François Floret fête les 10 ans de La Route du Rock Collection Hiver

Le patron du festival peut avoir le sourire, la dixième collection hiver de la La Route du Rock s’annonce déjà comme un succès. Avant que les premiers concerts ne commencent à la Nouvelle Vague, François Floret, co-programmateur du festival, accorde à Pataquès un long entretien. Une interview sous le signe de la musique indé où il évoque dans le désordre Brian Molko, Ariel Pink, le tatouage, Jean Louis Murat, Blonde Redhead, le MP3, Grand Blanc, Sonic Youth, la cassette Phillips, la britpop, Phoenix, l’argent, Etienne Daho et la boue du fort Saint Père.

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Blonde Redhead

François Floret fête les 10 ans de La Route du rock Collection Hiver

 

Les trois soirée de Jeudi, vendredi et samedi sont complet. Vous considérez-vous déjà comme satisfait de cette édition?

Oui, tout organisateur rêve d’être complet et je pense que cette édition sera quasi complète mise à part la soirée inaugurale au conservatoire de Rennes. On y a fait une petite jauge d’une centaine de personne. Pour dimanche à la Chapelle à Saint Malo, on ne sera peut être pas complet mais ça sera bien aussi. Dans tous les cas, on ne pourra pas faire beaucoup mieux.

Comment expliquez vous que la soirée de vendredi avec pourtant Ariel Pink et Allah Las ne soit pas complète contrairement au jeudi et samedi soir qui sont complet depuis longtemps ?

Il y a deux effets. Premièrement, c’est culturel en France, les gens sortent plus le samedi. Ensuite, le samedi, il y a Blonde Redhead  qui attire beaucoup de monde et le jeudi, c’est Hanni El Khatib à l’antipode qui a attiré le public. C’est le calibre du groupe qui fait déplacer du monde.

On aurait pu penser qu’Ariel Pink attire plus de monde.

Je pense qu’Ariel Pink est plus dans une niche et n’a pas encore la notoriété de Blonde Redhead. Je pense que c’est plutôt Allah-Las qui fait venir du monde le vendredi. Mais nous ne recherchons pas à faire complet à tout prix. Nous espérons, évidemment, le maximum de public mais le but est avant tout de présenter une belle soirée avec des artistes intéressants. Nous ne voulons pas dénaturer l’ADN du festival en programmant un groupe que nous aimons qu’à moitié.

Vous aimez toute la programmation ?

À 100%. On est deux à faire la programmation et forcément il y a des groupes qu’Alban préfère et moi non et vise versa. Mais je sais reconnaître les intérêts d’un artiste et même si ça me touche moins. Et Alban aussi. En général, ce genre de discussion n’a lieu que sur très peu d’artiste.

Pour faire un jeu de mot à la Ouest France : La Route du Rock, je l’ai dans la peau !!!

La programmation c’est aussi prendre en compte la set list de la soirée et se pose alors la question de la place un peu difficile du premier nom de la soirée. Par exemple, pourquoi programmez vous Mourn dès 20heures le samedi soir ? Parce qu’ils sont trop jeunes ?

Ce n’est pas une question d’âge. Pour nous ce n’est pas une place sacrifiée. Le public de la route du rock est passionné de musique et, en général, aime voir tous les groupes.

Grand Blanc nous expliquait qu’ils préféraient jouer tard la nuit, que leur musique y est plus adaptée. Et en même temps, ils reconnaissaient, à demi mots, craindre que le public soit parti.

Pour Grand Blanc on ne s’est même pas posé la question. Cela nous paressait évident qu’ils devaient finir la soirée du vendredi. Je les ai vu aux Trans et c’est parfait pour finir une belle soirée. Un peu d’électro, un peu hypnotique.

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Ariel Pink

Dans la collection été, vous avez pris l’habitude de finir les soirées par de l’électro. Vous ne souhaitez pas appliquer cette règle à la collection hiver ?

Pour la collection été, finir par de l’électro est clairement assumé. Le public de La Route du Rock été aime le rock mais souhaite aussi pouvoir se lâcher à la fin de la soirée contrairement à la collection hiver où le public peut se montrer curieux 15 minutes pendant un set électro puis rentrer se coucher. On l’a vérifié l’année dernière avec Clara 3000.

On constate aussi que certaine collection été sont moins rock que la collection hiver. Il y a t il une différence dans la façon de programmer les deux collections ?

Cette année est en effet plus rock mais il n’y a pas de stratégie. Nous avons la chance de pouvoir programmer comme des ados, des capricieux. Nos envies ont fait que cette année soit plus rock. L’actualité est aussi un facteur de décision. Il y avait certainement plus de groupes rock mais cela aurait pu en être autrement dans un autre créneau.

On reproche aussi à La Route du Rock ne pas faire jouer la scène française. Quel est votre point de vue sur la scène indé française?

On a aucun racisme anti-français il y a d’ailleurs quelques artistes français programmés cette année. Mais sans faire de statistique, on reconnaît que notre famille musicale est plus anglo-saxonne. Selon moi, le problème des groupes français c’est d’être capable de sortir du créneau « chanson française » et d’avoir l’aspect pop rock. Certains chantent en anglais et ne font, en fait que du copié/collé de groupes anglo-saxons. Mais pourquoi avoir la copie alors que l’original est plus intéressant. ? Et d’un autre côté un groupe comme Grand blanc est très intéressant. Ils ont vraiment une identité particulière et une bonne assimilation de références.

Finalement, c’est le chant français qui vous bloque ?

Oui. Cela peut être catastrophique. Miossec ou Dominique A y arrivent avec de très beaux textes, d’autres pas du tout.

En parlant de Dominique A, qui est un habitué de La Route du Rock, on retrouve aussi cette année d’autres artistes réguliers du festival comme Hanni El Katib ou Bonde Redhead. C’est important pour vous de fidéliser les artistes ?

C’est un hasard. Blonde Redhead est un groupe qu’on adore même si j’ai un peu plus de mal avec leur dernier album. Pour le coup, il y a eu un vrai débat entre Alban et moi. Alban aime et comprend leur démarche alors que moi ce n’est pas ce que j’attends d’eux.

Vous regrettez leur première période ?

Oui, clairement. Je préférais quand leur son était plus rêche. Mais j’ai hâte de les voir sur scène. Peut être qu’il me prouveront que j’ai tort.

Au delà des artistes habitués, l’identité du festival est aussi de présenter des découvertes.

Nous sommes toujours contents de présenter de nouveaux noms. Avec le temps on ne retient que ceux qui restent mais certains n’ont jamais percé. C’est toujours un risque de programmer des découvertes. Quand on a programmé MGMT, personne n’en parlait. Pareil, quand on a programmé Radiohead en 93, c’était aussi un pari. Et d’un autre côté on peut aussi se planter. Par exemple, la première fois que j’ai entendu Oasis, j’ai dit que ça ne marcherait jamais…(rires) Il faut savoir rester modeste.

Et maintenant ? Noël Gallagher pourrait il venir à La Route du Rock ?

Non, je n’aime pas. Pendant longtemps, on nous a catalogué brit-pop  mais c’est un truc qui m’énerve…Depuis 1999, je ne veux plus entendre parler de La Route du Rock comme d’un festival britpop.

La première fois qu’ils sont venus, Muse nous a coûté 1500 francs.

Comment aimeriez vous définir le festival ?

Un festival curieux 100% indépendant, aussi bien dans sa ligne artistique que dans sa façon de bosser.

La Route du Rock est aussi devenu une marque avec un emblème, le fameux logo de la cassette corsaire. Comment est né ce logo ?

Je suis très fier de ce logo. Le public l’aime. En plus, c’est aussi le logo de Sonic Youth qui est un de nos groupe préférés. Il y a donc un rapport Quand ils sont venus, ils se sont pris en photo avec le drapeau La Route du Rock, c’est un très beau souvenir pour toute l’équipe.

Et moi, il y a deux ans, je l’ai tatoué sur mon bras…Pour faire un jeu de mot « à la Ouest France », maintenant je peux dire: « La route du rock, je l’ai dans la peau (rires). Mais en fait, ce logo ce n’est pas nous qui l’avons créé, c’est Phillips. A l’arrivée de la cassette audio vierge, Phillips mettait « tape kill music » sur les disques car ils considérait que la cassette allait tué le vinyle. Il y a eu le même débat avec l’arrivée du MP3. Nous, au contraire nous pensions que cela permettait de faire vivre la musique 10 fois plus. Cela fait du mal à l’industrie de la musique mais pas à la musique elle même.

Pourtant, vous êtes concernés puisque le MP3 fait du mal aux festivals puisque les artistes compensent la perte des ventes de disques par le cachet scène.

Clairement. Ceux qui ont le plus souffert du MP3 sont les festivals. On peut considérer que depuis les cachets ont doublé.


Quel est le cachet moyen de La Route du Rock ?

Pour un groupe qui début c’est environ 3 000 euros et pour les têtes d’affiche je ne préfère pas donner de chiffres mais on dépasse les 100 000 euros. Je crois que les Vieilles charrues dépassent le million d’euros pour avoir Muse. Nous quand ils sont venus à leur début, ils nous ont coûté 1500 Francs la première fois et 15 000 euros la deuxième (rires).

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Allah-Las

En même temps, sans parler de prix, feriez vous venir Muse aujourd’hui ?

Non pas du tout. Placebo c’est pareil. Brian Molko, qui est un mec adorable, a souvent dit  que La Route du Rock était son festival préféré et qu’il aimerait y rejouer si on le voulait. Sauf qu’on veut plus (rires). Je ne vois pas l’intérêt. Au début Placebo était surprenant. Maintenant il est en roue libre. Ce n’est pas mauvais mais il se rapproche du rock FM. Ce n’est pas du snobisme, c’est juste que Muse et Placebo ne correspondent plus à la ligne éditoriale de La Route du Rock.

L’année dernière vous poussiez un coup de gueule sur les groupes indé comme Arcade Fire ou Radiohead qui réclament des cachets énormes. Pensez vous aujourd’hui qu’on puisse être indé et gagner de l’argent ?

C’est la grande question… (il réfléchit) Ce n’est pas impossible si on garde les pieds sur terre sans demander des cachets exorbitants. Arcade Fire, paradoxalement fait des concerts gratuits mais le plus souvent au Canada ou Tom Yorke avec Radiohead fait quelques concerts pas trop chers mais c’est très rare… On peut aussi se demander si ce n’est pas pour des raisons de communications. On ne sait jamais si c’est sincère ou pas. Mais si ces groupes là acceptent de venir à La Route du Rock ou un autre festival plus modeste et acceptent de baisser leur cachet à  un prix ridicule pour eux mais énorme pour nous, on peut dire qu’ils ont des « couilles » et qu’ils sont indé. Mais le vrai problème, finalement, ce sont les agents. La plupart des groupes ne savent pas quelles propositions ils reçoivent. Tout doit passer à travers le filtre des agents qui imposent un prix. Si le festival ne peux pas payer, ils passent à autre chose. Parfois nous avons la chance d’avoir un contact direct avec les artistes. C’est le cas de Phoenix, par exemple, avec qui nous avons gardé le contact depuis qu’il sont venus et qui nous avaient promis de revenir l’année dernière en négociant leur cachets avec leur agents…bon en fait ils sont partis au Japon mais ce contact direct peut encore arriver.

Phoenix, selon vous, c’est encore indé ?

(Il réfléchit) Ils sont, en effet dans un circuit qui peut être loin d’être indé mais, artistiquement, cela se tient. Ils ont leur place chez nous en tout cas. Donc pour en revenir à ta question : peut-on être indé et se faire de l’argent ? Oui, clairement.

La Route du Rock peut aussi être une caution indé à des artistes qui vont demander plus ailleurs…

Oui aussi. Certains artistes veulent venir parce que nous avons une image indé et parce qu’ils aiment la musique indé. Par exemple, Etienne Daho souhaitait venir cet été et il nous l’a fait savoir, Jean Louis Murat adore aussi La route du rock. On l’a recroisé récemment et il nous a avoué venir presque tous les ans. Je l’avais croisé, en 1999, assis dans l’herbe à regarder PJ Harvey. Il en a fait une chanson d’ailleurs et on a conservé la photocopie de son chèque.

La Collection Eté? Il y aura de belles surprises

Etienne Daho sera donc à la route du rock collection Eté ?

Non (rires). Pourtant j’aime bien son dernier album.

Pourquoi Dominique A a t il plus sa place à La Route du Rock qu’Etienne Daho ?

Etienne Daho a plus un pied dans la variété mais j’aime sa démarche artistique. Il pourrait faire partie de la famille mais je crois qu’il a aussi beaucoup de date un peu partout et on aime bien avoir des artistes rares. Je pense aussi que son public ne viendra pas forcément à La route du rock .

Comment s’annonce la programmation de la Collection Eté ?

Il y aura de belles surprises… Je ne peux pas en dire plus (rires).

Si on ne peut pas avoir de noms, peut-on savoir si les travaux du fort Saint Père avancent bien ? Il y aura-t-il de la boue cette année ?

S’il pleut, il y aura de la boue forcément mais le drainage va apporter ses fruits. Je crois savoir que le responsable des travaux est un fan de la route du rock. Il était les pieds dans la boue l’année dernière donc je pense qu’il sait ce qu’il faut faire (rires). On ne peut pas garantir les pieds au sec mais il n’y aura plus de boue comme l’apocalypse de l’année dernière.

Propos recueillis à La Nouvelle Vague le 27 février 2015

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