Burn Out – Meklat/Abdallah

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© A. di Crollalanza

Avec un premier roman, poétique et percutant, le duo Medhi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah continuent de raconter la politique à échelle humaine.

Un fait divers.
En 2013, un chômeur algérien, installé à Nantes, a envoyé un mail au journal Presse Océan : « Je suis allé à Pôle Emploi avec cinq litres d’essence pour me brûler, mais c’est fermé alors ça sera demain, car ce serait vraiment préférable au sein de Pôle Emploi ». Le lendemain, l’homme a tenu parole. Ce fait divers, perdu dans le flux d’infos continues, « entre un attentat suicide et la maternité de Penelope Cruz », Medhi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah (Badrou pour les intimes) ont voulu le comprendre. Ils en ont fait le début et la fin de leur très beau premier roman, Burn out.

« Les kids »
Le phrasé de Medhi est vif, acéré. Badroudine est, lui, plus calme. Complémentaires, ils parlent d’une seule voix sans s’interrompre. Pour eux, il y a eu «  deux rencontres  »  : d’abord, une scolaire, en classe de seconde au lycée Auguste Blanchi à Saint Ouen puis une autre, au Bondy Blog lorsqu’ils ont décidé d’y aller ensemble, par curiosité. Pour le site d’actualité créé après les émeutes de banlieue de 2005, le duo décide d’écrire ses premiers articles à quatre mains. Repérés par Pascale Clark qui les surnomment «  les Kids  », Medhi et Badrou deviennent, en parallèle du blog et jusqu’à juin dernier, reporters dans ses émissions sur France Inter. Leur signature ? Un ton engagé. Des textes ciselés, scandés à deux voix pour des reportages qui les emmènent du Cambodge à Harlem en passant par la Courneuve.

Un roman
Ils le reconnaissent, la forme romanesque leur permet «  une plus grande liberté  » mais Burn Out reste dans la même démarche : « raconter la politique à échelle humaine ». Le sujet s’est imposé à eux expliquent ils. Djamal, l’homme qui s’est immolé, ne correspond à aucun cliché. Il n’est «  ni une racaille, ni un terroriste, ni un clandestin  ». Juste un homme souhaitant venir travailler en France, devenir clown et épouser la femme qu’il aime. « Nous avons voulu retranscrire dans ce roman l’émotion que nous avons eu en découvrant, en 2013, le témoignage dans une émission de France Culture, de Nicole, la veuve de Djamal» explique Medhi. Pour cela, ils ont inventé sa trajectoire en donnant la parole aux gens qu’ils l’ont croisé, de sa mère restée dans son village en Algérie à sa femme en France en passant par un douanier, le ministre du travail, un collègue ou sa conseillère Pole Emploi. En résulte, un roman choral émouvant qui ne juge ni le geste de Djamal, ni le comportement de certains personnages mais pointe du doigt « un engrenage collectif qui fait qu’ils en sont arrivés là » souligne Badrou qui signe, avec son complice, un premier roman profondément humain.

Des écrivains.
Medhi avoue qu’ils ont «  quelques idées » pour un second livre mais, en attendant, les kids abordent « sans appréhension » leur première rentrée littéraire. Un peu impressionnés quand même d’être publiés dans la maison d’édition du Seuil, parmi des auteurs prestigieux comme Régis Jauffret ou Alain Mabanckou qu’ils admirent tous les deux. « C’est comme si on arrivait dans une classe où il n’y aurait que des intellos et des premiers de la classe » sourie Badrou. On ne se fait pas de soucis, ils devraient rapidement trouver leur place.

Les auteurs seront présents lors d’Un Automne Littéraire, Les Champs Libres, le 15 octobre.

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© Droits réservés

 

 

Editions Seuil
192 pages
16,00 €

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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