Arthur H – chanteur illuminé

 

Après dix-sept albums dont trois auréolés d’une victoire de la musique, Arthur H arrive encore à nous surprendre et à se réinventer. Avant de partir faire le tour des festivals de l’été, notre hurluberlu préféré revient pour Pataquès sur la réalisation de son dernier album « Soleil dedans ».

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© Léonore Mercier

Pour cet album, vous êtes partis enregistrer au Canada et vous avez beaucoup voyagé. Qu’est-ce qu’il vous manquait en France pour réaliser votre album et qu’avez-vous trouvé de plus là-bas ?
En fait, on considère toujours que l’art ou la musique sont des choses un peu superficielles et pas vraiment essentielles à la vie. Évidemment on ne peut pas comparer ça à la santé, à la nourriture, à avoir un toit, ou à des choses qui comme ça paraissent plus importantes, mais je pense que c’est quand même essentiel à la bonne santé de l’esprit humain. On est dans un état d’esprit en France qui est totalement anti-artistique. J’ai l’impression que toute l’énergie est bloquée. J’ai vraiment besoin de prendre l’air, j’ai besoin de respirer dans tous les sens du terme… Je suis un ancien asthmatique !

Votre nouvel album (sorti en septembre 2014) s’appelle Soleil dedans et a été enregistré dans le grand froid canadien. N’est-ce pas un peu paradoxal?
Soleil dedans, c’est le soleil intérieur et il n’est heureusement pas dépendant de la météo.

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© Droits réservés

Il y a plusieurs personnages que l’on découvre tout au long de l’album. On a une caissière, un navigateur solitaire, … Comment et pourquoi choisissez-vous un personnage plus qu’un autre ?
Ces personnages sont des images qui s’imposent, comme des flashs. Je ne sait pas trop d’où elles viennent mais elles arrivent… et il n’y a plus qu’à les décrire. C’est une espèce de conglomérat de sons … un nom ou un personnage qui déjà sonne bien. Après ça a des résonances avec ses propres émotions. C’est très mystérieux, c’est de l’ordre du rêve mais pourquoi je rêve d’une chose ou d’une autre, je ne sais pas…

A travers cette caissière qui bosse pour tous, sauf pour elle finalement, c’est un peu une critique de notre société moderne que vous faites ?
Je ne le vois pas comme une critique parce que je ne suis ni un juge, ni un journaliste. C’est plutôt un constat. Cette chanson pose aussi un regard poétique sur ce qui à priori ne l’est absolument pas : un supermarché. Je trouve que c’est un lieu hors norme, incroyable, et fascinant. Et puis j’ai aussi une tendresse particulière pour les caissières de supermarché qui effectivement bossent dur, travaillent pour alimenter tout un système qui leurreverse très peu.

Des chansons comme Là-haut ou Femme qui pleure évoquent l’amour et les femmes. L’amour est-il votre plus grande source d’inspiration ?
C’est un peu LE sujet parce qu’il y a l’amour satisfait, le manque d’amour, le désir d’amour, la blessure d’amour, l’aspiration à l’amour. L’amour étant ce qui nous lie, ce qui nous donne parfois un sentiment de plénitude même si parfois il brille par son absence.

« Je suis un extraterrestre déguisé en vilain petit canard ! »

Dans votre album, il y a un son 70′s, on sent une influence de cette époque. Que représente-elle pour vous ?
J’ai toujours eu le désir de faire de la musique agréable pour le corps, pour les oreilles, avec un son considéré vraiment comme une matière organique, vivante, vibrante, qui a une épaisseur et un espace. Ce désir était présent chez moi et chez tous les musiciens qui étaient là au Québec. De plus, je cherchais un son assez ample, assez large pour arriver à ce but. L’idée : ne pas taper fort et avoir une espèce de précaution dans le jeu. J’ai souvent remarqué sur scène que quand on joue trop fort, on écrase le son. Si on joue un peu moins fort tout à coup, on le laisse libre. Naturellement sans réfléchir, nous sommes arrivés à un son vaguement 70′s.

L’album a été co-réalisé avec François Lafontaine (ex Karkwa). Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ?
On me l’avait conseillé. François est un québécois un peu fou qui déborde d’idées et d’énergie. Il est très intense. Il est habitué à faire des disques rapidement, sans trop réfléchir. Comme nous avions très peu de budget pour ce disque, il m’a dit  « ayons confiance en nous, répétons le moins possible et plus nos idées seront spontanées, plus elles seront bonnes ». Ça me plaisait comme défi, se lancer dans le vide avec une vague idée de parachute. Que va-t-il se passer musicalement ? Qu’est-ce qui va apparaître ?

C’est quoi le plus compliqué dans la réalisation d’un album ?
C’est devoir faire des choix drastiques qui peuvent emmener la musique à droite, à gauche. En fait, on est sous pression totale pendant deux mois avec des moments d’excitation, et des moments de déprime où on a l’impression d’avoir tout raté.

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© François Guéry

Vous avez dans l’album des chansons qui mêlent français et anglais. N’avez-vous jamais pensé à en faire une entièrement en anglais ?
Un métissage me semble plus intéressant. Aujourd’hui, on est peut-être en train de créer une nouvelle langue. Ça me fait penser un peu au début du latin, comme une espèce de langue qui pourrait mélanger différents mots. Je pense que ce n’est pas si grave si le français arrête d’être classique. D’un côté, il garde son classicisme, mais d’un autre côté, il s’ouvre aux autres langues notamment l’anglais. Les américains rêvent le monde pour nous, et ils expriment par leurs mots des états d’âme contemporains qu’on peut tous ressentir et pour lesquels, nous français, nous n’avons pas de mots. Nous sommes obligés d’utiliser l’anglais qui correspond plus à cette réalité.

Que pensez-vous de ces jeunes groupes français qui chantent quasiment tous désormais en anglais ?
C’est un phénomène naturel. A partir du moment où une langue n’exprime plus la modernité, il faut en prendre une autre, c’est comme ça. Les gens auraient envie de chanter en français si la langue française était fidèle à elle-même, c’està-dire une langue insolente, sensuelle… Ça n’est pas toujours le cas, donc nous nous concentrons sur des sons qui nous donne l’impression de nous apporter plus de liberté. Je crois au métissage, ou à la transformation du français en une espèce de créole « moderne ».

Qu’est-ce qui différencie Arthur H d’un autre artiste ?
Je suis un extraterrestre déguisé en vilain petit canard. Je peux aussi chanter très grave comme très aigu. Je peux aussi faire de l’électro et je peux faire de la valse. Il y a plein de différences en tout cas, le plus possible j’espère.

Ces différences vous les exprimez également sur scène ?
Oui et on a réussi à en faire un spectacle assez original au niveau du décor, des lumières. J’ai une veste lumineuse, j’ai des objets visuels qui apparaissent et créent une espèce de rupture, de choc visuel qui est complètement en accord avec la musique.

Faire partie d’une famille d’artistes, n’est-ce pas trop étouffant parfois ?
C’est à la fois magnifique et étouffant pour tout le monde. Artistiquement, c’est très difficile pour moi d’imaginer être quelqu’un que je ne suis pas. Si j’avais été le fils d’un docteur, d’un plombier ou d’un jardinier, je ne sais pas ce que cela aurait donné. J’aurais été sûrement beaucoup plus équilibré et plus calme.

« Quand j’étais tout petit, j’étais renfermé sur moi-même. La musique m’a éduqué ! »

Qu’est-ce qui pousse un fils de chanteur à devenir chanteur ?
Je pense qu’il y a deux forces chez moi. Déjà, un vrai amour profond de la musique que j’ai depuis tout petit et qui m’a sauvé la vie parce que j’étais extrêmement asocial, renfermé sur moi-même. La musique m’a éduqué, très patiemment, et m’a aidé à découvrir les gens et échanger avec eux, partager. La musique m’a appris à m’ouvrir et à me mettre dans cette vibration qui nous unis pendant un moment. La musique m’a vraiment soigné de l’intérieur. Et d’un autre côté, il y avait sûrement un désir de rencontrer mon père que je connaissais très peu, que je voyais très peu… J’avais peut-être envie d’explorer ce monde magique et lointain dans lequel il évoluait.

Et maintenant, c’est quoi la suite ?
Faire toujours évoluer la tournée. Je sors un recueil de poésie, Le cauchemar merveilleux chez Actes Sud en mai. J’ai aussi le projet d’un récital de poésies érotiques avec mon ami Nicolas Repac.

 

 
 
 
 

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