Art rock 2016 : le bilan complet ou presque

 

Le week-end de Pentecôte, le festival Art Rock a rassemblé dans le centre ville de Saint Brieuc pas moins de 78 000 festivaliers dont 40 000 entrées payantes (contre 45 000 l’année précédente). Un succès populaire à mettre sur le compte d’une programmation séduisante et éclectique. Pataquès y était et dévoile son bilan plus ou moins complet.

ART ROCK 2016 : Bilan Complet ou presque

 

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Vendredi 

 

Premier soir et premier regret, celui d’avoir manqué Jain, la nouvelle égérie de la pop française programmée trop tôt, dès l’ouverture du site. Malgré de bons échos, Pataquès n’a toujours pas vu évaluer le phénomène sur scène mais ce n’est que remis à plus tard puisque la protégée de Yodelice fait partie des artistes les plus programmés cet été sur la route des festivals.

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Colorado ©Pataquès

Notre premier concert fût donc Colorado, une de nos attentes les plus fortes et force est de constater que le duo ne nous a pas déçu. Au contraire, pour l’équipe, le duo Charles Urvoy et Martin Audrezet est LA révélation d’Art Rock 2016. Avec la maitrise des plus grands (ils n’ont que 19 et 17 ans) et sans l’arrogance de certains, Colorado avance à grands pas avec une synth pop élégante marquée par des mélodies aussi froides que dansantes. Leur premier ep, Wind and Movement avait marqué les esprits mais il était surtout annonciateur : préparez vous le vent Colorado va bientôt souffler sur la France. Rendez-vous aux Transmusicales ? !!!

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Balthazar ©Pataquès

La suite fût plus rock et électrique avec les belges de Balthazar, que nous aimons tout particulièrement à Pataquès mais qui peinent toujours, sur de grandes scènes, à dépasser un certain côté gentils garçons propre sur soi, alors que leur rock sait se faire fiévreux à l’image de Bunker un de leurs meilleurs titres. Leur rock mélodique est taillé pour de petites salles pas pour soulever les foules.

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The shoes ©Pataquès

Pour voir danser la foule devant la grande scène, il faudra attendre que le soleil se couche sur Saint Brieuc et voir débouler les excités et excitants Rémois de The Shoes, qui, eux ne font plus dans la dentelle question dance floor. Le duo est désormais taillé pour soulever les foules de la planète avec leurs tubes Wastin Time, Drifted et l’incontournable Time to dance. Un set efficace et jouissif qui fait la part belle aux images des clips de leur très indus dernier album Chemicals, à coups de mêmes internet (dawson, nabilla, le coup de boule de Zizou, Kim Kardashian…), chutes en tout genre, mignons chatons et poulets psychopathes. The shoes en live reste un high kick bien placé dans la gueule du public.

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Louise Attaque ©Pataquès

On ne pourra pas en dire autant de Louise Attaque, la tête d’affiche de vendredi soir qui débuta son concert par L’invitation. Le public entier, toute génération confondue, reprend les paroles en cœur. La musique de Louise Attaque fait désormais partie de l’inconscient collectif mais sur scène, le trio peine à enthousiasmer la foule, un brin nostalgique, avec ses nouveaux titres. Trop statique, trop sage, le trio fait le concert qu’on aurait voulu voir il y a vingt ans mais les années sont passées et le concert a le goût usé comme une occasion manquée d’un vieil amour de lycée croisé dans la rue. Parfois, l’amour est éternel mais aussi un peu artificiel. Et aux souvenirs, Pataquès préférera toujours l’avenir.

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Bombay ©Pataquès

L’avenir, en ce vendredi soir, s’appelait Pauw et Bombay, deux groupes programmés au forum de La Passerelle et tous les deux venus des Pays-Bas. Les premiers ont embarqué un public clairsemé dans un rock psyché tantôt sauvage tantôt perché plutôt fascinant tandis que les seconds, ex Bombay show pig, ont su confirmé tout le bien qu’on pensait d’eux et de leur rock fougueux marqué, il y a peu, par un nouvel album, Show your teeth, savant mélange de Post –punk et de grunge. Sans fioriture, comme leur set.

DBFC conclura cette première soirée et leur hit, Leave my Room, guidera nos pas vers notre room à nous. 

SAMEDI  

 

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Odezenne ©Pataquès

Après une bonne nuit de sommeil, Pataquès était de retour dans le centre ville de Saint Brieuc pour la journée la moins excitante sur le papier mais finalement marquée par de jolies surprises.

Pour ne pas renouveler l’erreur de la veille, c’est très tôt que nous avons pénétré le site du festival pour ne pas manquer Odezenne, qui officiait la place jamais facile de débuter les hostilités et force est de constater que les punchlines d’égo trip sous influence nihiliste du trio font plus de merveilles en fin de soirée, la nuit tombée qu’en fin d’après-midi tout comme le flow nerveux de Jacco et Alix sied mieux à une petite salle. Reste le plaisir coupable de voir ces « gentils mauvais garçons » choquer un certain public familiale avec leurs tubes Tu pu du ku et Je veux te baiser.

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Fischbach ©Pataquès

De l’âpreté de Odezenne à la noirceur de Fishbach, il n’y a que les quelques pas qui séparent la grande scène de la scène B (mal agencée pour accueillir un maximum de personnes dans de bonnes conditions malgré l’originalité du lieu).

Dans le petit jeu des ressemblances, Fishbach serait un mélange de Chiara Mastroiani et d’Anaïs, la chanteuse, tandis que sa voix, elle, mixerait le chant de Catherine Ringer et d’Elie Médeiros. Les comparaisons faites, la jeune femme affirme sa vraie personnalité avec une new-wave « à la française » aussi sombre qu’espiègle. Une jolie surprise même si on pourra regretter que la musicienne soit seule sur scène avec son MAC et pas accompagnée par un groupe digne de ce nom. Affaire à suivre.

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Faada Freddy ©Pataquès

Pour la suite, on s’est peu attardés devant les chœurs et la soul pop du dandy Faada Freddy (qui a su séduire son public par son sens du groove et un set déjà rodé pour les festivals) pour mieux apprécier Husbands, un mashup de trois groupes : Kid Francescoli, oh ! Tiger Mountain et Nasser. Le trio se lance dans une nouvelle aventure qui fait la part belle aux mélodies électro-pop, transcendant le vague à l’âme en légèreté, le spleen en danse envoutante. C’est frais, souriant, inspiré et maîtrisé. Affaire à suivre bis.

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Caribbean Dandee ©Pataquès

Dans un tout autre genre, Art Rock avait ensuite rendez-vous avec Caribbean Dandee, le projet de Joey Starr et Nathy. Le duo reprend La foule d’Edith Piaf mais ce samedi soir, c’est la foule qui s’est fait emporter par Joey Starr, plus charismatique que jamais, qui a fait, avec Nathy dans son ombre, jumper la foule, de haut en bas, d’avant en arrière, et de gauche à droite quitte parfois à mettre de côté la musique pour mieux surjouer les Caribbean animateurs de festoche. Reste quelques tubes de NTM et une grande fièvre populaire que ne saura réveiller par la suite ni Rone, ni Caravan Palace. Joey Starr et sa voix rauque ont su toaster-griller la foule et mettre Art Rock K.O debout comme un singe dans une cage. 

 

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Bagarre ©Pataquès

Elle a beau chanter leur tube Suzy dès l’entame de leur concert, la chanteuse de Caravan Palace a froid et nous aussi. Pataquès a donc rapidement abandonné l’électro-manouche du groupe pour retrouver la chaleur du forum de La passerelle transformé en électro club par la bande de Bagarre. Si le groupe n’est pas violence, il frappe fort avec des textes qui claquent et des titres sous forme d’exutoire musical, mélange tribal de techno, d’électro jazz, d’houssé et de hip hop. Le groupe au look de gabbers (chaine en or qui brille et survêt Adidas) décharge sur le public une envie de se frotter aux autres, dans tous les sens du terme. Règne, au final, un joyeux bordel dont la catharsis sera, sur le dernier morceau, la descente d’un des chanteurs (ils se partagent à tour de rôle le micro) dans le public pour un échange de « je t’aime » réjouissant. La seconde révélation du festival après Colorado.

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JC Satan ©Pataquès

La suite sera plus bruitiste avec JC Satan. Des guitares saturées, un chant quasi inaudible, un ampli qui claque, du Jack Daniel entre deux chansons, le missile nucléaire de Vladimir Poutine nommé Satan 2, des fans qui font le poirier, un de plus beau pogo du festival, une sécu un peu débordée et des bouchons d’oreilles au bord de la crise de nerf : c’était un peu tout ça, JC Satan qui a de nouveau prouvé, question rock bruitiste, qu’il était au sommet. Une claque.

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Rocky ©Pataquès

La pop-disco de Rocky rythmera ensuite nos pas dansants vers une bonne nuit de sommeil.

 

DIMANCHE  

 

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Color of time – Cie Artonik ©Pataquès

Un troisième jour marqué, bien entendu, par la déambulation colorée de la compagnie Artonik. Avec Color of time la compagnie marseillaise a transformé le centre ville briochin en liesse populaire confondant toutes les générations dans les flots de poudre de couleur et les rythmes électro dansants. Une vraie réussite sous le soleil dominical.

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Rover ©Pataquès

Côté musique, c’est Rover qui débutait la soirée. Le souvenir de son très beau concert intimiste au festival Mythos étant encore trop frais dans nos esprits, sa prestation à Art Rock nous laissera un peu sur notre faim. Si sa voix d’ange capable de passer de l’aigu à la rage pure en un riff de guitare nous renverse à chaque fois, on reconnait que le rock électrique et fragile du colosse s’apprécie mieux dans de petites configurations scéniques. Tout le contraire de Jeanne Added, qui lui succédait sur la grande scène et qui est passé, en un peu moins de deux ans d’un concert intimiste aux Transmusicales à des sets percutants les plus grandes foules sans rien perdre en charge émotionnelle. On ne le répètera jamais assez, ce petit bout de femme à tout d’une grande et son concert, beau, brut et fragile, fût une nouvelle fois, un grand moment, du frissonnant Look at them au martial et rallongé Lydia se concluant toujours par la musicienne, en transe, martelant «  I Love You ». We love you too Jeanne.

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Jeanne Added ©Pataquès

Côté Scène B, on n’a pas assez vu le concert de Sage pour se faire une réelle opinion sur la pop élégante, un brin précieuse, de l’ex-membre de Revolver. Nous attendrons une prochaine occasion pour découvrir de quoi est capable sur scène l’interprète du très beau In Between. Par contre, on en a assez vu du concert de Pone pour dire que l’ex-membre de Birdy Nam Nam (dont nous avions manqué le set à regret le vendredi soir) a présenté un nouveau set ravageur et conquérant qui aurait eu toute sa place sur la grande scène tant il a su secouer la foule, avec ses deux compères et du gros son féroce. Fat !!! Super Fat !!!

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feu ! Chatterton ©Pataquès

Changement d’ambiance ensuite puisque c’est les dandys de Feu ! Chatterton qui ont ambiancé la place poulain corbion avec leur « chanson electro rock française » et leur poignée de tubes, du déchirant Côte Concorde à la bousculante Mort dans la pinède sans oublier la sautillante et point d’orgue du concert La Malinche. Catégorie rock en français, Feu ! Chatterton a donné un bon coup de vieux à Louise Attaque et prouvent au passage qu’ils ne sont plus un espoir mais bel et bien un groupe majeur du paysage musical français.

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Two Door Cinema Club ©Pataquès

Les irlandais de Tow Door Cinema club sont, eux, devenu depuis quelques années, un groupe majeur de la planète et leur notoriété n’est plus à faire. A Saint Brieuc, ils ont su prouver leur statut de tête d’affiche avec un set taillé pour les stades (certains pourraient aussi leur reprocher…) et un show bouillonnant qui a remporté un franc succès.

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Minuit ©Pataquès

Enfin, pour conclure le festival, Pataquès a préféré aux bondissants mais un peu redondants Hyphen Hyphen, les toujours très bon Minuit programmés pour le coup à 0h30 dans un forum plein à craquer (le seul soir du festival à afficher complet pour la petite salle de 850 places).

Si certains les nomment encore « les enfants des Rita Mitsouko », l’effet de curiosité est passé pour beaucoup. Qu’on se le dise, le public se déplace désormais pour voir Minuit, danser sur Flash ou pleurer sur Recule. Les parisiens se sont depuis un moment émancipés et affirment sur scène une vraie personnalité et un esprit de groupe qui fait du bien à entendre et à voir. Un concert réjouissant.

Une heure plus tard, le groupe Kadebostany et sa nouvelle charismatique chanteuse se chargeait de  conclure le festival de façon pop. 

 

 

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