Colin Chloé – L’écume du rock

Avec Au ciel un second album aussi rugueux que lumineux, Colin Chloé s’impose comme un artiste à suivre dans le paysage du rock français.

 

Colin Chloé 1( crédit  Jérome Sevrette)(1)

Jérôme Sevrette

 

« Montés au ciel, on laissera la Terre à ceux qui la méritent, Au dessus des champs mangés par la Mer… Alors, on laissera la Terre au Vent qui nous irrite » chante Colin Chloé dans « Au ciel », chanson électrisée et bien inspirée par La route, le roman de Cormac Mc Carthy. Mais depuis le début du mois d’octobre, ce sont des routes un peu moins apocalyptiques que le chanteur Breton parcoure puisqu’il est en première partie de Détroit qui poursuit sa tournée à guichet fermé.

 

J’avais envie d’un album plus rugueux, plus rude, plus électrique

On ne pouvait pas trouver plus évident que le rock ombrageux de Colin Chloé pour ouvrir le bal à Détroit : on retrouve l’un chez l’autre, la même exigence dans l’écriture, la même envie de frictionner la chanson Française à un rock rugueux. Cet ADN commun, il se retrouve aussi dans la fabrication du second album de Colin puisqu’on retrouve une partie de Détroit dans le studio d’enregistrement d’Au ciel. Si l’auteur/compositeur/interprète fabrique seul « à la maison » ses chansons, il a de nouveau fait appel à son complice Bruno Green (guitariste de Détroit) pour coproduire le disque sur son label Hasta Luego. « On avait travaillé ensemble sur mon premier album Appeaux et c’est lui qui m’a proposé de travailler avec Pascal Humbert (bassiste de Détroit, ndlr) » nous raconte Colin. On peut aussi ajouter que Colin Chloé a fait appel pour la batterie à Yves André Lefeuvre (Miossec, Complot) pour finir de planter le décor d’un « album bien fait », au studio Cocoon à Vern-sur-seiche.

 

Colin Chloé 12 credit Jérôme Sevrette - copie

Jérôme Sevrette

Dans Au ciel, Colin Chloé délaisse un peu les ambiances Folk de son premier album Appeaux pour un son ample et résolument Rock. L’artiste explique avoir eu envie de se rapprocher de ce qu’il fait sur scène en trio guitare/basse/batterie, « J’avais envie dés le départ d’un album plus rugueux, plus rude, plus électrique ». Un album qui cogne et nous éclaire… Pourtant, de cette envie originelle de se rapprocher de la scène, on reste ébloui par la grande qualité de la production. Au ciel mêle l’efficacité du live à la subtilité des arrangements et des structures plus complexes. « C’est vrai, confirme-t-il, après le studio, j’ai tricoté sur différentes lignes de guitare pour donner un peu de textures et de matière à l’album. Bruno a fait un très gros travail de mixage pour rendre le tout homogène. On a l’impression qu’on est huit dans le studio alors qu’on était que trois ».

Lorsqu’on l’interroge plus longuement sur sa musique, l’artiste de son vrai nom Eric Le Corre se définit Rock d’inspiration Littéraire. «Pour moi, la musique et les textes sont tout aussi importants C’est le texte qui donne la direction de la chanson » nous explique-t-il. On ne sera pas surpris alors de retrouver des poèmes adaptés dans ses albums (Baudelaire, Appolinaire, Georges Perros dans son second avec la chanson Certains disent). Après des années au sein de divers groupes, Colin s’était d’ailleurs fait remarquer en solo en 2004 par la compil CQFD des inrocks grâce à son adaptation du Vin de l’assassin de Baudelaire. Dans son travail d’écriture, Colin évoque aussi l’importance de poètes plus contemporains et notamment Eugène Guillevicq dont il reconnait l’influence de son écriture minérale ou René Charles qu’il lit tout le temps. L’auteur avoue aussi préférer la poésie Française à sa littérature. S’il affectionne la langue française, c’est plongé dans la littérature américaine que le Brestois d’adoption aime trouver l’inspiration.

 

J’aime la Nature Writing et j’affectionne tout particulièrement les auteurs comme Mc Carthy, Harrison, Thoreau…

Colin Chloe cover Au CielColin Chloé aime les grands espaces et ça s’entend. Sa musique est un orage qui gronde dans les grandes plaines du Montana. Colin Chloé évoque son rapport à la nature et trempe sa plume dans une terre désolée. « Je ne suis pas du tout dans le romantisme, plus dans le concret. Mon premier album était très maritime, j’ai voulu cette fois quelque chose de plus terrien, plus âpre, lié à la vie et l’énergie que je ressens » détaille Colin. Chahutés par des guitares rageuses et atmosphériques, ses textes aux images fugaces invoquent les éléments, les pierres, la mer, la terre qui nous attend… le tout enveloppé par son timbre de voix voluptueux qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher à la voix chaude de Bashung. « Je suis toujours surpris qu’on me parle autant de Bashung, même si j’adore et même si je reconnais que nos voix se ressemblent, nos musiques sont très différentes» précise Colin. Ses influences musicales sont en effet, une nouvelle fois à chercher de l’autre côté de l’Atlantique, dans les riffs de Lou Reed et le Neil Young électrique. Comme eux, on reconnaitra à Colin Chloé cette envie de contraste, cette capacité à trouver de la beauté où certains ne voient que du noir.

 

Voila en quoi la musique de Colin Chloé est rugueuse et lumineuse, elle s’élève du noir de la Terre vers un ailleurs (peut être) plus clément. Il n’est d’ailleurs pas anodin de traverser l’album de la chanson « Dans la vallée » jusqu’ « Au ciel », conclusion magistrale d’un bel album et envolée finale de tous ses concerts. Les fans de Détroit devraient succomber à l’orageux Colin Chloé.

 
 

Le 12 Novembre, en première partie de Détroit, Le Liberté, Rennes.
Album Au ciel disponible depuis le 7 Avril 2014

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