas dévoiler tous les noms mais il y aura encore tous les styles… il y aura de nouveau And Also The Trees et aussi quelques groupes Rennais comme Dead mais aussi Fragments et The Enchanted Wood

 

Xavier Plumas_2009

Xavier Plumas – Jérôme Sevrette

 Au-delà de Terres Neuves, tu fais aussi beaucoup de portraits en noir et blanc avec des noirs très profonds qui rappellent les photos d’Anton Corbijn. Est ce une référence pour toi ou pas du tout?

Tout à fait. Quand j’ai commencé la photo, Anton Corbijn était un de mes mentors. Mais j’aime aussi Richard Dumas qui a fait des pochettes pour Bashung, Miossec, Dominique A, David Lynch, Robert De Niro etc… Dumas est un peu « le Corbijn français » qui, lui est un stade au dessus puisqu’il fait aussi des clips (Depeche Mode ndlr) et des films (Control, The American, Un homme très recherché…ndlr). J’ai commencé la photographie par la musique. Par les pochettes de disques, par les photos de presse rock de Corbijn, de Dumas… J’aimais ces portraits noir et blanc très contrastés, avec du grain pas forcément très propres mais qui avaient une profondeur. C’était ça que je voulais faire : des photos fortes de présence où on a l’impression de plonger dans le visage photographié. J’ai commencé la photographie en imitant Corbijn et Dumas en poussant les contrastes à fond puis j’ai un peu affiné ma méthode et maintenant je me suis un peu détaché de mes influences de jeunesse.

 

Frédéric Truong - Jérôme Sevrette

Frédéric Truong – Jérôme Sevrette

En plus de l’expo, tu as une autre actualité puisque en novembre tu sors Roma Amor, toujours aux Éditions de juillet dans la collection Ville Mobile dont le concept est : un photographe, un smartphone et une ville.

C’est une commande des Éditions de Juillet. Je suis allé à Rome, j’étais un peu sceptique à photographier avec un smartphone, mais j’ai été agréablement surpris. J’ai fait une série qui me plaît beaucoup et j’ai proposé au critique d’art Jean louis Poitevin de rédiger un texte à la vue des photos. J’ai repris un peu le concept de Terres Neuves (rires). Je suis très content du résultat. L’écriture de Jean Louis, sa façon d’associer les mots et les ambiances se rapproche beaucoup de ce que je fais avec les images. Les photos et le texte sont assez énigmatiques, il faut prendre le temps de les regarder, de les lire et de les dissocier. C’est un livre un peu déroutant au départ mais ça marche très bien.

 

Quel est ton rapport avec ces nouvelles techniques de photographie qui expriment une certaine facilité à photographier et une hyper démocratisation de la photographie avec des images partout ?

Pour moi, un photographe se doit d’avoir un minimum de recherche dans sa création et pas juste faire des photos avec un filtre sympa. La mode Instagram, et moi aussi je me suis pris au jeu, ne montre finalement que des photos identiques, des images aseptisées et je me suis vite lassé. Faire une photo avec son smartphone, ou un reflex d’ailleurs, qui est jolie à regarder ne fait pas de soi un photographe. J’ai vu des gens faire des photos sympas, bien cadrées, jolies à regarder mais est ce que ça fait d’eux des photographes, je ne suis pas sûr. Être photographe, ce n’est pas une question de technique finalement mais plutôt une démarche de création avec un concept précis de ce que tu veux montrer et exprimer aux autres.

 
Du 18 octobre au 14 décembre 2014, à  l’Artothèque de Vitré, 52, rue de la Poterie.

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