Anne et Patrick Poirier – Domus Aurea

Tour à tour sculpteurs, archéologues ou architectes de l’imaginaire, Anne et Patrick Poirier sont depuis toujours fascinés par les ruines, le noir et « le reflet de la mémoire ». Le couple évoque pour nous Domus Aurea, une oeuvre magistrale (maquette de 19m de long par 7m de large) inspirée du palais de Néron. Créé à deux en 1977, Domus Aurea est actuellement présenté au FRAC Bretagne pour sa collection Un rêve d’éternité.

Anne et Patrick Poirier

Anne et Patrick Poirier, Domus Aurea (détail), 1975-1978 Collection Frac Bretagne © ADAGP, Paris 2014. Crédit photo : Alain Le Nouail

DOMVS AVREA

 

Anne et Patrick Poirier

© Droits Réservés

En pénétrant dans la Domus Aurea, l’ancien palais de Néron, nous sommes entrés dans un monde souterrain, labyrinthique, sombre, que nous avons assimilé au monde de l’Inconscient. Là, il ne s’agissait plus de la Mémoire, mais de l’Oubli, de la mémoire détruite ou cachée. Ce palais, autrefois solaire et magnifique avait été enfoui et dégradé par le temps. Après en avoir relevé le plan, nous avons imaginé une fiction au cours de laquelle nous découvrions certains des espaces de ce palais qui aurait été détruit par le feu (en souvenir de Néron l’incendiaire ?). Nous avons ainsi imaginé et construit plusieurs salles avec les reliques calcinées de ce qu’elles avaient contenu : « Le Jardin Noir », «  La Grande Bibliothèque » et « La Salle des Architectures noires ». Cette dernière salle, la plus vaste, contenait d’immenses modèles de villes ou d’architectures calcinées, construites en charbon, entièrement noires. Chaque construction était le modèle d’une utopie particulière, avec sa propre histoire, consignée dans un livre.

 « Ausée » était une ville construite sur pilotis dans un bassin rempli d’encre noire, où elle se réfléchissait. Son organisation singulière était imaginée d’après les fonctions du cerveau ;elle était divisée en deux parties correspondant aux deux hémisphères et chaque lieu ou bâtiment correspondait à une fonction de la vie psychique. 

Anne et Patrick Poirier

Anne et Patrick Poirier, Domus Aurea (détail), 1975-1978 Collection Frac Bretagne © ADAGP, Paris 2014. Crédit photo : Alain Le Nouail

« La Grande Bibliothèque » faisait référence au mythe de l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie. Elle prétendait réunir tout le savoir du monde et toute sa mémoire, disposés dans un nombre incalculable de salles aux titres étranges et poétiques. Au cours de l’incendie qui la dévasta, le feu ravagea livres et objets précieux, dont il ne resta que des fragments calcinés et des bribes noircies souvent indéchiffrables. « Construction, IV », était un grand paysage immergé dans l’eau noire, dont les archéologues s’expliquaient mal l’origine ; Grand rêve noir où se mêlaient des vestiges d’architectures provenant de civilisations diverse qui se seraient échouées là, sur ce rivage des Syrtes… Mais toutes ces constructions avaient péri dans l’incendie, et n’en restaient que les ruines noires. Avec « Domus Aurea », nous entrions dans le monde de la fiction, de l’utopie catastrophique. Nous étions dans l’univers nocturne d’un rêve sombre. Nous mettions en image notre sentiment permanent de la FRAGILITE des êtres et des civilisations, sentiment que l’actualité ne cesse de confirmer.

Anne et Patrick Poirier

© Droits Réservés

 

Collection Un rêve d’éternité au FRAC Bretagne  jusqu’au 26 avril 2015

Rencontre publique avec Anne et Patrick Poirier le 24 février à 18h30

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