Hindi Zahra – « La musique, c’est la transe »

 

Après un premier album, qui a séduit le monde entier et lui a valu une victoire de la musique en 2010, la belle Hindi Zahra est revenue en avril dernier avec Homeland, un album envoutant aux sonorités métisées que la marocaine présente en tournée cet été. Conversation avec une artiste passionnée.

 

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© Tala Hadid

Ton premier album Handmade est sorti en 2010. As-tu eu besoin de prendre ton temps pour composer Homeland ?
La tournée d’Handmade a duré deux ans et demi avec 400 concerts à travers le monde. J’étais épuisée. J’ai donc décidé de me ressourcer chez moi, au Maroc et d’y écrire mon album.

A part le repos, qu’es-tu allée chercher au Maroc pour t’inspirer ?
Je n’aurais pas pu composer cet album à Paris. A Paris, on ne voit pas l’horizon. J’avais besoin du Maroc parce que je suis berbère, parce que je suis née là-bas et ma plus grande inspiration c’est les voyages que j’ai eus au Maroc. Le Maroc présente plein de choses : le désert, l’Atlantique, la Méditerranée, la montagne, les plaines, l’extrême chaleur et le très grand froid.

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© Tala Hadid

Tu as enregistré Homeland à Marrakech qui n’est pas ta ville natale.
Non, je suis du sud du Maroc. Mon père est touareg de Mauritanie et ma mère est de Souss, la région entre Ouarzazate et Agadir. J’ai choisi Marrakech car c’est une ville ouverte, une ville d’échange. Historiquement, Marrakech est le point de rencontre des commerçants du désert mais c’est aussi une ville d’artisans. J’aime les personnes qui travaillent avec leurs mains : les femmes qui font les tapis dans les montagnes, les tisseuses, les ferronniers… Si on ne veut pas voir le Marrakech touristique, il faut voir le Marrakech des gens qui travaillent. J’ai passé beaucoup de temps avec eux et j’avais besoin de ça pour composer. Pour Homeland, je souhaitais faire une musique plus marocaine mais je me suis laissée porter par ce que pouvait m’apporter le Maroc, c’est-à-dire Cuba, le Brésil, l’Iran car le Maroc est un pays qui te transporte ailleurs.

Tu es quand même partie sur certaines bases de la musique marocaine ?
Je suis partie des bases de la musique marocaine qui sont les rythmes et les voix. J’ai donc décidé de travailler avec Rhani Krija qui est un peu le «  percussionniste officiel  » de Sting. Il travaille avec beaucoup de musiciens noirs américains. Il a accompagné Prince et Stevie Wonders sur certaines tournées. Pour moi c’était un rêve de jouer avec lui car il connaissait parfaitement la musique marocaine mais aussi occidentale, brésilienne, cubaine. Commencer par enregistrer les percussions a donc été essentiel pour moi pour m’inspirer les mélodies ensuite.

Tu es classée « world music » qui est un terme galvaudé et ne veut plus dire grand-chose. Mais avec toutes les influences de Homeland, « musique du monde » prend tout son sens.
Les gens ne savent pas où classer une étrangère qui chante dans une autre langue (rires). En fait, Homeland est le fruit de la tournée de mon premier album. Ce qui me guide, c’est les rencontres. La rencontre avec soi-même d’abord et la rencontre avec les autres cultures ensuite. Quand je suis allée au Brésil, au Japon j’ai vu plein de points communs avec la musique marocaine dans les rythmes et la façon de jouer certains instruments. Par exemple, le violon japonais et le violon berbère sont quasiment les mêmes. Le but était de faire le lien entre les différentes musiques, les genres et les cultures. Je veux que mes chansons puissent emmener les gens ailleurs.

« Je souhaitais faire le lien entre les musiques, les genres et les cultures»

Un autre cliché de la musique du monde c’est l’aspect traditionnel alors que ta musique est résolument moderne, parfois très pop par le chant et les structures.
Absolument, je m’efforce toujours de rendre mes chansons modernes et la musique anglo-saxonne m’influence mais aussi et surtout la musique noire-américaine. Selon moi, le blues est à la base de toutes les musiques. On retrouve la Transe dans le blues. C’est le pont entre l’Afrique et l’Amérique. Le blues d’Ali Farka Touré et B.B.King sont clairement cousins.

Tu revendiques le métissage ?
Tout à fait. Je ne comprends pas les gens qui refusent de voir la langue évoluer. Il faut bien se rendre compte que nous ne parlons plus comme au 16è siècle. C’est pareil pour la musique, elle ne s’enrichit que par les rencontres et les échanges.

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© Tala Hadid

En parlant de langue, pour la première fois tu chantes en français pour la chanson Un Jour. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Je ne sais jamais à l’avance dans quelle langue je vais chanter. C’est l’inspiration qui me dicte. La mélodie choisit le texte et la langue instinctivement. Du coup, je ne sais pas si je chanterais plus en français à l’avenir. J’ai aussi envie de chanter en espagnol, en portugais.

En 2014, tu as participé à un album hommage à Nina Simone. Elle évoque quoi pour toi ?
Elle a sacrifié sa vie de femme pour la musique. Les gens ne retiennent que le côté revendicatif mais il y a aussi une forme de spiritualité qui me plait. La musique américaine est liée à la spiritualité. La musique n’est jamais détachée des profondeurs de l’humain. Nina Simone le savait et en a fait un sacerdoce. Ses colères vis-à-vis du public qui n’était pas assez réactif c’était une déclaration aux gens d’être vivants. Pour cela, sa musique est universelle.

La peinture a aussi une place importante dans ta vie ?
Ma mère et mes tantes ont marqué mon enfance. Tous les après-midi elles faisaient de la broderie. De la grande broderie et je me suis découvert aussi les mêmes habitudes. Je peins tous les après-midi. J’aurais pu faire de la broderie mais c’est trop mathématique. La peinture est pour moi un besoin. C’est un monde de silence, de paix, de méditation active. On ne pense à rien mais on fait des choses, qui sont belles ou pas, mais on crée quelque chose.

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© Tala Hadid

Quel genre de peinture fais-tu ?
Je ne peux pas décrire ma peinture (quelques-unes sont dans le livret de Handmade, ndlr) mais je peux dire que j’aime le surréalisme, Bosch notamment et aussi les sud américains comme Botero. En fait, j’aime les couleurs. La projection de paysages intérieurs en couleurs, c’est très important pour moi.

Tu as récemment joué dans The Cut de Fatih Hakin avec Tahar Rahim. Que gardes-tu de ce!e expérience d’actrice ?
C’est une expérience formidable. J’ai aimé travailler avec Fatih Hakin puis avec la réalisatrice Tala Hadid pour The Narrow Frame of Midnight. J’étais très bien entourée. C’est aussi très agréable de participer à quelque chose qui ne t’appartient pas. Etre actrice c’est se demander ce que tu peux apporter au projet et le partager avec toute une équipe.

Dernière question, tu as dit que ta dernière tournée t’a épuisée. La composition de Homeland t’a-t-elle redonnée assez d’énergie pour ta nouvelle tournée ?
Oui, je suis rechargée (rires). J’ai passé beaucoup de temps dans la nature, dans les montagnes. Le silence m’a ressourcé. J’ai aussi passé beaucoup de temps dans une grotte, près de l’océan car je suis une fille de l’Atlantique. Vous devez en savoir quelque chose, vous les Bretons, du pouvoir de l’océan Atlantique. C’est un océan incroyable. Mais ce qui me donne le plus de force c’est partager ma musique. Je suis déjà venue en Bretagne et j’aime beaucoup le public breton car on voit toutes les générations et tout le monde participe. Comme au Maroc. Je suis heureuse de voir les gens danser, d’être heureux. Il n’y a pas besoin de fumer ou de produits chimiques : la musique, c’est la transe !!!

 

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En concert :
Accords à Cris – Fougères – 11 juillet 2015
La Roche Jagu – Ploëzal – 14 juillet 2015
 
 
 
 
 

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