Festival Image Publique – Interview de Paul Vancassel

Depuis neuf ans, le festival Image Publique s’applique à valoriser une nouvelle photographie artistique  en faisant découvrir des photographes émergents. Cette nouvelle édition est définie par le thème Traverses et s’intéressants aux photographes évoquant ou dialoguant avec d’autres arts. Lors d’un long entretien, Paul Vancassel, président de l’association Photo à l’ouest, évoque pour Pataquès la nature de ce festival iconoclaste.

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Les Traverses du festival Image Publique

 

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©F. Aguillon

Comment définissez-vous la ligne artistique du festival ?
Chaque édition a un thème qui est, cette année : Traverses. Nous essayons de varier les thèmes d’une année à l’autre, notamment, pour ne pas avoir toujours les mêmes photographes qui candidatent. Nous aimons aussi proposer des thèmes et des sujets qui ne soient pas forcément à la mode mais décalés par rapport à ce qu’on peut voir partout dans la presse ou sur internet. En fait, nous aimons mettre en avant des photographes auteurs, c’est-à-dire des photographes qui développent un regard, un style, une expression et créent une série cohérente, ce qui peut, pour certains, prendre des années.  D’autre part, nous essayons de définir, au sein de l’association Photo à l’Ouest, les thèmes un an voire deux ans à l’avance, ce qui permet de lancer les appels d’offres et se donner le temps de trouver des photographes qui ont une réponse en cohérence avec le thème.

Comment avez-vous choisi le thème « Traverses » ?
Dans Traverses,  nous avons voulu faire découvrir des photographes qui sont au croisement avec d’autres formes artistiques comme la littérature, la peinture, la musique, la BD etc… L’année prochaine, le thème sera La photo de rue et nous donnerons la chance à d’autres types de photos. Il y a toujours d’une part des artistes qui nous envoient leur candidature mais d’autre part nous essayons d’aller chercher des photographes que nous jugeons valables sur le thème défini. Mais le thème n’est pas ce qui nous définit le mieux. Notre ligne c’est surtout la diversité des approches. Nous souhaitons avec Image publique confronter différentes approches photographiques (photoreportage, photo posée, photo plasticienne, photo minimaliste, photo documentaire..) sur un même thème.

Quels sont les critères de sélection des expositions?
La qualité des tirages, la cohérence de la série et la créativité d’une expo. Nous essayons toujours de montrer une photo qui prend des risques. Notre rôle est de faire découvrir des photographes émergents qui ont une approche cohérente. Pour cela, nous nous comparons aux transmusicales dans l’aspect découverte et le fait de chercher une « nouvelle photographie ». Même si Robert Doisneau c’est bien, je ne vois pas l’intérêt de l’exposer encore une fois. Nous souhaitons que les 12 expos du festival surprennent les festivaliers et que ces 12 expos ne soient pas des choses qu’ils ont l’habitude de voir.

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©Veronika Turnova

Le festival Image Publique se situe dans Rennes Métropole mais se veut représentatif de la photo dans le grand Ouest ?
Tout à fait. Nous avons voulu installer Image Publique en même temps que l’exposition Place de la mairie pour créer un temps fort à Rennes et sa métropole. Pour l’instant c’est une réussite au sens où il y a eu une coordination avec la ville de Rennes pour créer une communication commune et créer un vrai événement autour de la photographie en octobre. Du fait que le festival soit géré par l’association Photo à l’Ouest, nous collaborons aussi avec des festivals photos comme Fotofolies de Thorigné-Fouillard ou le festival photo de Laillé et nous travaillons beaucoup en partenariat avec de nombreuses associations et des lieux photographiques bretons comme la galerie Le Lieu à Lorient, L’Imagerie de Lannion ou l’Artothèque de Vitré qui ont des collections photographiques de bonne qualité et que nous montrons dans Image Publique s’ils sont en accord avec le thème de l’année.

Le festival en est à sa neuvième édition. Est-ce que le Festival Image Publique s’est constitué une collection ?
Non, nous ne pouvons pas nous permettre financièrement d’acheter des tirages. Par contre, nous aidons à produire certains photographes qui n’ont pas de tirage en leur fournissant une enveloppe ou en leur remboursant leur frais de fabrication. Sinon nous louons des expos qui existent déjà. Mais, par principe, le photographe reste propriétaire de ses tirages. Nous pouvons aussi créer des expos spécialement pour le festival. Par exemple, pour l’édition 2016, le thème sera la Photographie de rue et nous travaillons actuellement sur une expo pour des affiches qui seront placardées dans les rues. Mais ces affiches ne seront pas aussi grandes que celles de La Gacilly (rires).

Quel est le profil des photographes qui participent à Image Publique ?
Ils sont tous considérés comme professionnels du moment où ils déclarent ou ils vendent ou ils ont une activité photographique régulière. Mais certains ont un autre travail à côté. En général, ils ne sont pas que photographes. Certains photographes dit amateurs peuvent postuler mais il faut que l’expo soit de qualité et cohérente.

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La lune est blanche – ©François et Emmanuel Lepage

Pour en revenir à Traverses, certains thèmes peuvent être plus casse gueule ou moins évident que d’autres comme le corps par exemple, le thème de l’année dernière…
Traverses était un thème difficile car il pouvait partir dans plusieurs directions et déstabiliser les gens les gens. Nous avions pensé mettre sur l’affiche le sous titre« photographie et arts » mais finalement nous avons voulu faire confiance aux gens. Quand les gens vont lire le programme : soit ils vont nous faire confiance et voir les expos parce qu’ils sont sensibilisés à la photo, soit ils vont sélectionner une ou deux expos en fonction de leur affinité pour la peinture, la littérature ou la BD…

C’était aussi casse gueule de proposer une affiche qui ne « ressemble » pas à une photo…
Oui, nous avons voulu travailler cette photographie en accentuant la texture, en rajoutant de la matière pour jouer sur l’ambiguïté entre la photographie et la gravure ou les arts graphiques. Donner sur cette image qui a gagné le prix d’Image Publique, pour que le public comprenne que cette année, Image Publique ce n’est pas que de la photo. Mais cette affiche fait polémique en effet (rires).

Êtes-vous satisfaits de la programmation 2015?
On a une programmation riche et éclectique. Nous pensions avoir plus de propositions sur certains croisements de pratiques artistiques. Nous aurions aimé trouver des traverses entre photographies et photocopies par exemple mais nous n’avons pas trouvé. Nous aurions aussi aimé trouver des compagnies de danse qui travaillent avec de la photographie en arrière plan. Cependant, nous avons quand même deux ou trois soirées spectacles, deux projections de films, nous avons trois débats, tous différents, et nous avons une variété d’expos dont beaucoup questionnent le rapport entre la photographie et la littérature ou le rapport entre la photographie et le dessin, la peinture ou la BD. D’un autre côté, cette année, nous avons créé et produit la performance « Photographie et Danse Butö », une danse Japonaise et nous proposons deux photos- concerts qui existaient déjà, grâce à nous ou par d’autres associations et que nous exposons parce qu’ils correspondent au thème. Par exemple, nous avions déjà présenté le photo-concert Deep South (à partir de photos sur le Mississippi, ndlr) l’année dernière et nous le faisons tourner sur toute la Bretagne mais nous le reprogrammons cette année car les musiciens ont créé de nouvelles chansons et, à partir des mêmes photos, la proposition ne sera pas tout à fait pareille. De plus, je ne pense pas que tous les rennais l’aient vu, c’est donc l’occasion de le voir ou revoir.

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©Erwan Vivier – Danse Buto

Il existe beaucoup de ciné concerts. Moins de photo concerts…
Un photo-concert est très intéressant. Quand tu regardes une photo et que tu entends les sons tu peux sentir une ambiance, un climat que tu n’aurais pas si tu étais dans le silence face à une photographie affichée au mur, simplement dans un cadre. Le spectateur a une autre approche du travail du photographe et se retrouve embarqué. Ces propositions nous intéressent fortement à Image Publique car elles prouvent que la photographie peut se vivre autrement que accrochée à des cimaises.

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©Erwan Le Moigne

C’est aussi une particularité d’Image Publique de vouloir présenter autrement la photographie…
Oui, nous y tenons beaucoup. C’est une façon créative d’intéresser un autre public à la photographie. Nous souhaitons attirer des publics qui aiment les concerts puisqu’ils ont une part de musique ou des publics qui aiment aller dans des spectacles et avoir un rapport collectif avec une œuvre. Tu ne vis pas l’expo de la même manière pendant une photo concert ou tout seul, dans une expo dans un musée avec un rapport intimiste.

Image publique défend donc la projection de photo quitte à « choquer » le photographe puriste qui souhaite voir des photos dans des cadres noirs avec cimaises ?
Certains photographes ne veulent pas être projetés. Ils estiment que leurs photographies vont être dégradées par la vidéo-projection mais c’est à nous aussi de créer un diaporama de bonne qualité. Tous les ans, nous faisons travailler des techniciens pour produire un diaporama de bonne qualité. Cette année, nous ne le faisons pas car il y a suffisamment de projections et de films mais ce genre de proposition permet d’avoir un autre rapport à l’image. Projetée avec du son et un montage, la photographie passe autrement. Les gens sont devant une œuvre presque cinématographique. Un diaporama permet de mettre en place une narration, chose difficile à faire dans une exposition accrochée au mur : même si le photographe pense en « série », le public peut regarder dans une expo classique les photos dans l’ordre qu’il veut.

Nous allons aussi développer des applications pour que les gens reçoivent des photos suivant leur parcours dans Rennes et ils pourront aussi réagir sur twitter. C’est très important pour nous que le public s’exprime sur les expositions et que les gens échangent autour de la photo.

Image Publique met aussi en place des ateliers. Pouvez-vous nous en parler ?
On développe beaucoup de workshop autour des expos. Par exemple, autour d’une expo de polaroïd qui a lieu à Saint Grégoire, nous avons créé un atelierpour les gens qui souhaitent comment travailler le polaroïd. Nous avons mis en place un atelier avec des scolaires à la maison des associations autour des photos de Véronica Turmova. Les élèves pourront s’emparer de ses photos qui s’inspirent beaucoup du conte, du merveilleux et de la féérie pour laisser aller leur imaginaire. En fait, nous essayons toujours qu’il y ait sur des expositions, des interventions décalées par rapport au vernissage qui permettent aux gens de s’approprier le travail du photographe et que ces interventions soient des prétextes pour réfléchir au-delà de l’image : sur la littérature, la peinture, la vie contemporaine. Selon nous, la photographie doit nous aider à réfléchir. Regarder une photo doit renvoyer une réflexion soit sur ta propre existence soit sur la société dans laquelle tu vis. Nous ne souhaitons pas simplement montrer une belle image mais plutôt donner un prétexte à réfléchir sur ce que nous sommes.

Le festival Image Publique se déroule dans Rennes métropole du 5 au 31 octobre 2015.

Infos complémentaires : ici

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