Fauve – interview en direct de Bobital



Avec pas moins de 19 festivals au compteur cet été, Fauve revient en forme avec Vieux frères  – Partie 2. Pataquès a croisé le collectif pendant le festival Bobital le 4 juillet dernier et en a profité pour tailler une bavette avec son chanteur.

Fauve ©Pataquès

Fauve ©Pataquès

Cet été, vous faites la tournée des festivals pour présenter Vieux frères – Partie 2. Selon vous quel est le festival à ne surtout pas manquer en France ?
En fait, j’ai envie de dire que ça dépend de quel point de vue tu te places. Celui des groupes ou du public ? Je pense que les critères sont différents. En tant que groupe, tu as deux expériences différentes. Tu as les festivals connus et reconnus où là c’est plus le concert qui va être impressionnant parce qu’il y a plein de monde et tu as les festivals à taille humaine où là ce qui va être cool c’est qu’il y a un côté plus familiale qui est très agréable. On aime bien les deux mais on a tendance a préférer les seconds. Tu as d’autres types de frissons. En tant que groupe, j’aurais tendance à dire que les festivals à ne pas rater seraient les Francofolies de La Rochelle et les Eurockéennes de Belfort. Ensuite en tant que festivalier, je pense que chacun à sa préférence mais il y a quand même des festivals qu’il faut faire comme les vieilles charrues, les Eurockéennes, Dour (en Belgique), …

Comment préparez-vous vos concerts ?
Quand on fait une tournée en salle, on la prépare différemment parce qu’on a d’autres moyens, on a une équipe plus étoffée. On tourne avec une équipe plus grosse et donc ça implique pas mal de travail de répétitions, de mise en place, de création au niveau de la scénographie : il faut tourner les vidéos, les calibrer, les mettre en boucles afin qu’elles puissent être jouées en live par le VJ. Mais comme la tournée en salle arrive après la tournée des festivals, tu as déjà les morceaux dans les pattes, tu as déjà ta scénographie qui est brodée, ton concert qui est rodé donc finalement on a à peine besoin de préparation, si ce n’est que tu dois compacter un peu toute la scénographie pour que ça rentre dans une seule semi-remorque et réduire l’équipe pour que ça rentre dans un seul tour bus. Donc il y a un travail surtout pour les techniciens qui est un peu compliqué parce qu’il faut tout alléger alors qu’il y a quand même des besoins en terme de matériel importants, et des fois ils ne peuvent pas tout avoir. Pour nous qui sommes sur scène, ça ne change pas tellement grand chose. Donc ça se prépare différemment selon que tu es artiste ou technicien mais dans tous les cas c’est moins compliqué de préparer une tournée de festivals qu’une tournée de salles. Dans une salle, tu es en « propre », tu as plus de pression, les gens viennent pour te voir donc tu as quand même du taf à fournir.

On est sorti de notre routine, on est sorti de notre blizzard.

Fauve est un collectif composé à ce jour de 5 membres permanents. Ce nombre est-il appelé à changer avec le temps ?
On est plus que ça maintenant. Au début on était trois puis on a rapidement été cinq et là c’est devenu un collectif alors qu’avant c’était juste un groupe de musique. Cette période a duré très peu de temps. Je ne me rappelle plus si on s’appelait Fauve quand on était trois ? Après on a voulu avoir de la vidéo et des images donc on a intégré un ami d’enfance qui est vidéaste/graphiste et qui maintenant joue sur scène avec nous. Après cette étape, on était cinq dans le noyau dur. On fait aussi participer plein de potes sur plein de domaines qui eux ne sont pas forcément là à plein temps. Aujourd’hui, on est 6 ou7 à bosser en continu dessus. Il y a aussi notre ingénieur du son qui est tout le temps avec nous même pour enregistrer en home-studio. Il y a aussi un pote à nous qui vient d’intégrer le projet et qui fait tous les claviers, donc le collectif compte en tout une vingtaine de personnes.

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Fauve ©Pataquès

Le collectif a-t’il évolué comme vous le souhaitiez ? Est-il fidèle à l’esprit que vous souhaitiez insuffler ?
On voulait être le plus nombreux possible, pouvoir emmener le plus de potes dans l’aventure et ça a marcher donc c’est cool. Chaque fois qu’on se balade on est entre potes avec nos frangins, nos nanas, … On a réussi à créer cet esprit familial et bon enfant basé sur l’amitié, la confiance et la bienveillance. On ne pensait pas qu’on arriverait à emmener autant de proches avec nous. C’est génial !

Avez-vous eu des mentors qui vous ont aidé au début du projet ?
Pas vraiment, on a été un peu livré à nous-même pendant très longtemps et c’est aussi comme ça qu’on a appris à se débrouiller tout seul. On a personne qui nous souffle dans la nuque pour nous donner des ordres. On a pas de management, on a pas de label. Finalement, on a jamais eu de mentor et on en a toujours pas maintenant. On a juste la chance d’avoir des partenaires qui donnent des bons tuyaux. Tout d’abord, il y a notre tourneur qui est arrivé à un moment donné et qui nous a permis de faire des concerts avec un peu plus de moyens. On a vraiment confiance en lui, c’est notre partenaire principal. On le consulte même quand on enregistre des chansons parce qu’on aime bien avoir son avis. Puis, on a notre éditeur aussi qui est devenu maintenant co-éditeur avec qui on n’est plus engagé, mais qui continue à nous donner des conseils. C’est un ami, on le consulte et il est de très bon avis vu qu’il sait qu’il n’est que consultatif, comme notre tourneur, et qu’il n’a pas de pouvoir décisionnel donc il nous dit les choses franchement car il sait que de toute façon c’est nous qui décidons à la fin. Enfin, il y a des artistes qu’on a rencontré au début qui nous ont donné des conseils comme Arnaud Fleurent-Didier, La Femme ou le groupe de rap 1995 avec qui on a pas mal traîné et qui eux étaient là un peu avant, qui ont fait leurs armes tous seuls et qui du coup ont un peu ouvert la voie. On s’est échangé des conseils, ça nous a bien servi. Ce ne sont pas des mentors mais il faut savoir aller chercher les sons de cloches. Ce sont de bonnes oreilles.

Pouvez-vous nommer trois morceaux qui ont particulièrement influencés votre style ?
Je dirais Street Hassle de Lou Reed, Popular de Nada Surf, et Hey des Pixies. Et je pourrais rajouter un morceau de Noir désir qui s’appelle Bis Baby Boom Boom avec Brigitte Fontaine, c’est ce qui nous a donné envie de parler sur de la musique.

Il n’y a donc pas forcement eu une influence Hip-Hop ?
Si si mais elle est arrivée après. Elle est surtout dans les instrus, dans la prod.

Ce qui est dit dans nos textes nous reflètent vraiment, mais il y a des gens qui pense que c’est une image.

Les textes de Vieux frères – Partie 2 sont beaucoup plus sombres que ceux de Vieux frères – Partie 1, on y retrouve plus l’ambiance du premier EP. Que s’est-il passé entre la sortie des 2 albums ?
Non, on le trouve plus lumineux justement. Je ne suis pas tout à fait d’accord là-dessus. Fauve a essayé de faire un album plus lumineux parce que ce qu’on vit en ce moment est cool. On est sorti de notre routine, on est sorti de notre blizzard. Après c’est vrai qu’il y a des textes un peu sombres mais c’est une façon de dire qu’on a eu une période d’euphorie au début, puis on s’est rendu compte que ce n’était pas si simple que ça de porter ce projet. C’est beaucoup de pression, parfois c’est dur. Puis la vie reste ce qu’elle est, Fauve n’est pas une baguette magique. Tu as tes faiblesses, tes failles, parfois tu rechutes. On pensait que c’était derrière nous mais en fait pas tant que ça. C’est un album peut-être plus adulte finalement, il est ni trop sombre, ni trop lumineux. Il est plus réaliste.

Fauve ©Pataquès

Fauve ©Pataquès

Quand vous vous asseyez pour faire un nouveau morceau, quelle est la première chose que vous faites ?
On va avoir une intention de texte ou un texte complet un peu brouillon, comme un sorte de bible, parfois c’est un peu long, il y a plein de trucs à enlever, ça manque de structure et de rythme. Puis, on fait la musique et une fois qu’on le BPM, le tempo et les grilles d’accords, on va faire rentrer le texte dans le morceau en parlant dans la musique tout en essayant de faire comme dans le rap, c’est-à-dire découper le parlé, le structurer de façon à ce que la musique et le texte ne se bouffe pas entre eux, sinon ça peut créer un morceau qui manque totalement de rythme. On voulait garder des rythmiques, des structures, avoir des couplets et des refrains. C’est très important de bien découper le phrasé comme il faut.

Il y a plusieurs auteurs au niveau des textes ?
On s’est toujours réparti les tâches. Il y en a un pour qui c’est plus son dada d’écrire les textes, un autre pour qui c’est la guitare, l’autre les percussions, … mais pour ce qui est des textes, on les voit plus comme des chroniques de moments de vie. Tu n’écris jamais tout seul, les sources sont plurielles. Il y a plein de choses qui ne viennent pas de toi mais tu les mets à la première personne pour que ce soit lisible et intelligible. C’est comme une histoire vécue, romancée mais c’est toujours le vécu de plusieurs personnes qui y est agrégé. Ça a toujours été collectif en terme de contenu à ce niveau là. Mais effectivement, il y a d’autres personnes qui participent de près ou de loin. Il y a le frère de l’un d’entre nous qui a pas mal écrit et aidé sur le disque.

Comment et où enregistrez-vous vos morceaux ?
Toujours à la maison. On est pas encore prêt à aller en studio, ça nous stresse. Ce n’est pas notre environnement, on connaît pas bien. Ça coûte assez cher et comme on s’autoproduit, ce n’est pas évident. Tu as l’impression que tu as l’horloge qui tourne, tu n’as pas la liberté de refaire encore et encore. Vu qu’on travaille avec des moyens assez simples, on peut travailler dans le bus, dans le train, aux toilettes, … Alors que quand tu es en studio, tu y es coincé. C’est un coup à prendre, je pense que quand tu y es habitué tu ne peux plus t’en passer, mais nous on a jamais fait ça. On est plus à l’aise dans notre environnement avec peu de matériel mais tout le temps qu’on veut.

Vos vidéos sont très travaillées. Comment abordez-vous leurs créations. Y a-t’il un fil conducteur entre elles ?
On essaie d’écrire un petit scénario parfois même avec des dialogues mais qui ne seront pas enregistrés, et le clip sera plutôt censé être l’histoire de la chanson mais tournée de façon métaphorique. On prend d’autres acteurs de celle-ci avec lesquels ont fait un parallèle. Par exemple dans Infirmière, ça parle d’un jeune homme qui sort, qui est un peu désœuvré et qui cherche l’amour. Pour le clip, on a décidé de le faire du point de vue de trois filles qu’il croise. Trois copines qui vont en soirée, qui galèrent un peu et qui ont chacune leur tempérament. Il y en a une qui s’égare, une qui pourrait être vu comme la meneuse du groupe, et l’autre qui essaie de s’amuser mais qui est timide. Pour Voyou où le texte parle de la culpabilité, on a pris un personnage qu’on a inventé, un espèce de charpentier de marine un peu pouilleux, et qui a une histoire mais on ne sait pas trop ce qui lui est arrivé et qui est suivi par sa conscience. On essaie de transposer le texte et le thème de la chanson en vidéo avec un autre prisme. Il y a très peu de vidéos qui sont purement graphiques. On essaie toujours de donner une autre lecture.

Fauve ©Pataquès

Fauve ©Pataquès

Vous connaissez un succès franc et vous avez une solide base de fans. Plein d’artistes rêveraient d’être à votre place. C’est quoi le revers de la médaille ?
C’est de devoir te justifier sur des choses que tu as décidé de faire spontanément, de devoir répondre à des questions parfois un peu gênantes, pas très agréables ou de te faire insulter alors que tu ne demandes rien à personne. L’autre revers de la médaille, c’est le stress, la fatigue et la charge de travail.

Vous avez refusé de figurer parmi les nominés aux Victoires de la Musique 2015. Humilité ou contestation d’une cérémonie aujourd’hui en manque de cohérence avec la scène musicale française actuelle ?
On a rien contre les Victoires de la musique. Ces dernières années des artistes comme Biolay, Orelsan, Dominique A, Christine, Stromae, La Femme ou 1995 ont eu des prix, c’est une reconnaissance de leur travail et elle est méritée. Je trouve que c’est une bonne cérémonie même si elle est un peu dirigée par les labels. Ça reste un truc du show-biz mais ce n’est pas du tout pour cette raison là qu’on a refusé parce qu’encore une fois on respecte le palmarès. La première raison, c’est qu’on ne veut pas passer à la télé. Quand tu acceptes de t’inscrire, tu acceptes la possibilité d’être nominé, la possibilité de gagner et donc de devoir aller faire un speech de remerciements et ça on ne le voulait pas. Et puis c’est pas trop notre monde, on a l’impression de ne pas être forcément légitime. On s’est construit dans un circuit qui est à nous, par les gens, par le bouche à oreille et non par la publicité ou les canaux standards de diffusion de l’industrie du disque. Fauve n’a rien contre les labels, mais c’est juste que ça n’est pas notre monde. C’est comme faire gagner un prix littéraire à un cinéaste, ce serait bizarre ?

On a envie de continuer à vivre des aventures ensemble.

Vos textes sont souvent sombres et trouvent un écho particulier auprès d’énormément de personnes. Pensez-vous que notre société d’une manière générale est en mal de vivre ?
Quand on a commencé il y a deux ans, le climat n’était pas si pourri que ça en France, il était un peu plus candide. Aujourd’hui il s’est carrément dégradé, on ne va pas se le cacher mais Fauve a pris à une époque où c’était quand même moins foireux et on ne sait pas trop pourquoi du coup ça a pris. Si on commençait aujourd’hui peut-être que ce serait encore plus fou ? Mais c’était déjà assez dingue, on n’a pas trop compris pourquoi, on raconte nos vies de façon un peu nombriliste parce que c’est pour nous un projet thérapeutique. Tu ne vas pas parler de choses que tu ne connais pas, faire la morale, tu vois ? Quand tu vas chez le psy, tu parles de toi, de tes questions, de tes problèmes et pas de ceux des autres. Fauve c’est notre thérapie, notre exutoire, on l’a fait de façon très personnelle, de façon très intime et on est encore surpris de ce qui c’est passé ? Je crois qu’on ne s’en remettra jamais et qu’on ne comprendra jamais vraiment. Après, il peut y avoir une explication qui va avec le climat ambiant et le côté sincère du projet qui était obligatoire pour nous parce que ça nous faisait du bien. Les textes sont peut-être crus parfois mais ne sont jamais pessimistes, défaitistes, destructeurs ou nihilistes. On est juste peut-être un peu fragile mais pas sombre. Il y a toujours de l’espoir dans nos chansons, de la combativité. On n’est pas résigné.

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Fauve ©Pataquès

Fauve vous sert d’exutoire. Quand vos peurs et vos anxiétés se seront passées, est-ce que Fauve continuera dans un registre plus gai ?
Pour l’instant, personne ne sait pas si Fauve va continuer. Le collectif va faire une grande pause après la tournée. On a décidé de ne pas se poser de question. On peut paraître un peu autodestructeur mais ce n’est pas du tout le cas, au contraire, pour nous c’est plutôt salvateur. On se dit qu’on a fait les choses au maximum, on a donné tout ce qu’on avait. On a dit beaucoup de choses, on a parlé de tout, de joie comme de peine, d’espoir, de rage, d’amour, … On a l’impression d’avoir été au bout de nous-même par rapport à ce qu’on a pu dire. On a vraiment, comme dirait Georgio, « mis notre CV sur le bloc opératoire ». Le collectif pourrait peut-être écrire encore quelques morceaux, réaliser quelques vidéos mais ce serait nuisible pour Fauve, pour les gens qui suivent Fauve. Ça ne rendrait pas justice à Fauve. Ce qui est certain, c’est qu’on ne sait jamais tous aussi bien entendus et on a envie de continuer à vivre des aventures ensemble. Peut-être que ce sera autre chose, différent de Fauve comme faire un tour du monde tous ensemble, ouvrir un bar, faire un autre groupe ou lancer une marque de tee-shirt. On a envie d’arrêter le projet au bon moment avant de se tirer entre nous dans les pattes.

Il y a presqu’un an, vous avez sorti un fanzine (Chronogramme #1). C’était important pour vous de communiquez sur un support autre que musical ou vidéo ?
Oui, on n’avait jamais pu le faire avant. On a été content d’avoir pu explorer ça. C’est important pour nous d’avoir fait Chronogramme #1, on trouve que c’est un joli support avec des textes de potes du Corp.

Un numéro #2 est-il prévu ?
On aurait bien aimé, on est tellement tout le temps dans le jus. Je ne sais pas s’il y en aura un autre ? Peut-être avec le disque live qu’on va essayer de faire, mais c’est pas sûr.

Qu’est-ce que les gens ne savent pas à propos de Fauve ?
On est des extraterrestres ! Non… En fait, les Daft Punk ! Si nous mettons un casque, c’est pour que le public ne nous reconnaisse pas ! Plus sérieusement, le collectif est assez transparent, il y a peu de choses que les gens ne savent pas. On aime vivre cette aventure entre amis et à côté être avec nos familles au calme. En fait, ce qui est dit dans nos textes nous reflètent vraiment, mais il y a des gens qui pense que c’est une image, que c’est juste pour enjoliver les chansons. Il n’y a pas de différences entre nous et Fauve. Un mec comme King Ju de Stupéflip, lui par exemple, est quelqu’un de différent dans la vie et sur scène. Il met vraiment beaucoup de choses dans Stupéflip, c’est un peu son Némésis. Fauve nous protège en quelque sorte et c’est pour ça qu’on peut être nous-même. C’est comme un confessionnal, c’est comme allez chez le psy, c’est comme le secret médical. Mais finalement c’est pour ça qu’il faut le dire : on est vraiment dramatiquement des gens normaux. Après les concerts, tu peux nous retrouver en train de boire des coups avec les gens. Le public n’y croit pas, ils se disent « non, ce n’est pas possible ! ».

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