Histoire de la violence

Après,  En finir avec Eddy Bellegueule , le jeune romancier revient avec un roman percutant analysant la violence à travers la parole, le passé et le mensonge.

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© John Foley

Il y a d’abord les faits : une nuit de noël, à Paris, Edouard croise la route de Reda.
Ils font connaissances puis l’amour. Au moment de partir, tout bascule. Reda vole, frappe, viole, tente de tuer, s’excuse et s’enfuie.
Ensuite, pour Edouard, il y aura les urgences, la confession devant les amis, la déposition au commissariat, le trauma et son histoire de la violence.
Puis il y a le récit : Edouard raconte ce qui s’est passé à sa soeur, Carla, qui en donne sa propre version. Sa « langue de jeune fille prolo » restée dans le Nord se mêle à celle arrogante et cultivée de son frangin comme pour montrer, par un jeu de miroir, qu’un fait ou une personne peuvent être interprétés différemment selon le narrateur.
Cet enchâssement singulier de point de vue permet ainsi à Edouard Louis de détourner « les mensonges de l’autofiction » (qui lui furent reprocher pour son premier roman) pour se raconter à travers les mots d’un autre, lui, « le fils de prolo qui se cache dans de beaux habits pour surjouer le petit bourgeois ». Une manière donc de revenir encore et toujours sur son passé, sa famille et ses origines sociales pour mieux les comprendre et digérer ces années qui semblent plus traumatiques que sa rencontre avec Reda. Comme si il lui était finalement impossible d’En finir avec Eddy Bellegueule tout comme il semble impossible à Reda de vivre avec la condition méprisée de son père, émigré kabyle.

« Dérangeant car impudique ou sincère »

Le refus de ses origines devient alors le manifeste d’une haine de soi qui s’exprime dans le cas d’Edouard par du mépris et du racisme (il avoue accentuer ses manières bougeoises pour renvoyer son agresseur à son rang de dominé) et par une pulsion de mort pour Reda.
Au delà des questions sociologiques, Histoire de la violence est un roman qui bouscule par son impudeur ou sa sincérité, soulève les débats mais marque la confirmation d’un jeune écrivain, toujours en « quête du vrai » que ce soit à travers les paroles, le passé ou les actes.

 
 

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Editions Albin Michel
18 € – 240 pages

Rencontre d’ Edouard Louis, le 3 février Espace Ouest France (Rennes).

 
 

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